Le général Bourbaki par un de ses officiers d'ordonnance
en avons huit, v Le plébiscite avait mis hors de toute atteinte la solidité de la dynastie, mais il n'avait pas rétabli la prépondérance de la France. Si la guerre n'était plus un intérêt dynastique, elle restait un intérêt national, et l'Impératrice croyait qu'il était du devoir de l'Empereur de relever notre prestige, d'autant plus qu'on ne pourrait plus le soupçonner d'être mû par son intérêt personnel. A son arrivée elle accourt l'interroger : (( Eh bien ! cela paraît fini ? » Les visages s'assombrissent. L'Empereur s'explique. On l'écoute avec incrédulité, et on lui répète le mot courant : « Le pays ne sera pas satisfait. » Lorsque la nouvelle se répand dans le personnel du château, le mécontentement éclate comme au Corps législatif : « L'Empire est perdu ! » s'exclame-t-on de toutes parts, a C'est une honte ! s'écrie l'Impératrice, l'Empire va tomber en quenouille. » Le général Bourbaki, plus bouillant que les autres, décroche son épée, l'étend sur le billard et dit: <( S'il en est ainsi, désormais je refuse de servir. » On apporte le texte de l'interpellation Duvernois. L'Empereur, qui en a deviné la maligne intention, la blâme; néanmoins il en est frappé ; il y voit l'expression d'une exigence publique dont il sera peutêtre difficile de ne pas tenir compte. Dans cet état des esprits, Gramont survient. Il raconte les échappatoires excédants de Werther, sa déclaration que le Roi est absolument étranger à la renonciation; il montre les défectuosités palpables de l'acte du prince Antoine. Alors l'Empereur
oublie que toute résolution a été remise au Conseil du lendemain, « et, dit Gramont, des délibérations consciencieuses s'ouvrent aussitôt ».
Qui prit part à ces délibérations? Gramontne le dit pas. Je sais seulement ceux qui n'y furent pas appelés. N'y furent pas appelés : le ministre de la Guerre, qui, rassuré, a^ait arrêté ses préparatifs et dont cependant la responsabilité pouvait devenir si lourde ; le garde des Sceaux, qui supportait presque seul le fardeau de la discussion publique dans les Chambres ; le ministre de l'Intérieur, plus particulièrement informé des mouvements de l'esprit public ; le ministre des Finances, attentif aux perturbations du crédit de l'État ; en un mot, en dehors du ministre des Affaires étrangères, aucun des membres du Cabinet.
Le résultat de ces délibérations fut la dépêche suivante à Benedetti, que Gramont alla immédiatement expédier (sept heures du soir) : « Nous avons reçu des mains de l'ambassadeur d'Espagne la renonciation du prince Antoine, au nom de son fils Léopold, à sa candidature au trône d'Espagne. Pour que cette renonciation du prince Antoine produise tout son effet, il paraît nécessaire que le roi de Prusse s y associe et nous donne l'assurance qu'il n autoriserait pas de nouveau cette candidature . Veuillez vous rendre immédiatement auprès du Roi pour lui demander cette déclaration, qu'il ne saurait refuser, s'il n'est véritablement animé d'aucune arrière-
LA DEiMAXDE DE GARANTIE. 255
pensée. Malgré la renonciation qui est maintenant connue, Tanimation des esprits est telle que nous ne savons pas si nous parviendrons à la dominer. Faites de ce télégramme une paraphrase que vous pourrez communiquer au Roi. Répondez le plus promptement possible. » C'est ce qu'on a appelé la demande de garantie.
Cette dépêche inconsidérée annulait la sage dépèche de 1 h. 40. Elle ne se contentait plus d'une participation du roi au fait présent, elle demandait un engagement en vue de faits problématiques de l'avenir et nous rejetait dans les hasards dont, sans elle, nous étions sûrs de sortir heureusement. Quelle nécessité de se précipiter ainsi? Quel péril était à redouter qu'on ne pût attendre avec patience une réponse de Madrid et de Rerlin certaine dans quelques heures, et qui nous eût apporté des satisfactions suffisantes? Mais la Droite n'entendait pas que l'affaire se terminât pacifiquement. Cette demande de garantie était, comme on l'a vu par l'interpellation de Duvernois qui l'avait précédée, sa conception. Tout d'abord, unissant sa voix à celle qui s'élevait de tous les cœurs français contre la candidature provocatrice, elle avait supposé que nous ne pourrions pas l'accepter, et que la Prusse ne voudrait pas la retirer. Dès que la perspective d'un retrait fut entrevue, elle changea de langage. Et l'on entendit les mêmes personnes, qui avaient estimé la candidature Hohenzollern si menaçante que son succès eût été notre déchéance, affecter de ne la plus considérer que
comme un événement secondaire, beaucoup trop grossi, dont on avait eu tort de s'alarmer si on ne voulait pas y chercher l'occasion favorable de vider notre querelle permanente avec la Prusse. J'avais signalé à l'Empereur ce mouvement lorsqu'il commença à se produire, et je m'y étais opposé avec une intraitable résolution.
La Droite, n'espérant pas venir à bout de ma résistance, me déchirait rageusement. J'étais accusé de manquer de courage, de patriotisme et de clairvoyance. Le Pays et le Public avaient lancé les insinuations les plus désobligeantes. Oubliant qu'Olozaga était demeuré aussi étranger à la candidature Hohenzollern que moimême, le Pays écrivait: « Quand M. Olozaga venait coqueter place Vendôme et offrir ses Toisons d'or, il savait sans doute que la vanité grise et trouble les têtes. Et si les yeux de nos gouvernants ont été fermés et aveuglés, c'est que peut-être tel grand cordon des Dames nobles leur servait de bandeau '. » Le Public de Rouher était encore plus venimeux. Les hommes violents des partis sont (bien entendu je ne parle pas de la vie privée) de malhonnêtes gens. Heureusement qu'en même temps ils sont en général stupides, ce qui corrige et paralyse leur méchanceté. Ainsi Dréolle invente de toutes pièces une conversation que j'aurais eue avec un député. Dans la première partie il me fait dire que je voulais la paix, que j'en comprenais la nécessité et que je