LE DÉCOURAGEMENT DE BISMARCK APRÈS LA RENONCIATION
I. Pensées et, Souvenirs. Bismarck, p. 102. « Bismarck a dit à Ferrières à Jules Favre : J'ai conseillé une politique vous donnant satisfaction, ce qui a eu lieu. Quand j'ai appris que, d'après mon
avù^le Roi avait obtenu de son cousin la renonciation à sa candidature, j'ai écrit à ma femme que tout était fini et que j'allais la rejoindre à la campagne. Grande a été ma surprise, quand j'ai su au contraire que tout allait commencer. Il n'y a donc pas eu de notre côté d'hostilité systématique ; c'est le gouvernement français qui a voulu la guerre ; il a pris pour prétexte l'humiliation à imposer au Roi, que celui-ci ne pouvait subir. Une telle résolution, prise par des hommes comme M. de Gramont et M. Ollivier ! Le premier n'a jamais été que le plus médiocre des diplomates : Napoléon III le jugeait ainsi! Quanta M. Ollivier, c'est un orateur et non un homme d'Etat. » — Jules Favre. Gouvernement de la défense nationale. Rismarck raconta la même histoire à Thiers qui naturellement l'accueillit puisqu'elle était hostile à l'Empire et la reproduisit dans sa déposition devant la commission d'enquête : « M. de Rismarck, avec sa sûreté de coup d'œil accoutumée, voyant que le terrain était mal choisi pour se mesurer avec la France si on en avait eu envie (et on ne l'avait pas alors), conseilla d'abandonner les Hohenzollern, ce qui fut accepté sur-le-champ par le roi de Prusse. »
Renedetti, dans sa déposition, a également pris pour son compte l'invention de Rismarck : « Déposition de Benedetti. Un membre : Il est très difficile d'admettre que M. de Rismarck, si instruit, si pénétrant, ait négocié secrètement la candidature du prince de Hohenzollern sans arrière-pensée. C'était ou pour faire reculer la France, ou pour la défier. — Benedetti : M. de Rismarck a peutêtre fait ce calcul d'abord; mais à la dernière heure, il a jugé l'expédient insuffisant ou inopportun et il y a renoncé; au lieu de maintenir la can-
didature du prince de Hohenzollern,il Ta retirée. )> Nous venons de voir cette assertion de Bismarck démentie par lui-même : il juge cette retraite imposée comme une humiliation pire que celle d'Olmutz, dans son rapport officiel au Roi de janvier 1888. Et, ce qui est encore plus probant, le Roi dans sa lettre du 11 juillet à la Reine constate que Bismarck persistait dans la candidature : « Bismarck ist innerlich gewiss noch fur den Candidaten. » Donc il n'en avait pas conseillé l'abandon. Je n'insiste que pour prouver une fois de plus la puissance de mensonge de Bismarck et la haineuse crédulité de nos hommes d'Etat, de nos diplomates et de nos historiens.
A sa confidence mensongère à Jules Favre, il me plaît cependant de répondre un mot : si M. de Gramont était, comme il le dit, un médiocre diplomate et M. Ollivier un orateur et non un homme d'Etat, il faut avouer que, du 6 au 12, ils fureat quelque chose de plus et de mieux, puisqu'ils lui ont infligé la première grande défaite qu'il ait essuyé dans sa vie.