CHAPITRE PREMIER
Les soucis que lui avaient causés les annexions de l'Italie centrale avaient accru en l'Empereur le désir de sortir du tourment italien, et il s'y sentait retenu aussi longtemps que ses troupes occuperaient Rome. Les en retirer devint plus que jamais sa préoccupation. De son côté le Pape, obsédé de ses remontrances, irrité de ce qu'il n'eût pas défendu les Légations, brûlait de se délivrer d'une protection qui ressemblait à une tutelle. Il agréa le projet de confier la garde de ses États aux Napolitains : mais bien que (lavour eût retiré son opposition', le roi de
1. Il avait eiivoy(' à Naples un télégramme comminatoire, déclarant qui; le ministre piémontais quitterait Naples si un
Naples refusa, dans la crainte que ses troupes ne fussent corrompues par le roi de Sardaigne. On pensa alors à organiser un corps fourni par les puissances catholiques autres que l'Autriche; le Pape préféra se constituer une armée propre, assez forte pour lui permettre de demeurer maître chez lui, de défendre ce qui lui restait et de recouvrer ce qu'on lui avait pris. Il chargea de cette tâche M^' de Mérode, prélat spirituel, pieux, actif, dévoué, bon, franc, mais peu réservé dans ses actes et moins encore dans ses paroles, et professant une aversion bruyante contre l'Empereur. On vint dire un jour à Pie IX qu'il s'était cassé la jambe. « Il aurait mieux fait de se casser la langue, » dit le Pontife.
Le ministre des armes du Pape donna à son entreprise le caractère d'une croisade : il provoqua le développement du denier de Saint-Pierre, appela les catholiques de tous les pays à venir à Rome faire un rempart de leurs bras et de leur foi à leur pontife menacé. Il en vint, et des plus vaillants et des plus nobles, mais pas autant qu'il en eût fallu et surtout tels qu'il eût fallu.
seul soldat napolita in franchissait la frontière. Cette menace fut retirée sur nos observations et celles du Roi, mais les ministres piémontais ne se montrèrent pas plus favorables : « Les populations de ces provinces exècrent les Napolitains et ne les Craignent pas, dirent-ils. Ce double sentiment les portera à rechercher des conflits ; il suffirait de l'apparition de Garibaldi et quelques hommes déterminés pour tout compromettre. Il sera difficile de maintenir l'armée napolitaine; la défection se mettra dans ses rangs: ce serait la révolution jusqu'en Sicile. »
A ROME ET A NAPLES APRÈS LES ANNEXIONS. 42o
C'étaient des hommes de parti, animés de passions politiques, autant que des croyants mus par des sentiments religieux. La plupart aimaient Pie IX, mais non moins le comte de Chambord : ils portaient en France dans leur cœur une cocarde blanche qu'à Rome ils étalèrent sur leur bannière; ils remplissaient la Cité de leurs anathèmes contre \ unir iiateur , de leurs malédictions contre la Révolution française ; ils afîectaient d'ignorer ou de mépriser notre ambassadeur ; ils portaient jusqu'aux pieds du Pape un langage afTeclant tous les caractères d'une violente opposition dynastique. L'un d'eux, ayant répudié ces façons, fut interpellé vivement : » Monsieur, on est sujet du Pape avant d'être sujet de son souverain; si vous n'êtes pas dans ces idées, que venez-vous faire ici*? » .\ cette Vendée qui s'organisait à l'ombre du Vatican, on choisit un chef qui acheva de la caractériser, le général Lamoricière. L'Empereur n'avait pas dçnnemi plus déclaré, plus intarissable en outrages et en récriminations; récemment converti au catholicisme et à la légitimité, il avait contre les ennemis de ses deux religions les ferveurs intolérantes du néophyte. Sanomination, acte d'hostilité non déguisé, prit d'abord l'insolence d'un déll. 11 accepta et fut nommé avant d'avoir obtenu du gouvernement français l'autorisation nécessaire (3 avril). « Soit, répondit Gramonl relevant le défi, je ne transmettrai pas la demande d'aulorisalion avant