‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 5 sur 165 · Mérimée à Panizzi, 11 août · texte numérisé non relu

Mérimée à Panizzi, 11 août

dû recourir à une pression inouïe et le candidat officie] élu, Pons Peyruc, industriel très distingué, appartenait en réalité aux idées libérales. D'autres élections partielles fure»t favorables au gouvernement : le fils de J.-B. Dumas triomphait dans le Gard du légitimiste Larcy patronné par l'Union libérale ; Bourgoing, écuyer de l'Empereur, était nommé dans la Nièvre; Le Joindre dans la Moselle; Malausséna dans les Alpes-Maritimes; de Piennes dans la Manche. Cependant de ces élections mêmes ressortaient des enseignements significatifs. La majorité des villes appartenait à l'opposition ; les minorités rurales s'accroissaient sensiblement; les professions de foi lançaient des pointes contre les armements excessifs, les expéditions lointaines, les dépenses; quelques-unes poussaient au développement des libertés publiques, aucune ne se prononçait contre elles.

Un autre signe du temps fut fapplaudissement général avec lequel fut accueilli un livre dePrévost-Paradol : La France noucelle. Quoique le public n'aime guère les livres de doctrine, il lut celui-ci ardemment. C'était une œuvre littéraire remarquable. Sous le style, d'une fermeté souple, d'une élévation éloquente, les idées manquaient de profondeur; les théories s'appuyaient sur des faits connus par ouï-dire, que l'auteur n'avait pas^tenus dans sa main ; on n'y retrouve rien au delà des solutions moyennes du libéralisme courant. L'auteur partage visi-

blement les passions républicaines, orléanistes, légitimistes, cependant il n'est rien de tout cela. Dans ses conceptions, il échappe à toute étreinte de parti, et il n'est qu'un libéral. « On retrouvera dans ces études, dit-il, une indifférence déclarée et obstinée aux questions de personnes^ de dynasties et de forme extérieure du gouvernement,.. Non pas que je n'aie comme tout le monde sur ces divers points une inclination particulière et mes préférences personnelles, mais je persiste à appeler ces questions des questions secondaires à côté de la question capitale de la réforme politique et administrative de la France. » Cependant, une vue tout à fait personnelle à l'auteur prouve combien son esprit alerte et actif était disposé à s'affranchir du parlementarisme routinier de 1830; il admet dans la monarchie constitutionnelle deux espèces de dissolutions : « i^ la dissolution prononcée par un cabinet ayant perdu la majorité ou n'ayant qu'une majorité insuffisante, et désirant, de son plein gré, se retremper dans l'opinion; 2"* la dissolution proprement royale, prononcée par le Souverain dans la plénitude de son pouvoir et sans le secours des ministres pour appeler la nation à confirmer ou à détruire une majorité et un cabinet soupçonnés de ne plus représenter le sentiment général. » Cette dissolution royale est-elle autre chose qu'un plébiscite honteux qui n'ose pas s'avouer? Le livre devient émouvant lorsqu'il examine avec anxiété les conséquences proches ou loin-

taines de la révolution opérée en Allemagne. Une passion contenue, mais dautant plus intense, rougit pour ainsi dire chaque mot de sa flamme intérieure. Quoiqu'un peu enveloppée, la conclusion n'est pas équivoque; il faut se battre pour arrêter la grandeur de l'Allemagne et rétablir celle delà France amoindrie : « ... En dépit de la volonté des hommes les choses vont à la guerre. La raison en est bien simple : il est presque impossible que la Prusse, malgré sa prudence, ne fasse point un pas de plus vers l'absorption de l'Allemagne, et il est impossible que le fjouvernement français, malgré sa patience y assiste à ce nouveau mouvement sans tirer ïépée... Plus on y réfléchira, plus on arrivera à cette conclusion que V amour de la paix , la philosophe , l'humanité, la ferme volonté des gouvernements ne [jeuventempêrher un choc entre la Prusse grandissante et la France enfermée dans les limites anciennes et pjrivée de toute espjérance. Cette déchéance relative est une trop forte épreuve pour notre orgueil politique et militaire; jamais, depuis que le monde existe, l'ascendant ou, si l'on veut, la principale influence sur les affaires humaines n'a passé d'un État à l'autre sans une lutte suprême qui établit le droit du vainqueur au respect de tous. Tant que ce choc n'a pas eu lieu, le monde sent instinctivement que rien n'est décidé... Depuis le démembrement du Danemark, la Prusse et la France ont été de loin lancées, pour ainsi dire, l'une contre l'autre à peu près comme deux convois

de chemins de fer, qui partis de points opposés seraient placés sur la même voie par une erreur funeste. Après de longs détours, moins longs pourtant qu'on ne pensait, ces deux trains sont en vue Fun de l'autre... Personne ne veut ce choc terrible; on s'écrie, on s'empresse, la vapeur est renversée, les freins grincent à se briser; effort inutile, l'impulsion vient de trop loin; il faut qu'un immense ho locauste soit offert à la folie humaine. Comme pourtant les choses de ce monde sont fécondes en surprises, il n'est pas absolument impossible que la paix se maintienne. Il est triste de dire, mais la raison et la vérité nous y obligent, que les conséquences de cette inaction scrciient à peu près les mêmes pour nous que celles d'une défaite, Est-ce qu'il est nécessaire d'être envahi pour disparaître de la scène politique et pour tomber dans la dépendance morale de l'étranger? Envahit-on le Portugal? »

Un patriotisme d'une telle ardeur était incompatible avec Pantimilitarisme prêché à la Chambre par les députés de l'opposition et auquel ils essayaient de gagner le suffrage universel. Prévost-Paradol montre les tristes grandeurs de la guerre, leur nécessité, approuve la loi militaire récente, le service de cinq ans, la garde nationale mobile. Prévoyant même que, dans la lutte fatale, il pourrait arriver, comme dans toute guerre, un jour de revers, il indique quel sera le devoir de tous ceux qui seront de véritables patriotes et non des exploiteurs

de patriolisme. Ce sont de belles paroles où vil)re un cœur désintéressé, supérieur aux scélératesses hypocrites des partis : « Devant les conséquences qu'aurait un revers de nos armes, quel Français cUcjne de ce nom ne se sentirait disposé à abjurer tout dissentiment i?Ué-^jepT;^^ tout souvenir de nos discordes pour ^Xoîijmef^ dé \\''*^ fa patrie une si grande in fortune l' 'iîèëii^\o^^:^,i\'^; nous un seul instant à oublier/ devant cette' " \^ épreuve suprême, au moins jusqu'à. sbiUt€î*ïïïe7 l nos griefs les plus légitimes et Cetiercher la /^ mort ou la victoire sous le drapeaa:^^i(^ijd?^'<?

Nous tombons de ces hauteurs dan^4êê trfetesses de la guerre civile avec un livre qmeÏÏTa ce moment un non moindre retentissement: Paris en décembre 1851 , par ïénot. L'auteur se fait modeste afin que le gouvernement ne l'arrête pas au passage; simple narrateur, il s'abstiendra de tout jugement; il ne qualifie pas les faits, il les expose; seulement, dans cet exposé, les faits même exacts cessent de l'être grâce à l'art perfide où les enchâsse un récit venimeux. Néanmoins il n'atteint pas encore aux fantasmagories de r/y/v^^/re d\(n Crimée II reconnaît que la fameuse fusillade du boulevard Poissonnière n'a été qu'une panique de soldats affolés et non l'exécution préméditée d'une sauvagerie du coup d'Etat aux abois. Peu d'années auparavant Ténot avait publié un livre sur la province en 1831 peu remarqué. Celui-ci fut lu,

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