‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 100 sur 165 · AU CORPS LÉGISLATIF ET AU SÉNAT. — HAUSSMANN ET ROUHER · texte numérisé non relu

AU CORPS LÉGISLATIF ET AU SÉNAT. — HAUSSMANN ET ROUHER

Au Corps législatif aussi, la session fui la veillée des armes. Tout était dit et fait en vue du combat électoral prochain. Le discours impérial ouvrit la discussion en traçant le programme du gouvernement. On se demandait chaque jour, depuis le 19 janvier : L'Empereur rétrograderat-il, ou avancera-t-il? A ces deux questions, le discours fut une réponse qu'on ne put pas accuser d'ambiguïté : « Je ne rétrograderai point, mais je n'avancerai point. » Je ne rétrograderai point, parce que les lois nouvelles n'ont pas produit des effets de nature à me le conseiller : <( Les deux lois votées dans votre dernière session, qui avaient pour base de développer le principe de la libre discussion, ont produit deux effets opposés qu'il est utile de constater. D'un côté, la presse et les réunions publiques ont créé dans un certain milieu une agitation factice, et fait reparaître des idées et des passions qu'on croyait éteintes;

mais, d'un autre côté, la nation, insensible aux excitations les plus violentes, comptant sur ma fermeté pour maintenir l'ordre, n'a pas senti s'ébranler sa foi dans l'avenir. — Remarquable coïncidence! Plus des esprits aventureux et subversifs cherchaient à troubler la tranquillité publique, plus le calme devenait profond. Les transactions commerciales prenaient une féconde activité, les revenus publics augmentaient considérablement, les intérêts se rassuraient, et la plupart des élections partielles venaient donner un nouvel appui à mon gouvernement... — J'ai été le premier à vouloir un contrôle rigoureux de la gestion des affaires; j'ai augmenté, à cet effet, les attributions des Assemblées délibérantes, persuadé que le véritable appui d'un gouvernement est dans l'indépendance et le patriotisme des grands corps de FÉtat... Bientôt la nation, convoquée dans ses comices, sanctionnera la pohtique que nous avons suivie. Elle proclamera une fois de plus, par ses choix, qu'elle ne veut pas de révolution, mais qu'elle veut asseoir les destinées de la France sur l'intime alliance du pouvoir et de la liberté. »

Si l'Empereur ne recule pas, il n'avance pas non plus, parce qu'avancer ce serait accorder l'établissement du gouvernement constitutionnel en son entier, par la responsabilité ministérielle, et il ne veut pas y consentir : « Soutenu par votre approbation et votre concours, je suis résolu à persévérer dans la voie que je me suis tracée, c'est-à-dire à accepter tous les progrès

véritables, mais aussi à maintenir hors de toute discussion les bases fondamentales de la Constitution que le vote national a mises à l'abri de toute attaque. » Napoléon IIÏ avait certainement peu de goût pour un système parlementaire quel qu'il fût. Cependant, vieilli, fatigué, désillusionné, il s'y serait probablement décidé si ses conseillers ne l'avaient imbu de l'opinion, d'ailleurs juste, que la responsabilité ministérielle ne pouvait être établie que par un plébiscite. Cela suffisait pour le détourner, car, à cette époque, un plébiscite lui paraissait une telle impossibilité qu'il n'en examinait même pas l'idée.

L'effet produit par ces lois qu'il déclarait vouloir maintenir fut le premier point de ce programme discuté par le Corps législatif. Le débat fut bref et restreint aux réunions publiques. La publication de la brochure de Vitu n'avait pas ému l'opinion libérale qui en riait, la considérant comme une manœuvre électorale destinée à ressusciter le spectre rouge. Les conservateurs, qui n'avaient pas deviné le fin de la politique de Rouher, s'alarmèrent au contraire de la latitude complaisante laissée à ces réunions anarchiques. L'un des plus honorables et les plus respectés, de Benoist, réclama l'exécution stricte de la loi trop retardée à son avis^ Je fus le seul à le contredire et à conseiller au gouvernement, non la tolérance mais le dédain, qui tuerait ces

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