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que la nomination, jusque-là illégale, ait été révoquée. » Elle le fut, et l'Empereur se hâta de répondre, malgré le conseil contraire de Persigny, qu'il ne s'opposait pas.
Le nouveau général du Pape débuta par une fanfaronnade qui surprit les hommes sérieux : « L'Europe est aujourd'hui menacée par la Révolution comme autrefois par l'Islamisme; la cause de la Papauté est, comme jadis, celle de la civilisation et de la liberté du monde (9 avril). » Dans ses instructions privées il fut encore plus énergique : (' Quand la Révolution montre le bout de l'oreille ou le bout du nez, il faut taper dessus comme sur un chien enragé; si vous n'agissez pas ainsi, elle prend votre urbanité pour de la peur... Si l'on fait une manifestation demain soir après la procession, dispersez-la à coups de baïonnette et à coups de fusil, afin d'ôter l'envie de recommencer. » Ces façons de parler et d'agir ne gagnèrent pas le bon vouloir des populations : faibles et pusillanimes, elles ne résistèrent pas, mais ne donnèrent aucune assistance et desservirent à la sourdine.
L'imperturbable bon sens du cardinal Antonelli le préserva des illusions de M"'" de Mérode et des fougues de Lamoricière. Il voyait ce qu'on perdrait à s'aliéner l'Empereur et il comptait peu sur l'organisation guerrière par laquelle on se flattait d'y suppléer. Il ne croyait pas que Pie IX fiM de taille à endosser le casque et la cuirasse de Jules II. Il trouvait utile d'organiser une bonne petite armée défensive contre les
perturbateurs du dedans; il ne croyait pas que, quoi qu'on fit, on parvînt à s'en procurer une suffisante à repousser l'invasion d'une puissance militaire comme le Piémont. Contre un tel ennemi il ne fallait pas brandir une épée impuissante; on l'embarrasserait bien plus en lui opposant sa faiblesse : « Lorsque je me sens faible, c'est alors que je suis puissant : cum enim ïnfirmor, tune potens sum. » On railla le u frate Giacomo » ; on l'accusa de tergiversation, de calculs intéressés : il laissa dire et attendit, sans le soubaiter, l'événement qui allait lui donner raison. L'Empereur n'eut pas moins de bon sens. On annonçait l'intention de se passer de lui, il en prit acte et chargea Gramont de négocier l'évacuation, toutefois de telle sorte qu'on ne pût pas accuser le gouvernement de l'Empereur d'avoir abandonné le Pape. C'était le parti que l'ambassade conseillait depuis longtemps. 11 ne trouvait « ni digne, ni convenable, au point de vue de l'honneur militaire et de la morale rigoureuse des devoirs du soldat, de laisser nos régiments témoins des révoltes contre les lois françaises ». Et en cela il n'obéissait pas à un sentiment hostile, étant convaincu que « le principe du pouvoir temporel est nécessaire au catholicisme dont il fait pour ainsi dire partie, nécessaire à la France qui ne peut l'abandonner sans manquer à des engagements reconnus et à des traditions nationales ». lient quelque peine à se faire écouter. Antonelli prenait son parti de notre départ, mais Mérode et Lamoricière y
étaient opposés ; ils nourrissaient l'arrière-pensée de compromettre nos troupes dans l'agression qu'ils méditaient contre le Piémont. Gramont, qui devinait le piège, n'en était que plus actif à poursuivre l'évacuation. Enfin, le 11 mai, deux notes amicales en fixèrent les délais : le bataillon de chasseurs à pied partirait immédiatement; dans le courant de juin, un des régiments de ligne; dans le courant de juillet, et d'août, le reste de l'armée. A Civita-Vecchia s'opérerait l'embarquement successif. Mais il était écrit que l'Empereur ne réussirait pas à quitter Rome. Au lendemain de cet arrangement se produisaient dans les États napolitains et à la frontière romaine des événements qui obligèrent à retenir le bataillon de chasseurs, et bientôt à renforcer notre corps d'occupation.
Le jeune roi de Naples, François II, fils du premier mariage de Ferdinand avec Christine de Savoie \ grêle, pâle, imberbe, d'intelligence médiocre, tout aux pratiques de dévotion, conduit par sa marâtre Marie-Thérèse d'Autriche et son confesseur, avait le culte de son père et de ses idées. (( Jamais, dit-il dans sa première proclamation, on ne célébrerait assez les héroïques vertus et les mérites sublimes du grand et pieux
L Né le 16 janvier 1836.
monarque. » La guerre terminée, la France, l'Angleterre, la Russie môme, lui renouvelèrent les conseils les plus pressants de réformer FEtat, de se rapprocher du Piémont, d'établir la liberté constitutionnelle, et surtout de mettre un terme aux férocités de son ministre de la police Aiossa. qui soulevaient contre son gouvernement l'opinion publique de l'Europe. Son oncle, le comte de Syracuse, lui donnait les mêmes avertissements. Les patriotes napolitains, à de rares exceptions près, croyant l'unité irréalisable, étaient disposés, nonobstant les désillusions passées, à se grouper autour d'un jeune prince sans passé compromettant qui deviendrait libéral. Cavour, absorbé par les soucis de l'Italie centrale et l'organisation de la Lombardie, considérait comme une folie ruineuse de mettre la main du Piémont sur les Deux-Siciles, en dépit de l'opposition de tous les cabinets : il recommandait à son ministre Yillamarina de ne seconder aucun mouvement révolutionnaire ; « il ne désirait point pousser au dénouement prématuré de la question napolitaine; au contraire, il lui conviendrait que l'état actuel des choses durât quelques années (30 mars 1860) «>. Palmerston et liussell croyaient encoi-e que la meilleure combinaison serait la dualité de deux royaumes de Sardaignc et de >\aples avec Home au milieu avec un petit territoire.
Il est probable que si les conseils des puissances européennes avaient été écoutés, le dualisme si fortement établi dans la Péninsule n'eût
pas été détruit et que les Bourbons eussent conservé leur trône. Le jeune roi parut d'abord décidé à n'en rien faire. Et par une contradiction qu'on trouve dans la conduite de ceux qui doivent périr, voulant rester absolu, il licenciait maladroitement, à la suite d'une sédition militaire, ses mercenaires suisses, les seuls soutiens assurés de son absolutisme. Un moment il parut cependant céder à des insistances renouvelées. Il congédia le ministre rétrograde Troya, et lui substitua le général Filangieri en renom d'homme honnête et éclairé. Par malheur, le changement de personnes n'entraîna pas une modification pratique gouvernementale. Sous le nouveau ministère, la police continua ses exploits; Aiossa ordonna l'arrestation de quiconque était seulement soupçonné de mauvaises dispositions (13 décembre 1859). Filangieri essaya inutilement d'obtenir un statut; il se retira et fut remplacé par l'octogénaire Statella (février 1860). François II, inexpérimenté, indécis, sous l'influence de sa belle-mère, de son confesseur et du parti absolutiste, se laissa reprendre par la réaction aveugle qui l'entraînait à la ruine. Les mesures acerbes se multiplièrent, les hommes les plus modérés furent emprisonnés, exilés, ou déclarés attendibUï, c'est-à-dire suspects, inscrits sur le registre de la police, exclus de la vie civile et des professions libérales, internés dans les provinces * ; les provinciaux n'habitant Naples qu'en