‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 33 sur 173 · Journal le Soir, Échos de la Chambre · texte numérisé non relu

Journal le Soir, Échos de la Chambre

adoptées séance tenante. Nous restâmes silencieux.

Les ennemis du « fatal parlementarisme » ont accusé Cochery d'avoir contribué à créer dans le pays le mouvement d'opinion qui a précipité la guerre et ils l'en ont, en quelque sorte, rendu responsable. Aucune accusation n'est plus puérile. La conduite de Cochery a été irréprochable et il n'est ni de loin ni de près responsable de la guerre. Son interpellation ne révélait pas un fait ignoré ; elle était le témoignage et la conséquence, non la cause de l'émotion publique ; il était impossible que le Parlement restât indifférent à un fait dont tout le pays s'occupait, et s'il n'y avait pas eu de Parlement, le gouvernement eût été obligé de s'expliquer par une note au Journal OfficieL comme il le fît en 1856 et en 1859. Les termes de l'interpellation, il est vrai, par l'évocation de la famille royale de Prusse, n'étaient pas inoffensifs. Mais comment eût-on trouvé une formule quelconque de laquelle ne s'échappât point l'inquiétude causée par l'insolente entreprise?

L'interpellation de Cochery eût-elle été intempestive, le coupable ne serait pas celui qui, avant de la faire, avait interrogé le gouvernement, mais le gouvernement qui ne l'avait pas rejetée, comme l'y autorisaient les règles du a fatal parlementarisme ». En effet, les vieux parlementaires nous ont reproché notre acceptation et admirent la boutade de

Doudan sur ce sujet: « Je vois d'ici Désages ^ apprenant que le maréchal Prim propose le prince Léopold de HohenzoUern pour le trône de Philippe V. Il aurait mis la lettre dans sa poche et y aurait rêvé trois fois vingt-quatre heures en regardant venir les nouvelles avant d'aller prendre la Chambre pour confidente de ses ennuis. » Nous aurions gardé plus de trois fois vingt-quatre heures dans notre poche la désagréable nouvelle si tout le monde ne l'avait lue en même temps que nous ou auparavant dans le& gazettes de tous les pays. L'agence Havas l'avait répandue dans la journée du 3, au moment même où nous l'apprenions. Comment aurionsnous pu la cacher? Quand nous nous expliquâmes à la tribune, la presse mondiale en parlait depuis trois jours ! C'est ce que Désages aurait répondu à M. Doudan.

Le soir du 5 juillet, ma réception officielle fut plus nombreuse que de coutume. On ne s'y entretenait que de l'interpellation. On l'approuvait fort et on m'engageait de tous les côtés à y répondre en termes énergiques. Lyons y étant venu, je lui exprimai nos sentiments avec un abandon inspiré parla confiance. Cette confiance était entière. Les assertions de maints diplomates sont suspectes, soit parce qu'ils entendent mal, soit parce qu'ils répètent de travers : la droiture et le sérieux de Lyons étaient à toute épreuve ; le priait-on de ne point se souvenir d'une conver-

1. Ce Désages était le chef de la direction politique, renommé pour sa capacité.

sation, il était muet; l'autorisait-on à s'en servir, il la reproduisait presque mot à mot. Il était, comme Walewski, de ceux dont les rapports devaient être considérés comme vrais. Je ne me crus tenu à aucune réticence avec lui. — <( Vous savez, lui dis-je, combien je suis peu contraire au mouvement de libre expansion intérieure de l'Allemagne ; je n'en ressens que plus vivement l'injure inattendue qu'elle veut nous faire subir et l'indignation que j'en éprouve n'est pas moindre que celle du public. Soyez bien persuadé, et instruisez-en votre gouvernement, qu'il est impossible que nous permettions à un prince prussien de devenir roi d'Espagne. Y consentirions-nous, la nation ne nous suivrait pas : tout Cabinet, tout gouvernement qui aurait cette faiblesse, serait aussitôt renversé. Je ne suis pas inquiet parce que j'ai le ferme espoir que cette éventualité sera conjurée, mais soyezen sûr, si elle se réalisait, nous ne la tolérerions pas ^ »

Le 6 au matin, au Conseil des ministres, Gramont exposa ce qui s'était passé. La discussion s'ouvrit. Nous nous enquîmes d'abord de notre situation militaire et diplomatique. C'était le préliminaire obligé. Il est, en effet, des

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