Née le !''■■ décembre
le désir de l'Allemagae de reviser le traité de Londres. Dans tous Jes partis on ressentait la fierté d'une si belle alliance.
Le roi intérieurement n'était pas satisfait, et ses regrets étaient avivés par la comtesse Danner, de l'élévation inespérée d'une famille qu'il n'aimait pas. Froissé de la manière cavalière dont on demandait son consentement, il Taccorda, avec un sans façon semblable. Il ne reçut pas le ministre d'Angleterre dans la salle du trône. Le prince Christian étant allé chercher sa fille à Osborne à l'expiration de son mois d'épreuve, le prince de Galles, de retour d'Italie, accompagna sa fiancée jusqu'à Hambourg et s'arrêta en face des États danois sans y entrer : sa mère le lui avait défendu, tenant à la fois à ne pas déplaire aux princes allemands, notamment aux Cobourg, à bien marquer que ce mariage était le résultat d'une sympathie réciproque, non d'un rapprochement politique, et à prévenir les embarras qu'amènerait la présence à la cour de la comtesse Danner. Ce procédé indisposa encore le roi.
Le contrat de mariage, du 15 janvier 1863, fut publié dans le Bulletin des lois, le 9 février, en langue danoise et anglaise. Pendant le mariage, une somme annuelle de dix mille liv. sterhng était assurée à la jeune princesse et, en cas de viduité, une pension de trente mille liv. Cent mille rixdalers (300 000 fr. j lui avaient été alloués par le gouvernement danois. Le ministre anglais eut désiré que l'assentiment législatif confirmât le don
royal; mais Russell, sachant la réprobation que suscitait sa volte-face du 27 septembre récemment divulguée, craignit une explosion dans le Risgraad et prescrivit à Paget de ne pas soulever de questions politiques à propos d'un mariage et de ne plus s'occuper de garanties auxquelles la reine attachait peu d'importance. Par conséquent l'article ne fut pas inscrit dans le contrat et il n'en fut pris acte que dans une note.
Malgré tous ses déplaisirs, Frédéric Vil voulut agir galamment. La veille du départ de la princesse, il lui fit don d'un collier de perles et diamants de cent cinquante mille fr. auquel était suspendue une reproduction de la croix de la bonne reine (la reine Dagmar, femme de Waldemar II), contenant un fragment de la vraie croix et du coussin sur lequel reposait la tête de saint Canut, le protecteur du Danemark, lorsque son tombeau fut découvert.
Nonobstant cette attention, il n'oublia pas les circonstances qui avaient précédé et accompagné ce mariage. Il refusa d'accorder les décorations que le prince Christian lui demanda en faveur des personnages de la cour de Belgique qui lui avaient rendu service pendant son séjour à Laken; il repoussa toutes les instances qu'on fit pour qu'il fût représenté par un envoyé spécial à la cérémonie à Londres, et on eût grand'peine d'obtenir qu'il donnât l'ordre à ses ministres, à Berlin et à Bruxelles, de recevoir, à l'exemple de l'Angleterre, la princesse à la limite de leur territoire et de lui servir de cortège d'honneur.
L'opinion publique, retournée, ne se réjouissait plus de celte union comme d'un heureux événement national. On se disait que les propositions de Russell étaient un singulier cadeau dans la corbeille de la fiancée; on se récriait contre le voyage préliminaire à Osborne : (» Les princesses de Danemark, disait-on, ne sont pas faites pour être prises à l'épreuve. »
Le mariage fut célébré à Windsor le 10 mars 1863 selon le rite anglican.
La patente sur le gouvernement local du Holstein n'avait pas déterminé sa situation légale dans la monarchie. Hall, persistant à ne s'arrêter ni devant les conseils de Russell, ni devant les objurgations de la Diète, la fît régler par l'ordonnance royale du 30 mars 1863 : le Sleswig restait représenté dans le Risgraad, le Holstein aurait un petit parlement séparé à Itzehoe. Si les deux assemblées tombaient d'accord sur une loi, elle était promulguée dans toute l'étendue de la monarchie; si elles ne s'accordaient pas, la loi ne vaudrait que dans le territoire de l'assemblée acceptante. Les troupes recrutées dans le Duché, tout en restant soumises à l'action supérieure du ministère de la Guerre, seraient distraites de l'armée danoise et formeraient un contingent à la disposition de la Confédération.
C'était pour le Holstein l'autonomie la plus complète qu'on put désirer; mais c'était en même temps sa séparation d'avec le Sleswig, complètement uni au royaume. La Diète, la Prusse et l'Autriche furent peu touchées de ce qu'on accordait au Holstein, ne virent que l'absorption du Sleswig dans le Danemariî. L'Allemagne considéra cette patente comme un coup d'État qui déchirait les traités de 1852 et demanda leur dénonciation.
Bismarck s'y opposa : « Si le gouvernement, dit-il, juge une guerre indispensable, il la fera avec ou sans la proposition de la Chambre ; mais nous avons à tenir compte, nous signataires du traité de Londres, des grandes puissances. La dénonciation de ce traité faite à l'improviste blesserait l'Angleterre et ne ferait bonne impression ni en France, ni en Russie. » il se contenta d'envoyer, de concert avec l'Autriche, une note à Hall (17 avril 18103); la Diète, estimant que ce n'était point suffisant, se saisit de l'affaire.
Les réclamations de l'Angleterre furent acerbes . Hall répondit : « Notre ordonnance s'est inspirée de vos idées de 1861 ; il vous plaît de les désavouer, mais il nous est impossible à nous de suivre les soubresauts de votre politique. » La France, toujours bienveillante, ne prit pas l'événement au tragique, bien qu'il eût été accompli malgré ses conseils. Drouyn de Lhuys télégraphia^ : « Le débat relatif aux Duchés se ranime