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L'BUPIRE LIBÉEIAL.

longtemps pesé le pour et le contre; il s'effrayait des responsabilités même glorieuses et répugnait aux initiatives osées; aussi disait-on : Quand Talhouët va quelque part, on ne s'expose a aucune témérité en le suivant. 11 s'était rangé dans le petit groupe libéral dès la première heure, et il y avait tenu, sans fléchir, sa place, même aux jours dinicilts où le snccès semblait éloigné, et le premier ministère libéral eût paru incomplet s'il n'en avait pas fait partie.

Maurice Richard*, tout en ressemblant à Talhouët par la grâce affable et l'ouverture de cœur, était, dans ses façons, le type accompli du bourgeois parisien. Fils d'un humme d'alFaires réputé par sa capacité et son honnêteté, qui avait acheté du prince de Polignac le beau chfiteau de Millemont, où le ministre de Charles X avait signé les Ordonnances, Maurice liichard y vivait occupé de ses champs, lorsque éclata la lutte entre le ministère Persi*2:ny et le fils Baroche. Avec cette audace heureuse de la jeunesse, il comprit que Baroche, compromis et coiiibattu, ne pouvait réussir, non plus que son concurrent le général Mellinet inconnu dans Seine-ét-Oise ; il part dans une petite voitnre avec un ami et, armé de sa bonne ^[ àce et des souvenirs de son père, il parcourt la circonscription, pose sa candidature. Au premier tour de scrutin, il n'y eut pas de résultat, au deuxième il était nommé. 11 se rangea k la

' 1. JNé en 1832.

Chambre parmi les libéraux. La nuance cléricale de Buffet l'éloignant, il vint prendre place à côté de moi, et depuis n'a cessé d'être un collaborateur dévoué et un ami très cher. Il était rompu aux affaires, s'exprimait avec facilité, avait de la finesse et du bon sens et, en même temps, un courage peu commun. Aucune responsabilité ne l'effrayait, la perspective d'un péril l'attirait au lieu de le repousser. Comme il avait dans ses façons une rondeur affectueuse, il était en bons rapports même avec nos collègues les plus rétifs, et aucun d'eux ne prononçait soiiL nom sans une nuance de sympathie. 11 représentait dans noire ministère la génération nouvelle. C'était le gage de notre volonté de penser à elle et de veiller & son avancement.

J'allais oublier Parieu. C'est qu'en effet il a été notre collègue aussi peu que possible, nous surveillant d'un céil soupçonneux et ne nous assistant guère. Il n'avait aucun titre pour entrer dans un ministère libéral. Durant tout rËmpire, il n'avait manifesté qu'une passion, une jalousie hargneuse contre Rouher, qui tenait au contraste de leur carrière, et non à une divergence d'idées*. Né en Auvergne comme Rouher, avocat comme lui à Kioui, député avec lui en 1848, il s'était également associé à la fortune du prince Louis Napoléon; mais tandis que Rouher gravissait les situations supérieures, lui restait dans les moyennes, et il n'était pas

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