‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 150 sur 165 · LETTRES DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

LETTRES DIPLOMATIQUES

— I. — Victor-Emmanuel à Napoléon If T. — Monsieur inon frère, Je remercie Votre Majesté de témoignage de confiance qu'elle a bien voulu me donner en me faisant part des réflexions qui lui sont inspirées par l'état actuel de l'Europe. L'incertitude qui règne de toutes parts et fait douter de la stabilité de la paix, la crainte d'événements qui vont troubler l'équilibre européen, sont de nature à exciter la préoccupation des souverains et je trouve bien naturel que ceux qui ont une communauté d'intérêt cherchent à s'entendre pour agir de concert dans ces graves circonstances.

Je ne puis donc qu'adhérer à l'idée d'une triple alliance entre la France, l'Autriche et l'Italie, dont l'union présentera une puissante barrière à d'injustes prétentions et contribuera ainsi à établir sur des bases plus solides la paix de l'Europe.

L'Italie n'a point oublié ce qu'elle doit à la bienveillance constante de Votre Majesté, et si aujourd'hui nous pouvons tendre une main amie à la puissance contre laquelle nous avons pendant si longtemps combattu, nous en sommes principalement redevable au concours que les armes françaises nous ont prêté dans les guerres de l'Indépendance et à l'appui que nous avons constamment trouvé auprès de Votre Majesté. Aussi je suis

1. Cette lettre sans date est postéri-^ure aux élections et antérieure à la suspension des négociations et à l'échange des trois lettres entre les Empereurs et le Roi.

heureux que cette circonstance me fournisse le moyen de prouver ma gratitude envers Votre Majesté en môme temps qu'elle donne occasion à l'accomplissement d'un acte dont les conséquences ne peuvent être qu'avantageuses aux destinées de l'Europe.

Je désirerais que le traité qui doit consacrer l'alliance puisse se conclure promptement, mais d'un côté je comprends que, par suite des modifications introduites dans le gouvernement en France, Votre Majesté soit dans le cas de devoir en retarder la stipulation, tandis que de mon côté je ne pourrai prendre un engagement formel à ce sujet avant que la Convention du 15 septembre 1864 relative aux États du Saint-Siège n'ait de nouveau reçu de part et d'autre la pleine et entière exécution.

Je hâte de mes vœux le moment où nos accords pourront être définitifs. En attendant je prie Votre Majesté d'agréer l'assurance des sentiments de haute estime et de sincère amitié avec lesquels je suis de Votre Majesté Impériale le bon frère, — Victor ExMMap^uel.

— II. — Lettre confidentielle de Gramont à La Valette, du H janvier 1869. — Le baron de Werther ayant témoigné au comte Andrassy le désir d'avoir avec lui un entretien privé, ils se sont rencontrés non pas l'un chez l'autre, mais en maison tierce. Le ministre de Prusse avait, dit-il, à rechercher cette occasion pour dissiper tous les soupçons que pouvait avoir le comte Andrassy sur la participation de son gouvernement aux manœuvres hostiles de l'opposition révolutionnaire en Hongrie. Le comte Andrassy a répondu qu'il se voyait

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à regret obligé de dire que pour lui, en effet, il n'y avait pas des soupçons, mais au contraire une certitude basée sur des preuves qu'il avait entre les mains et qu'il tenait à la disposition de la légation de Prusse. Il pouvait citer les noms des agents, la date de l'arrivée et de la réception des subsides prussiens, une partie de leur emploi, et même dans plus d'un cas les noms des parties prenantes. Tels individus étaient allés à Berlin, à sa connaissance les mains vides et en étaient revenus chargés de thalers dont l'usage était parfaitement connu; bien plus, une somme considérable donnée à Berlin par le gouvernement prussien à un agent trompeur aurait été ensuite remise par l'agent luimême au gouvernement hongrois. Je vous laisse à juger, monsieur le marquis, avec quel embarras M. le baron de Werther a dû écouter de semblables révélations. Il a répondu que devant les assertions si positives du ministre hongrois, il ne lui appartenait pas d'émettre un doute, mais qu'en tous cas il tenait à déclarer que ses informations étaient toutes contraires, et que si de pareilles manœuvres étaient réellement mises en pratique, elles ne pouvaient être que l'œuvre des partis en dehors de l'action de son gouvernement. Le comte Andrassy répliqua que, de son côté, il était convaincu de la bonne foi et de la sincérité du baron de Werther quand il déclarait ignorer ces intrigues; mais au point de vue pratique, qu'elles fussent ignorées ou connues de la Légation de Prusse, cela revenait absolument au même, et tant qu'elles dureraient, on devait trouver naturel que le gouvernement hongrois en tînt compte dans ses rapports avec la Prusse et avec son gouvernement. II espérait que le comte de Bismarck reconnaîtrait bientôt l'inu-

tilité de celte trame souterraine et laisserait la nation hongroise travailler en paix à rachèvement de ses institutions organiques. Etait-il digne d'un grand État comme la Prusse de prendre pour base de sa prospérité le malheur de ses voisins? Au surplus, le temps des politiques ténébreuses est passé, la Hongrie sait à quoi s'en tenir sur ses propres intérêts et rien ne pourrait désormais la détourner de la voie que ses intérêts lui tracent.

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