‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 38 sur 177 · CARRÉ STRATÉGIQUE DE MORTARA-MONTEBELLO-PALESTRO · texte numérisé non relu

CARRÉ STRATÉGIQUE DE MORTARA-MONTEBELLO-PALESTRO

pereur écoute sans exprimer d'opinion, licencie le conseil, et deux heures après il expédie ses ordres. Son mouvement commencera le 28. — Vous serez en tète, dit-il à Victor-Emmanuel, je veux que vous ayez le premier l'honneur de vous mesurer avec les Autrichiens. — Le roi remercie avec chaleur.

Une marche de flanc de plusieurs jours le long du front d'une armée ennemie est certainement l'opération la plus scabreuse qui soit à la guerre, car si l'ennemi s'en aperçoit il s'enfonce dans votre flanc et le coupe en deux. La célérité et le secret sont donc les conditions essentielles de la réussite.

Le secret fut bien gardé. Giulay, amusé par un semblant de concentration à notre droite et par l'établissement d'un pont à la Cervesina, ne soupçonna rien et continua à nous attendre à Plaisance et Stradella. Les diverses voies de communication utilisées par nous, nos troupes défdèrent sur un arc de cercle de cent kilomètres dont les Autrichiens tenaient la corde, si rapidement que ceux-ci ne s'en doutèrent pas. Il y eut rencontre le 30 mai seulement tout à la lin de la manœuvre.

Victor-Emmanuel avait l'ordre de s'établir à Palestro a(in d'assurer à l'armée française le passage de Vercelli et la liberté de son développement. Ses quatre divisions se heurtèrent à une division autrichienne. Elles laculbutent, mais sans l'anéantir; le lendemain une seconde division autrichienne vient au secours de la première, et toutes

loO L'EMPIRE LIBERAL.

deux réunies recommencent l'attaque. Aux quatre divisions du roi s'est ajouté aussi le 3^ zouaves, placé ce jour-là sous les ordres de Victor-Emmanuel. Les Autrichiens avec une intrépidité magnifique, et quoiqu'en si notable infériorité de noQibre, semblent un moment l'emporter. Les zouaves se déploient en tirailleurs, le Roi se met au milieu d'eux . Le colonel de Chabron veut l'écarter : « Sire, retirez-vous, ce n'est pas ici votre place. — Dans le danger, répond le Koi, ma place est au milieu des miens, et vous êtes les miens aujourd'hui. »

Les zouaves, d'abord cachés par les blés et par une allée de peupliers, se précipitent dans l'eau jusqu'à la poitrine, passent à gué le Cavroscolti; leurs munitions étant mouillées, ils se lancent à la baïonnette, refoulent les ennemis étourdis vers un canal profond de dix pieds et encaissé de hautes digues et les y culbutent les uns sur les autres dans un désordre inexprimable. Cette déroute entraîne la retraite des autres colonnes autrichiennes, d'ailleurs serrées de près par les Piémontais, retraite qui s'opéra en belle contenance.

Les zouaves, enthousiasmés de ce roi aussi endiablé de vaillance qu'eux-mêmes, se souvenant de l'hommage rendu par leurs anciens au général IJonaparte le soir de Lodi, portèrent à Victor- Emmanuel le diplôme de caporal. De son côté le roi n'oublia jamais le spectacle inouï d'élan dont il avait été le témoin, et il n'appela ce régiment que Yimpareyyiable (l'incomparable).

L'Empereur, dès les premiers coups de canon, s'était de Vercelli porté sur le théâtre de l'action; il fut témoin du triomphe des zouaves et de Victor-Emmanuel. En regagnant son quartier général il atteint un détachement de cavaliers piémontais escortant des prisonniers; le chef du détachement s'arrête et rend les honneurs militaires; l'Empereur lui adresse quelques mots courtois sur le combat; le sous-lieutenant répond en un français si pur, que l'Empereur surpris lui dit : « A qui ai-je le plaisir de parler? — Je suis le duc de Chartres, répond simplement l'officier. » L'Empereur le salue et continue sa marche.

Les combats de Palestro nous rendaient maîtres de la rive gauche de la Sesia. N'étant plus condamnés à un échelonnement périlleux, nous continuâmes tranquillement le mouvement tournant jusqu'à Novare. Le 1'' juin il est terminé. Ce résultat était immense.

Garibaldi avait d'abord réussi à surprendre Varese et occuper Côme, puis avait essayé d'enlever par un coup de main Laveno ; repoussé il était revenu à Varese, et y avait trouvé le général IJrban campé sur toutes les hauteurs qui dominent à droite et à gauche la route de Milan. Position des plus critiques ; il était menacé d'être pris dans un entonnoir. Du reste, malgré cet échec partiel, la situation de l'armée alliée était excellente.

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