Domicile de Girardin
nement verrait la substitution indirecte d'un gérant à un autre, nonobstant la prohibition du décret sur la presse. Cet avis prévalut. Néanmoins Raynouard et Rouy me pressèrent de ne pas exiger la garantie d'un traité : ils contractaient avec moi un mariage, aussi bien garanti par leur parole que par un écrit. — « Eussé-je dix traités, leur ai-je dit, « si j'étais en désaccord avec les propriétaires, je ¥. ne Voudrais pas m'imposer à eux. Garantissez la « situation de mes collaborateurs, je n'exige rien « autre. «Cela me fut promis et je pris la direction de la Presse. »
48 avril 1866. — « Depuis quelques jours le bruit courait que Mires était en pourparlers pour acheter la Presse. Rouy me l'avait confirmé hier. Ce matin Mires lui-même est venu me l'annoncer. Il veut faire un journal clérical et papiste dont il se servira pour faire gagner 50 millions à ses actionnaires. Il m'a demandé d'engager Didier, qui faisait de l'opposition à cause de l'engagement moral pris envers moi, à cesser cette opposition. J'ai reçu avec le calme le plus parfait cette communication : sans doute je trouvais singulière la conduite de ces Messieurs qui après être venus m'offrir ce que 1 un d'eux, M. Raynouard, appelait un mariage, vendaient sans même me prévenir; mais je n'en éprouvais aucune colère, et, non content de renouveler mes instances auprès de Didier, je consentis à diriger le journal jusqu'à ce que tout fût fini. »
Même date : — « Un article injurieux contre moi parait dans le Constitutionnel , fait par Granier de Gassagnac à la demande de Rouher : c'est du moins ce que Limayrac m'envoie dire par Edouard Simon, en s'excusant d'insérer ce factum. »
21 avril — « Liszt est allé voir l'Empereur. Il lui
a dit : « Je regrette que nous ne puissions pas mieux « nous entendre avec M. Ollivier. Quand on a la « responsabilité des affaires, on voit les choses « autrement. » Ceci dit d'un ton qui indique la volonté de résister. »