rîappoil d<; Regiiaull de Saint-Jean-d'Angély
voyaient venir en bondissant, de nous arrêter par quelques déciiarges précipitées, et n'y réussissant pas ils n'osaient attendre le combat corps à corps, et se débandaient.
L'Empereur fit maréchaux Regnault de Saint- Jean-d'Angély et Mac-Mahon : c'étaient, en efîet, avec lui-même, les victorieux de la journée. En outre il fit Mac-Mahon duc de Magenta. Il donna ainsi par sa générosité de récompense des apparences à la légende de dénigrement fabriquée presque aussitôt par ses ennemis. — L'Empereur, dirent-ils, était perdu; Mac-Mahon, prenant sur lui de désobéir à ses instructions, était allé à gauche tandis qu'on l'avait envoyé à droite ; il était accouru au canon de détresse de l'Empereur et l'avait sauvé'.
Quiconque a connu le caractère de Mac-Mahon n'a pas cru un instant à une pareille invention. C'était un chef de corps de la plus haute valeur, mais subordonné jusqu'à l'abnégation, préférant obéir à un ordre absurde qui le dégageait que prendre une initiative raisonnable qui l'eût engagé. Si on lui avait enjoint de se diriger à droite, il n'aurait, paraucune considération, marché à gauche. En réalité il n'a pas suivi une direction autre que celle prescrite par l'Empereur; il
I. Falloux, qui ne néglige aucune occasion de relever une calonniio contre le Prince qui lui avait témoigné tantd'amilié et (le oonOance, dit dans ses Mémoircfi il. II, p. 301) : « Il Tranchit les Alpes et tomba hientôl dans un piège que le général de Mac-Mahon changeait en victoire à Magenta. » Est-il i)erniis d'écrire ainsi l'histoire?
MAGENTA. — MELEGNANO. 111
devait aller à Magenta, il y est venu, seulement quelques heures plus tard qu'on n'y comptait. Il n'a pas couru au canon de TEmpereur, c'est l'Empereur qui a marché au sien. Il a déterminé la victoire après l'avoir compromise pendant plusieurs heures, par un retard que, sans l'héroïsme de la Garde, il n'eût pu réparer. « Mon cher général, a dit l'Empereur à Regnault de Saint-Jeand'Angély, vous avez sauvé l'armée par votre énergie ; sans vous, Dieu sait ce qui serait arrivé \ » Dans l'armée on ne récrimina pas contre Mac- Aï ahon : en regrettant qu'il n'eût pas concentré dès le début ses divisions, au lieu de laisser entre elles un intervalle trop considérable, on ne retint que le sang-froid et l'impétuosité avec lesquels il les avait ramassées dans sa main avant de les lancer compactes dans cette offensive glorieuse qui emporta les dernières résistances; on reconnaissait qu'après tout il avait déterminé la victoire et qu'un succès moins écrasant à Magenta" eût permis aux Autrichiens de
i. Lettre de Regnaull de Saiii(,-Jean-d"Angély à sa femme.
2. Wimplfeu a beaucoup raconté que Niel avait dit : « Si l'Empereur s'était accordé vingt-quatre heures de réflexion avant de donner ses récompenses, au lieu de nommer le général de Mac-Mahon maréchal et duc de Magenta, il l'aurait fait traduire devant un conseil de guerre pour avoir si mal exécuté ses ordres. » Je demandai au gt'-ni'-ral Lebrun ce qu'il pensait de l'anecdote. Voici ce qu'il m'écrivit : « Ces paroles qu'on prèle au marécliol Niel ne sont <]u'un mensonge. Rien n'aurait pu les justifier; e( eût-il pensé ainsi, ù coup sûr le maiéchal Niel ne les aurait pas proférées; il était bien trop courtisan pour blâmer ce que l'Empereur avait fait. Quelle autorité que celle de Wimplfen! »
recommencer le lendemain une lutte aussi acharnée et aussi difficile. Ils n'y pensèrent pas, Giulay ordonna l'évacuation de Milan et de Pavie et la retraite vers Lodi et l'Adda.
Supposons encore Napoléon P' à la tête de cette armée victorieuse. Il disposait de 110000 hommes dont63 200 n'avaient pas étéengagés la veille; Giulay n'avait sous la main, par suite de la retraite de sa droite sur Milan, que 80000 hommes démoralisés et fatigués par la défaite. Dans cette situation est-ce aux ovations de Milan qu'aurait couru le grand capitaine? Se serait-il occupé d'autre chose que d'achever l'armée de Giulay, d'opérer avec toute la sienne la poursuite qui n'avait pas été possible le soir de la victoire, de provoquer une nouvelle rencontre qui eût probablement mis fin à la guerre? Napoléon III n'ordonna aucune poursuite, et Giulay, étonné de n'être pas inquiété, gagne tranquillement l'Adda, tournant de temps en temps la tête pour s'assurer que vraiment il n'est pas suivi. Le 7 au soir il avait mis à l'abri toutes ses troupes, sauf une brigade laissée en arrière-garde à Melegnano.
Dans la journée du 7, les gens du pays informaient notre état-major de la présence de ce corps autrichien à Melegnano. L'Empereur ordonna de le débusquer. Il paraissait naturel de confier l'opération aux corps les plus rappro-
.MAGENTA. — MELEGNANÛ. 17:j
chés, ceux de Niel et de Mac-Mahon; on en chargea le plus éloigné, Baraguay d'Hilliers, bivouaqué à San Pier d'Olmo, au delà de Milan, probablement pour lui fournir l'occasion de se distinguer qu'il n'avait pas eue à Magenta. Mac- Mahon fut placé sous ses ordres et Niel chargé de l'appuyer. Seize brigades furent mises en mouvement contre une!
Baraguay d'Hilliers, parti à quatre heures du matin de San Pier d'Olmo, n'arriva à Melegnano que vers cinq heures du soir, retenu par les encombrements des convois. En route il avait convenu avec Mac-Mahon que son corps, divisé en trois colonnes, attendrait à bonne distance de Melegnano que Mac-Mahon eût gagné par un mouvement tournant la route de Lodi en arrière de la ville, et fermé toute retraite aux Autrichiens. — « Vous verrez qu'il ne m'attendra pas, dit Mac-Mahon à Lebrun; il est trop impatient de faire son coup. »
C'était bien deviner. Le mouvement de Mac- Mahon fut, il est vrai, plus lent à exécuter qu'on ne l'avait cru, le pays était entrecoupé de canaux d'irrigation surplombés de chaussées ; une pluie torrentielle tomjjait; on avait h traverser à gué une rivière. Baraguay n'attendit pas môme que ses deux colonnes de flanc fussent en position, ni que son artillerie eût balayé le terrain ; il lança sa colonne de centre sur Melegnano barricadé, le long d'une route bordée de deux fossés pleins d'eau. Bazaine et ses zouaves, grâce à des prodiges de dévouement, s'emparèrent de la place,
mais au prix de quels sacrifices ! 951 hommes tués ou blessés. Et cette hécatombe ne servit de rien, car Mac-Mahon n'étant pas encore posté sur la route en arrière, les Autrichiens purent se dérober. Lebrun croit qu'une demi-heure d'attente eût suffi pour que Mac-Mahon fut en position. Dans tous les cas, pourquoi n'avoir pas attendu que les colonnes de flanc fussent en action et que l'artillerie eût balayé le terrain? L'Empereur sur le triste théâtre de cette sauvagerie recommanda (^ de ne plus faire de ces tours de force inutilement' ». Baraguay d'Hilliers s'était montré là ce qu'il a été partout : d'une intrépidité tenace qui ne reculait devant rien, mais sans souci de la vie de ses hommes, aussi dur aux autres qu'à lui-même -.
On a essayé d'excuser cette sauvagerie en disant que Baraguay d'Hilliers avait reçu l'ordre d'emporter Melegnano le jour même, et que s'il avait attendu Mac-Mahon il eût été obligé de diff(''rer jusqu'au lendemain. Tous les ordres comportent la restriction de bon sens et d'humanité, dans la ItinUe de re qui sera possible, et il n'y avait aucun péril à ce que la brigade autrichienne ne fût expulsée que le lendemain. Le chef présent sur les lieux a seul qualité pour juger de ce qui est ou n'est pas possible; aucun ordre donné de loin ne saurait lier son initiative à ce sujet.
Le jour même de cette bataille, Napoléon III