Souvenirs de Bismarc};, p
Eulenbourg était chargé de porter le grand coup habituellement efficace de la démission et de dire au roi « que Bismarck considérait la guerre comme nécessaire et qu'il retournerait à Yarzin si cette guerre était évitée^ ». Bismarck devança l'arrivée de son messager par un télégramme où il exprimait déjà sa résolution, a ïl passa la nuit sans dormir- », ajoute Keudell. On le comprend. Se décider à la guerre était facile, mais il n'était pas un Frédéric disposant à lui seul de l'État. Il lui fallait se découvrir, créer artificiellement une provocation, prendre le rôle d'agresseur, « de chercheur de noise ^ », auquel il avait voulu acculer la France. Mais où aurait-il trouvé cette noise ? Ëût-ce été dans les termes qu'il prétendait insolents de notre déclaration? Tout cela avait été couvert par la négociation d'Ems et par les concessions que le Roi nous avait accordées. « Après la question principale résolue, revenir en arrière eût été trop maladroit ^. » Pour ce prétexte, s'il le trouvait, il fallait l'as-
1. Ce sont les propres paroles de Bismarck dans un rapport du 25 septembre 1888 inséré dans le Journal officiel. C'est un aveu aussi important que celui sur la dépêche d'Ems et qui cependant a passé inaperçu.
2. Dans tout son récit, Keudell donne à son chef un rôle de pacifique imbécile qui ne se rend jamais compte de ce qu'il fait et il s'explique son arrêt à Berlin encore plus ridiculement. (( Il s'arrêta, dit-il, parce qu'il n'était pas bien. » S'il veut parler moralement, oui, mais matériellement, c'est niais; les souvenirs de Bismarck sur la dépêche d'Ems rendent à l'événement sa véritable physionomie.