Bazaine à Napoléon III, 28 mai
du tout. Tous les deux étaient écrits sous la surveillance et d'après la pensée du maréchal. Bazaine expliqua ainsi la contradiction : « L'observation touchant aux appréciations que l'on peut tirer de mes rapports politiques en les comparant avec les rapports militaires est exacte, mais ils ne traitent pas les mêmes questions, ne rendent pas compte des mêmes faits. En tout autre pays, la pacification suit presque immédiatement les résultats obtenus sur la résistance armée; ici il n'est pas de même. En scindant mes rapports, j'ai cherché à bien établir cette différence : progrès soutenus par les armes, quant à la dispersion de corps régulièrement organisés; mais lents et difficiles à obtenir quant à toutes les branches de l'administration publique, par suite du manque d'hommes capables, probes, énergiques. La confiance manque et malgré la ferme volonté de l'Empereur d'organiser son empire en faisant appel à tous les partis, il est mal secondé, parce qu'il y a une arrière-pensée qui domine tous les dévouements : l'invasion américaine ramenant Juarez, dès que la France aura laissé l'Empereur à ses propres forces. Dans cet ordre d'idées, les fonctionnaires servent fort mal, quand ils ne trahissent pas : la majorité des employés appartient à l'ancienne administration dite libérale, et il est très difficile d'en employer d'autres, sous peine de donner de nouveaux éléments à la guerre civile si on employait les anciens conservateurs, car les démocrates seraient enchantés du prétexte
pour prendre les armes contre l'Empire. Mon l3ut, en rendant compte succinctement de la marche administrative, est d'exposer loyalement les difficultés que l'Empereur rencontre à chaque pas. Je n'en conclus pas qu'il faut désespérer, et c'est pour cela que ma correspondance particulière présente d'autres appréciations; mais il faut de la patience, de la persévérance, surtout faire tous les efforts nécessaires pour obtenir la reconnaissance des iitats-Unis. Si, comme je l'espère, Juarez est expulsé du Mexique quand cette lettre vous parviendra et que le Congrès américain, qui doit se réunir en octobre, décrète la reconnaissance de cet Empire, vous le verrez entrer rapidement dans une voie de pacification et de progrès administratifs qui seront la conséquence de la confiance en la durée de l'Empire ^
Le maréchal rejetait sur les fautes de Maximilien la stérilité des succès militaires ; Maximilien soutenait le contraire et se plaignait à Napoléon III de ce que le système militaire, adopté par Bazaine, empêchât l'affermissement de l'Empire. Ses lettres sont le meilleur historique de cette phase de l'expédition mexicaine, c'est pourquoi je les reproduis dans leur français un peu germanique : « En parlant du dernier emprunt, nouveau service im-