‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 124 sur 173 · Traduit d'après Robert Kunio par Legrelle · texte numérisé non relu

Traduit d'après Robert Kunio par Legrelle

même temps le nombre des pièces officielles où l'historien un jour recherchera les causes de cet événement, soit mesuré d'une façon aussi avare que dansToccasion présente. iNous n'avons reçu, en effet, du gouvernement impérial français, dans toute l'affaire, qu'une seule communication officielle : c'est la déclaration de guerre arrivée hier. » Les négociations entre le Roi et Benedelti à Ems n'ont à ses yeux aucune valeur : « Tous les entretiens que le comte Benedetti — qu'il y ait faitvaloirou non sa qualité d'ambassadeur de France — a eus en tête-à-tête avec Sa Majesté le Roi mon très gracieux maître, dans une ville de bains, ne sont, — comme il sera évident, sans autre assurance, pour quiconque se connaît en matière de négociations internationales, — que des conversations de nature personnelle et privée, sans aucune valeur officielle pour les relations internationales. De même, toutes les déclarations personnelles quelon a essayé d'obtenir de Sa Majesté le Roi par le moyen des conversations particulières, bienveillantes en apparence, et que peut-être, si Sa xMajesté ne conservait pas aussi dans le commerce de la vie privée la fermeté de caractère qui la distingue, on eût obtenues en effet, — n'auraient pourtant jamais été des actes d'Etat, mais seulement des expressions personnelles tant que le monarque ne les eût pas confirmées d'ailleurs en sa qualité constitutionnelle de souverain et n'eût fait connaître par là sa volonté de les transformer en actes officiels. »

Ainsi, tout ce qui a été concédé par le Roi est balayé : plus d'approbation ni de communication du désistement au gouvernement français; Bismarck ne laisse debout qu'un fait : le congé donné à notre ambassadeur. Il s'efforça surtout d'altérer le caractère vrai du télégramme d'Ems qui, comme il le dit avec raison, est resté à la fin, pour le ministère français, Vunique motif de guerre. Ce télégramme composé, communiqué par lui à la Gazette de F Allemagne du Nord, acte officiel s'il en fut jamais, n'était, dit-il, qu'un télégramme de journal adressé à nos représentants et aux autres gouvernements considérés comme amis pour les orienter sur le développement que l'affaire avait pris ; ce n'était pas une pièce officielle.

En goût de mensonge, il prétendit que j'avais transformé ce télégramme de journal en note, alors que j'avais dit précisément le contraire. Quoiqu'il eût reconnu lui-même qu'il ne fallait attacher aucune importance officielle à notre conversation avec Werther et qu'il eût refusé de la communiquer au Roi, il la qualifia de demande d'une lettre d'excuses. Il lut une longue réponse à l'offre de médiation de l'Angleterre qu'il avait repoussée comme nous et communiqua une circulaire du 18 juillet à ses agents dans laquelle il rejetait sur la France la responsabihté d'avoir voulu et provoqué la guerre. Il reproduisit le langage qu'il avait placé dans la bouche de Thile et du Roi : « Sur les causes déterminantes de ce regrettable phénomène de la guerre, nous ne pour-

DECLARATION DU lo JUILLET. 515

rons, disait-il, découvrir malheureusement que les instincts les pins mauvais de la haine et de la jalousie au sujet de l'autonomie et du bienêtre de l'Allemagne, joints au désir de tenir terrassée la liberté à l'intérieur en précipitant le pays dans des guerres avec l'étranger. »

Le Reiehstag vota à l'unanimité en première et en deuxième lecture et, le 21 , en troisième lecture, le crédit de guerre proposé de 120 millions de thalers. Malgré l'opposition des progressistes, il prorogea jusqu'à la fin de l'année les pouvoirs de la législature qui expiraient à l'automne. « Quel contraste, dit le prince Charles de Roumanie, avec les bruyants incidents de l'assemblée législative à Paris! » Un message royal remercia le Reiehstag de la promptitude et de l'unanimité avec lesquelles il était venu en aide aux besoins de la patrie, et la session fut close (21 juillet).

Page 1