A Villamarina, 21 mai
autrichienne et provoquer un mouvement en Lombardie.
Ce premier plan de l'Empereur était celui de son oncle en 1796 : appuyé sur Alexandrie, forcer'le Pô à Plaisance, prendre le Tessin à revers Gl parla assaillir les Autrichiens en Lombardie.
Pendant que notre armée achevait de se constituer et que l'Empereur préparait l'exécution de son plan, le général autrichien se fortifiait dans le carré de Mortara. — Vercelli, Yalenza, Pavie, San Martino étaient les quatre angles du carré; son front était formé par la Sesia et le Pô de Vercelli à Valenza, son flanc droit par la ligne Vercelli-Novare, son tlanc gauche par le Pô de Valenza à Pavie ; sur les derrières le Tessin de San Martino à Pavie ; au centre Mortara relié par six bonnes routes aux angles et aux côtés. Position formidable, dont on pouvait sortir avec avantage de tous les points, pour l'ofTensive ou la défensive. Il s'agissait seulement d'adopter Tune ou l'autre stratégie et ne pas rester flottant entre les deux.
Giulay ne commit pas tout d'abord cette erreur ; avec une perspicacité dont on ne l'a pas assez loué, il pénétra le dessein de l'Empereur de déboucher par Plaisance et disposa ses troupes pour le déjouer. II abandonne Vercelli, reporte la majeure partie de ses forces vers la gauche,
ramène sa droite à Bohbio, ne laissant que des avant-postes à Palestro, pousse une division à Stradella, fait commencer à Stella, en face du confluent du Tessin, une immense tête de pont, et lui-même transporte son quartier général de Mortara à Galasco 1 19 mai). I L'apparition de quelques fractions de la division d'Autemarre du 5^' corps, àBo])bio, le confirme dans ses suppositions; il interprète l'envoi de Garibaldi vers Varese comme une feinte destinée à le tromper. Cependant il juge utile de vérifier ses conjectures par une reconnaissance offensive qui obligera les troupes alliées à se démasquer (20 mai). La division Forey était établie à Voghera, ses avant-postes sur la rivière P^ossagazzo, couverte par la brigade de cavalerie De Sonnaz. Giulay lance sur cette division trois colonnes (22 000 hommes) sous Stadion, avec ordre de l'enserrer par un mouvement concentrique. La colonne de gauche dessine le mouvement offensif plus rapidement que les deux autres ; elle prend Montobello et s'avance jusqu'à Genestrello, malgré la ténacité de la cavalerie piémontaise. Forey est prévenu à midi et demi à Voghera : il est surpris par une attaque, à n'en pas douter, formidable. Un pusillanime, ou même un brave de tempérament défensif, ou un savant se serait replié. Lui ne délibère pas un instant; il ne s'inquiète pas de savoir s'il a devant lui peu ou beaucoup de monde, il est attaqué, il répondra en attaquant. Et ce n'est pas une témérité, car derrière lui il sait des renforts en état d'accourir pour le soutenir
OU le dégager. 11 réunit ses forces, et au pas de course se précipite sur la brigade de tête de l'ennemi. Il l'étonné, l'arrête, le culbute, le rejette de Genestrello sur Montebello. Là, l'obstacle se hérisse en crêtes abruptes, fortifiées, défendues par une nouvelle brigade toute fraîche. Il descend de cheval, l'épée à la main, se place sur la ligne des tirailleurs et crie : « En avant! » — Le village est emporté à la baïonnette. Mais l'obstacle se fait encore plus menaçant : c'est le cimetière, monticule couvert de canons. Forey se retourne vers ses soldats : « Allons, mes enfants, suivez votre général! » Et il continue en avant; il voit tomber à ses côtés le général Beuret; il ne s'arrête pas. Oui ne suivrait un tel chef! Le monticule est escaladé, le cimetière enlevé. Stadion, ayant encore sous la main 13 000 hommes de troupes fraîches , bat en retraite. Les ennemis avaient eu 14 000 combattants, nous à peine 7 000. Ils crurent que nous étions 40 000. Dans cette journée tout le monde fît son devoir aussi bien que Forey ; le général français Blanchard . le Piémontais De Sonnaz se montrèrent admi- ! râbles. Un bataillon d'Autemarre, quoique n'étant pas sous les ordres de Forey, était accouru au feu, Bazaine de même. A ce premier engagement l'armée française se montra daus toute sa beauté héroïque traditionnelle. Elle > savait encore que l'audace, laudace quand I môme, est presque toujours le salut, et elle pratiquait chevaleresquement la coutume d'accourir au feu d'un camarade en péril. Jeunes officiers,
quand reviendra le jour où l'on peut gagner de la gloire sur le champ de bataille, rejetez le fatras pédantesque que n'ont jamais connu ni Napoléon, ni Masséna, ni Davout, ni Lannes, sous lequel on étouffe la spontanéité intuitive du bon sens, le seul maître de l'art militaire, mais retenez pour vous inspirer quelques exemples des temps anciens, et au premier rang celui de Forey à Montebello.
Giulay avait atteint son but et forcé les alliés à se découvrir. Il n'y avait plus à en douter : ils voulaient déboucher par Plaisance et forcer le défilé de Slradella. En conséquence il continue le changement de front commencé, établit deux de ses corps (III'-, YIII^) de Valenza à Pavie et le IX^' au défilé de Stradella, face au sud, met les 11^ et 111" corps derrière eux, en réserve, autour de Garlasco, son quartier général, et ne laisse vers le nord, à Mortara et Vespolate pour observer la Sesia, que le Vil" corps et la division de cavalerie. Toutes ces dispositions fort liabiles répondaient à la situation au moment où elles furent prises. Mais Giulay eut affaire à plus avisé que lui.
« Je ndijiiiiKits eu de /dan dopértUinns », a dit Napoléon, ce qui veut dire qu'il n'avait jamais commencé aucune de ses campagncsselon un plan immuable, et qu'il avait incessamment modifié ses premières conceptions en les adaptant aux exi-
gences mobiles de circonstances impossibles à calculer dans le cabinet. Napoléon III suit cet exemple. Il est deviné ; il ne peut plus songer à franchir le Tessin à Plaisance. Ouand son oncle l'avait fait en 1796, Beaulieu n'y avait que quelques uhlans, tandis queGitdayva lui opposer une armée. Vraiment grand capitaine ce jour-là, il veut que la perspicacité de son adversaire tourne à sa perte : Giulay l'attend au sud ; il ira lui tomber sur le dos au nord, où il ne l'attend pas. Dès le 20 ce dessein est en formation dans son esprit. Le jour même de la bataille de Montebello il était allé opérer des reconnaissances du côté de Vercelli. Assuré que Montebello n'a pas été le prélude d'une offensive sérieuse, il prend son parti. Il réunit le 27 mai un conseil de guerre auquel il convoque le major général Vaillant, l'aide-major général Martimprey et les généraux en chef de l'artillerie et du génie Lebœuf et Frossard. Il expose le plan nouveau qu'il substituera au plan primitif. Il n'agira plus par le Pô, Plaisance, Stradella ; opérant un changement de front, il exécutera rapidement une marche de flanc par Valenza, Casale . Vercelli, Novare ; il tournera la droite autrichienne et la devancera sur le Tessin, endormira Giulay et l'induira à se ramasser sur sou aile gauche, en feignant de se concentrer luimême sur sa droite. Comme il arrive toujours dans les conseils de guerre, les avis se divisèrent. Martimprey et Lebœuf approuvèrent, Vaillant et Frossard soutinrent l'ancien plan. L'Em-