‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 4 sur 175 · rs'ée à Copenhague en · texte numérisé non relu

rs'ée à Copenhague en

beaucoup de beauté, surtout à ce moment, mais de l'instruction, une bonne tenue et infiniment d'adresse à s'insinuer. Le roi parla de l'épouser; les ministres se récrièrent et lui soumirent un mémoire vertueusement raisonné. « J'épouserai ou j'abdiquerai, répondit le roi, mais je ne serai pas contraint de recourir à ce moyen extrême, car je trouverai d'autres ministres qui me permettront d'apaiser les scrupules de ma conscience et de faire cesser un scandale dont je m'aftlige. » Les ministres n'insistèrent pas, et le mariage fut célébré le 7 août 1850. On eût grand peine à trouver quelqu'un qui consentît à être le parrain du marié. On décida le prince Ferdinand, son oncle, en lui remettant cinq cents écus qu'il alla perdre le soir même au lansquenet. Le roi conféra à M''*" Rasmussen le titre de comtesse Danner; il lui avait donné en largesses successives un million et demi, des diamants et autres valeurs. Toutefois il signa une déclaration par laquelle il promettait que son mariage ne sortirait pas des limites d'un mariage morganatique ; la comtesse serait sa femme, non la reine; ses enfants n'auraient aucun droit au trône ni môme au titre nobiliaire de leur mère.

Frédéric VU parlait beaucoup, surtout après avoir bien dîné. « Quand je trouve, je trouve bien, disait-il un jour à l'évêque Monrad. — C'est l'instinct, répond l'évêque. — Mais quelle différence y a-t-il entre l'instinct et l'intelligence? » L'évêque de se lancer dans une dissertation. — « Evêque, ce n'est pas cela, répond le roi ;

toi, chambellan 'autre bon buveur aussi), qu'en penses-tu? — La coupe pleine, c'est l'intelligence; la coupe vide, c'est l'instinct, répond le chambellan. — A la bonne heure ! s'écrie le roi, voilà qui est clair. » Dans ces moments d'ébriété, il croyait qu'il avait été victorieux à la guerre où il n'était jamais allé, et montrait ses blessures. Bon diable d'ailleurs, ayant parfois de belles clartés, et malgré tout cela, peut-être à cause de tout cela, très populaire. On disait même qu'il était républicain. Voici de quelle façon : il aimait à raconter un voyage en Suisse de sa jeunesse et à rappeler qu'il était citoyen de Genève, c'està-dire, ajoutait-il en riant, bon républicain.

Le traité de Londres ne facilita pas la tache du roi. Sa conduite dans le Sleswig avait été placée sous le contrôle permanent de la Prusse et de l'Autriche, et l'indépendance de son royaume avait reçu le premier coup du traité fait en apparence pour la sauvegarder. Dès le lendemain commença, entre le Danemark et la Confédération, une dispute non interrompue. La raconter en détail ce serait dépasser l'ennui légendaire du fameux récit de la guerre de Pise de Guicciardini. Je ne note que les faits indispensables à la compréhension du conflit qui va ensanglanter l'Allemagne.

Le 2 octobre 1855, une Constitution du roi de

Danemark créa un Parlement composé desreprésentants du royaume et des duchés, investi du mandat de régler avec la couronne les affaires communes. Cette Constitution, approuvée par le Risgraad, ne fut pas soumise aux États des duchés. Tant que la guerre de Crimée ne fut pas terminée, l'Allemagne laissa aller. Mai& en 1858 (11 février), la Prusse et l'Autriche se réveillèrent et présentèrent une proposition à la Diète tendant à l'exécution fédérale si la Constitution de 1855 n'était pas soumise à la délibération des États des duchés. Le cabinet danois, sans contester la compétence de la Confédération dans les affaires du Holstein, ne crut pouvoir l'admettre à s'occuper de la place faite à ce duché dans une constitution d'ensemble de la monarchie; c'était une affaire intérieure dont la Confédération n'avait pas à se mêler. Néanmoins, dans l'espérance de prévenir le conflit imminent, une ordonnance royale du 6 novembre mit le Holstein en dehors de la Constitution.

La Diète ne se contenta pas de cette concession. Par un arrêté du 8 mars 1860, confirmé le 7 février 1861, elle exigea que jusqu'à l'arrangement du litige, le cabinet de Copenhague attribuât aux États du Holstein les mêmes droits qu'au Risgraad sur les affaires communes, de telle sorte qu'aucune loi ne pût être promulguée dans le duché de Holstein sans le consentement de sa représentation. Elle s'immisça en outre dans l'administration intérieure du Sleswig. Le gros embarras y était la diversité des langues : au

nord, le danois avait été adopté pour l'Eglise, l'école, les tribunaux, l'administration; au sud^ rallemand restait la langue officielle; dans les districts où l'on parlait les deux idiomes, ils avaient été placés sur le même rang, sauf pour l'enseignement qui était donné en danois. Les Allemands prétendirent que ces dispositions portaient atteinte à l'indivisibilité des duchés, qu'elles étaient en tous cas mal observées. Ils se plaignirent aussi des entraves apportées à la liberté de la presse, au droit de pétition qui ne pouvait être exercé par plus de trois personnes à la fois, des brutalités des fi3*f|Sow^î^ envoyés pour danifier le pays. ;t^a^,^'Ijifele pritta^ et cause pour eux. Le Danepark résista-^à cette double immixtion ; il refus^ de s'expliquer sur sa conduite dans le Sleswig at. persista à oe çoo^dérer les États du Holsfein que commeJ^uîle assemblée constituée pour régler des. aff)gflres locales et sans droit de s'immis^cer^iseiement dans les affaires communes.

Sa résistance était appuyée et poussée par la Suède dont le ministre Hamilton ne cessait de gourmander les irrésolutions et la mollesse. La France, quoique fort réservée, lui paraissait favorable aussi; mais son espérance principale était dans l'Anglelerre : c'est elle qui avait présidé à la conclusion du traité de 1852, et qui depuis avait considéré son maintien comme une de ses affaires personnelles.

Palmerston disait de Russell qu'il avait de grands talents, des qualités brillantes, des con-

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naissances étendues, mais qu'il manquait de jugement et agissait continuellement sous le coup d'une impulsion subite et malavisée. On ne sait sous quelle impulsion il opéra, en Danemark, une de ces cabrioles dont il a donné tant d'exemples. Il n'avait perdu aucune occasion de déclarer le maintien de l'intégrité du Danemark une condition indispensable de l'équilibre européen, maintefois il s'était mis au travers des résolutions violentes de la Diète. Tout à coup, sans crier gare, il passe du camp danois dans celui de l'Allemagne : il gourmande le Danemark de manquer aux engagements d'honneur contractés en 1852, et il livre l'intégrité qu'il avait jusque-là mis tant d'ardeur à sauvegarder. Il propose d'accorder au Holstein tout ce que la Confédération germanique demande pour lui et, ce qui est plus grave, au Sleswig : i» le pouvoir de se gouverner lui-même; 2*^ de ne plus être représenté au Risgraad ; 3« un budget normal adopté pour dix ans ; 4'» le vote séparé, par le Risgraad et les États des Duchés, des dépenses extraordinaires dépassant les chiffres du budget normal (2i septembre 1862).

Le ministère danois était conduit par un homme de haute valeur, Hall. Ni le roi niM^^ie d^ Danner ne l'aimaient. Leur préféré eût été un certain baron de Bixen qui s'appuyait sur la démocratie avancée et voulait le suffrage universel. Mais ils étaient obligés de subir Hall, parce qu'il avait la popularité et l'appui du Parlement. Fils d'un tonneher, il avait conquis à l'Université la

chaire de droit romain, était devenu député, et par son éloquence avait acquis le renom, puis le pouvoir. 11 avait un noble visage et les façons d'un gentilhomme. Son esprit, quoique sans aucune exaltation, était ferme et décidé. La proposition de Russell le plongea dans la stupeur, non dans l'abattement; il lui répondit net par un refus. « L'adoption de son projet, dit-il, préluderait à l'anéantissement de la vie constitutionnelle du Danemark, et bientôt mettrait en question l'existence même de la monarchie. (15 octobre 1862) Il n'admit pas que le Slesvig pût être séparé du royaume, et pour marquer l'autorité royale sur le Holstein lui-même, sans attendre de s'être mis d'accord avec la Diète, il régla par une patente royale l'établissement d'une administration locale particulière du Holstein qui fut confiée à un président et à quatre conseillers nommés par le roi ; cette administration devait siéger dans le Holstein, en restant subordonnée au ministère des duchés de Holstein et de Lauenbourg siégeant à Copenhague (12 novembre 1862).

Au moment même où Russell livrait le Danemark à la Diète, l'union du pays sacrifié semblait se resserrer avec l'Angleterre. Le ministre anglais Paget demandait officiellement pour le prince

de Galles' la main de la princesse Alexandra% fille du prince Christian. Sa femme, la princesse Louise, avait eu l'idée de cette union et avait su préparer les voies en y intéressant la princesse royale de Prusse. Celle-ci arrangea des entrevues entre les jeunes gens au château de Laken, à la suite desquelles ils se fiancèrent. La reine Victoria ne voyait pas ce projet d'un œil favorable. Elle gardait rancune, disaient les mauvaises langues, au beau Christian de lui avoir préféré la princesse de Hesse, et elle était antipathique au Danemark parce qu'il était en querelle avec sa chère Allemagne. Elle accorda son consentement, mais de mauvaise grâce ; la demande serait faite par son ambassadeur ordinaire à Copenhague et non par un envoyé extraordinaire, selon la coutume. La jeune princesse viendrait passer à Osborne, près d'elle, le mois de novembre relie retournerait ensuite à Copenhague attendre le jour du mariage qui se célébrerait en Angleterre. Pendant ce temps, le prince de Galles voyagerait en Italie avec la princesse de Prusse.

L'opinion publique danoise, qui ignorait encore le revirement diplomatique de Russell, fut dans l'enchantement et s'abandonna aux plus flatteuses espérances. Le parti libéral se promettait de l'alliance de la fille de son futur roi avec le futur roi de la libre Angleterre une protection contre les idées rétrogrades du prince Christian; et aussi une garantie contre la Diète et contre

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