Idem, avril
Les ministres anglais ne poursuivaient donc qu'une vendetta d'amour-propre blessé, et ces griefs, qu'on ne saurait avouer, sont ceux contre lesquels aucun argument ne vaut.
L'affaire de Syrie fournit l'occasion à ces rancunes inflexiblement latentes de se produire. Russell suivait sur le calendrier d'un doigt impatient les jours accordés à notre occupation; les trois mois écoulés, il réclame notre départ. — Mais on n'y peut songer encore, répond Thouvenel, la pacification n'est pas terminée, l'excitation des esprits est toujours extrême, tous les coupables ne sont pas châtiés, d'autres crimes se préparent. Les musulmans de Damas ne dissimulent ni leurs craintes, ni leurs espérances, elles chrétiens, devant les menaces dont ils sont l'objet ne songent qu'à fuir leurs foyers dévastés et à gagner les villes du littoral; les Druses nouent des alliances avec les Arabes et les Metualis et envahissent les villages jusqu'aux portes de Damas; une effroyable misère accroît encore la fermentation des esprits, l'administration ancienne de la Montagne est anéantie et la nouvelle pas encore constituée : retirer nos troupes, ce serait plonger ceux que nous sommes allés protéger dans un état pire que celui où nous les avons trouvés. Laissez-nous prolonger notre occupation jusqu'à ce que nous ayons achevé l'œuvre que nous sommes venus accomplir au nom de l'Europe et de la civilisation. Et si vous doutez de nos intentions, envoyez d'autres troupes européennes s'unir aux
nôtres. La Prusse et l'Autriche appuient timidement cette proposition ; Gortsliacow la défend avec énergie. — Non, répondent avec une « véritable sauvap,erie* » les ministres anglais, vous vous êtes engagés à partir, partez. Et ce n'est qu'à force d'insistances que nous obtînmes la prorogation du délai d'abord jusqu'au 1*^^ mai, enfin jusqu'au 5 juin, mais on nous notifia qu'on ne nous accorderait pas un jour de plus'^.
Le canal de Suez devint une autre pierre d'achoppement Dès qu'il en fut question, Palmerston se déclara contraire. « C'est une entreprise, dit-il, qui, je le crois, au point de vue du caractère commercial, peut être jugée comme étant au rang de ces nombreux projets d'attrape (bubhle) qui de temps en temps sont tendus à la crédulité des capitalistes gobe-mouches. Je pense qu'il est physiquement impraticable, si ce n'est par une dépense qui serait beaucoup trop grande pour garantir aucune espèce de rémunération; je pense donc que ceux qui engagent leur argent dans une entreprise de cette espèce se trouveront déplorablement déçus par le résultat Mais ce n'est pas le motif pour lequel le gouvernement est opposé. Les individus privés sont chargés du soin de veiller à leurs propres intérêts, et s'ils s'embarquent dans des entreprises impraticables,