‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 38 sur 165 · oct · texte numérisé non relu

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celui qui a été appliqué aux Tclierkess du Caucase ; nous expulsons les minorités qui nous embarrassent. » Cependant l'avènement de la grande Roumanie n'était pas à ce point imminent que Gortchacow s'en inquiétât. Et il continua à ne pas gêner par des remontrances trop vives les menées de Bratiano tant que Bismarck les toléra et sembla les protéger. Aussitôt que Bismarck eut changé de ton, il fit de même. Un mobile personnel fut également le motif de ce revirement : Bismarck avait voulu se concilier les Hongrois; lui voulait obtenir de Bismarck, en retour, un secours diplomatique pour le tirer d'une affaire dont il ne savait comment se dépêtrer, celle de la Grèce. L'insurrection, qu'il avait sinon fomentée, du moins soutenue, expirait et la Grèce elle-même, dernier foyer non encore éteint, allait être menacée par la Turquie.

A la suite du fîrman du 29 janvier 1867, une détente s'était produite en Crète, d'autant plus que les Turcs se montraient cléments et que la population chrétienne était excédée des maux dont ses libérateurs l'avaient accablée. Mais ni témoignage de confiance, ni faveur, ni réformes ne pouvaient éteindre, parmi les volontaires grecs restés dans l'île, la haine dont ils étaient les propagateurs. Abandonnés par les populations qui, non seulement ne répondaient pas à leurs appels, mais dénonçaient leurs retraites aux autorités turques, ils s'étaient réfugiés sur les hauteurs inaccessibles, et jetaient un dernier défi à la Turquie en annonçant l'envoi de seize députés cré-

tois au Parlemeat hellénique. — « Si vous les acceptez, dit la Turquie aux Grecs, c'est la guerre immédiate. » (17 mai 1868.) Les députés ne furent pas envoyés.

11 ne restait, pour terminer la pacification, qu'à rapatrier les réfugiés crétois. Les Grecs avaient persuadé à un grand nombre de familles Cretoises, au début de l'insurrection, qu'elles allaient être massacrées si elles ne se mettaient à l'abri par une fuite rapide. Les Turcs se sont toujours défendus de cet infâme projet; néanmoins plus de 60 000 Crétois affolés avaient été transportés en Grèce par des bâtiments anglais, français, russes, autrichiens et italiens. Revenus de leur terreur inconsidérée, mourant de faim, en proie aux plus terribles privations, ils demandaient à revenir chez eux, et les puissances ne mettaient pas à les ramener l'empressement qu'elles avaient misâtes emporter. Les Anglais s'abstenaient; les Français n'accordaient que des navires de commerce ; les Grecs opposaient mille obstacles. En vain notre ministre à Athènes, Gobineau, croyant servir les vues de son chef, engagea en termes menaçants le gouvernement hellénique à renvoyer ces émigrés. Pierre Delyanni s'y refusa : ^( Vous me demandez de faire office de bourreau. Dussions-nous encourir la colère du gouvernement impérial, cela nous est impossible. J'aime la France où j'ai fait mes études ; je la verrai avec peine remplir ce rôle odieux. » La menace de Gobineau, qui n'avait exprimé que ses vues personnelles, n'eut pas de suite ; les

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comités grecs continuèrent à empêcher le départ des réfugiés; leurs émissaires soudoyés allèrent de maison en maison défendre sous peine de mort de manifester même un désir de retour; les portefaix et les bateliers eurent ordre de ne pas aider à leur embarquement. xNéanmoins, sur les instances du gouvernement français, Boulgari comprit la nécessité d'une politique plus strictement d'accord avec le droit des gens et promit enfin d'assurer la liberté des rapatriements. Mais en même temps il laisse Petropawloski réunir un millier d'hommes, soldats libérés de l'armée hellénique, déserteurs, détenus échappés, et ne s'oppose pas à ce qu'il les emmène sur des bateaux corsaires, VŒnosis, le Panhe/ienion, la Crèie, au secours de l'insurrection expirante. Alors la Porte, poussée à bout, n'attachant plus aucune espèce d'importance aux déclarations, si souvent faites et démenties, des ministres grecs, décide d'envoyer un ultimatum à Athènes. Voilà les cabinets en alarme : Stanley, Moustier et même Gortchacow ne peuvent contester les torts de la Grèce. Mais il était de règle dans la diplomatie européenne que les Turcs devaient toujours recevoir les coups et ne jamais les rendre. Les ambassadeurs, sur l'ordre de leurs gouvernements respectifs, se réunissent. Ignatiew propose de donner à la démarche commune le caractère d'une protection pour les Grecs, de l'indépendance desquels les Puissances sont garantes. Bourée se récrie : a C'est trop fort ! Frapper sur la Turquie parce que les Grecs l'at-

taquent, je n'y consentirai jamais. » Tous protestent avec Bourée, et il est convenu, d'un commun accord, que dans la démarche qu'on fera auprès de la Porte, il ne sera question que des intérêts compromis de la paix européenne. Bourée se présente le premier chez Aali'. Celui-ci, après l'avoir écouté dans un mutisme dont il ne semblait pas vouloir sortir, finit par répondre : « La Porte n'a pris ses résolutions qu'après trois ans de patience; on nous conseille toujours des sacrifices qu'il serait plus juste d'imposer à nos agresseurs ; à bout de longanimité la Porte n'a pas voulu s'entourer de conseils que son honneur Tie lui permet pas de suivre. Nos résolutions sont arrêtées en conseil et approuvées par le Sultan. Nous enverrons un ultimatum contenant l'exposé de nos griefs et les réparations que nous exigeons. » Efiot et Ignatievv, introduits successivement après Bourée, tinrent le langage convenu. Cette démarche des ambassadeurs fut suivie d'un conseil de ministres (6 déc), sous la présidence du Sultan, où il fut décidé qu'au lieu d'envoyer purement et simplement au ministre de Grèce ses passeports et de rappeler le ministre de Turquie, ce dernier serait invité à remettre au gouvernement grec une note récapitulant les griefs turcs et accordant un délai de cinq jours pour donner satisfaction au gouvernement ottoman.

La Grèce n'accorda pas cette satisfaction,

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