V. Empire libéral, t. XIII, p
savais à quelles ruines une politique de guerre exposerait le pays. Puis, tout à coup, de ces prémisses il me fait conclure que j'avais, pendant mon intérim aux Affaires étrangères, lu tout notre recueil diplomatique et que la honte m'était montée au front : j'avais vu la France avilie, l'Empereur à genoux devant l'Europe et je m'étais dit : « Il nous faut la guerre, la guerre seule peut nous relever. » J'aurais ajouté: « Nous n'attendions qu'un prétexte ou une occasion ; l'affaire Hohenzollern vient à propos ! » J'avais pour coutume de ne jamais répondre aux attaques personnelles et cela m'était d'autant plus facile que je ne lisais jamais aucun journal, si ce n'est les journaux révolutionnaires que je surveillais particulièrement. Certes, s'il est une invention à laquelle le dédain me paraissait la seule réponse, c'était celle de DréoUe. L'absurdité en était tellement palpable qu'il était enfantin de la démontrer. Où aurais-je pris le temps de lire tout notre recueil diplomatique dans les quelques jours de mon intérim ? J'y aurais certainement trouvé des dépêches indiquant une certaine tension avec la Prusse, mais dans aucune la preuve que l'Empereur était à genoux devant l'Europe. Et quel homme aurait pu croire, après tant d'actes, de paroles en sens contraire, que je cherchais un prétexte de guerre, moi dont la préoccupation constante avait été et était de les écarter tous î Cependant, le service de la presse au ministère de l'Intérieur, en rivalité sourde avec mon Cabinet, s'alarma de cet article.
inquiéta Chevandier, et le directeur de la Patrie, qui recevait ses confidences, comme Mitchell recevait les miennes, vint me supplier de l'autoriser à un démenti. J'y consentis exceptionnellement et Dréolle en fut pour sa honte ^
Ce déchaînement de colère ne m'ébranlaitpas. Gramont, après les engagements pris envers moi et envers Lyons, l'Empereur, après l'assentiment qu'il avait donné à ses promesses, étaient aussi engagés que moi à ne pas élargir le débat. La Droite alors eut l'habileté infernale de ne pas braver en face une résistance dont elle était sûre de ne pas venir à bout, elle renonça à parler du traité de Prague et se mit à envenimer la question Hohenzollern sur laquelle nous ne pouvions pas éluder la discussion. Elle saisit habilement ce qu'il y avait de critiquable dans la renonciation : les journaux anglais en constataient l'étrangeté; elle était faite par le père pour le fils, et le StandardiYO\xsid^\\ « ce procédé bizarre » ; le Times s'étonnait de ne voir paraître nulle part le nom du prince Léopold lui-même, a qui est cependant majeur, âgé de trente-cinq ans et qui a eu une part active dans toute l'afTaire. — Reste à savoir, ajoutait-il, jusqu'à quel point le jeune prince se croira lié par le désistement de son père. » La Droite raillait à qui mieux mieux cette renonciation. <( Le père Antoine, disait-elle, se joue de nous autant que l'a fait le père Augus-
1. « Nous pouvons assurer au Public, de la façon la plus péremptoire, que sa religion a été surprise et que ces paroles n'ont jamais été prononcées. » Patrie du 10 juillet.
tenbourg. » Le 30 novembre 1852, le chef de la famille des Augustenbourg, sur l'honneur et la foi de prince, avait renoncé pour lui et son fils, moyennant un miUion et demi de doubles rixdales, à tous ses droits dans les duchés; son fils n'en réclama pas moins ces droits, tout en gardant la somme reçue ; quand on lui en contesta la validité, il répondit : « Comment 1 ils ne valent rien ! mais je les ai déjà vendus et ils sont encore bons I » Que n'eussent pas dit les membres de la Droite s'ils avaient su que le prince Antoine n'avait renoncé au nom de son fils que parce que le prince Léopold avait d'abord refusé de le faire î Ils invoquaient ensuite des considérations historiques très spécieuses ; ils rappelaient cette pensée si forte de La Bruyère : « Ne songer qu'au présent, source d'erreur en politique. » C'est pourquoi, concluaient-ils, les hommes d'Etat sérieux ne sauraient considérer comme terminée une affaire de nature à recommencer tant qu'à la solution présente on n'aurait pas ajouté des mesures préservatrices contre un recommencement futur. Ils nous accablaient d'exemples d'affaires dont les solutions ont été subordonnées à une garantie pour l'avenir. A la suite d'un soulèvement, les Autrichiens, appelés par le Pape, avaient occupé les Légations; Casimir Périer envoie aussitôt des troupes à Ancône et le Pape se décide à reconnaître cette mainmise sur une ville de son territoire, à la condition qu'elle sera temporaire et que les Français se retireront d' Ancône en même temps que les
Autrichiens de Bologne. Nonobstant, Thiers, ministre des Affaires étrangères, subordonne le départ de nos troupes à des garanties pour r avenir en cas d'une nouvelle intervention autrichienne, motivée par de nouveaux soulèvements. Son successeur, Mole, les Autrichiens s'étant retirés de Bologne, évacue Ancône, sans avoir obtenu ces garanties : Duchâtel, Thiers, Guizot, Broglie le lui reprochèrent au Parlementa Palmerston subordonna la fin de la guerre de Crimée à l'obtention des « garanties pour l'avenir contre les nouvelles entreprises possibles de la Russie ^)) . La Prusse et l'Allemagne ne cessèrent de réclamer du gouvernement danois des garanties pour Vavenir en faveur des Allemands établis dans les Duchés. En 1869, lorsqu'on parla de la candidature Hohenzollern une première fois, si l'Empereur, fidèle aux exemples des politiques sérieux, n'avait pas regardé seulement au présent, s'il avait pris des sûretés pour l'avenir, il n'aurait pas été surpris parle guet-apens prussoespagnol. On lui reprochait cette imprévoyance. Devait-il la commettre de nouveau, laisser ouverte la possibilité d'une troisième alerte? Il fallait donc assurer l'avenir en demandant au roi de Prusse, non seulement l'approbation du retrait de la candidature, mais une garantie formelle qu'il n'autoriserait pas les princes à la renouveler.
Ces raisonnements, en thèse, n'étaient pas