‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 39 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MAGENTA. — MELEGNANO

L'occupation de la capitale d'un ennemi netermine rien tant que son armée principale n'a pas été détruite. L'anéantissement aussi complet que possible de cette armée, c'est le but principal ou plutôt unique de la stratégie, le reste suit naturellement. Voilà Giulay tourné, dupé, dépisté, surpris. Supposez l'oncle à la place du neveu, il ne se serait pas occupé de Milan, il se serait rué par une conversion à droite dans le carré de Mortara, n'aurait pas perdu un moment pour tomber sur les Autrichiens. Giulay, efFaré, était aux abois. Depuis plusieurs jours, son intelligent chef d'état-major s'efforçait de lui persuader qu'il était tourné, il n'en voulait rien croire. Le l'^'" juin la réalité lui apparaît menaçante, et il en pei'd la tête. Il avait à choisir entre deux partis : ou rap,peler ses troupes du Sud oîi elles n'avaient rien à faire, les ramener vers Mortara et Bobbio, et là essayer de couper notre armée par une attaque de tlanc, ou bien

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se porter résolument derrière le Tessin et nous en disputer le passage. Pendant toute la journée du 1*^'" et du 2, le malheureux général passe à chaque heure d'un parti à l'autre, et il exténue ses troupes dans des marches contremandées sitôt qu'ordonnées. Que serait-il advenu si l'armée alliée avait fondu sur lui au milieu de ce désarroi?

L'Empereur pourtant ne s'occupe pas de Giulay, on eût dit que tout ce qu'il avait en lui de force d'impulsion avait été usé. La marche qu'il venait de terminer si habilement n'avait de sens que si elle préparait une offensive foudroyante : il la conclut par une défensive circonspecte; il ne va pas vers l'ennemi, il l'attend; il ne brusque pas l'événement, il le voit venir. Personne ne se montrant, il ne cherche pas à prendre le contact qu'on ne lui offre pas; il se remet en marche vers le Tessin et Milan, avec précaution, en colonnes prêtes à s'appuyer. A ne considérer les choses que superficiellement, comme, malgré tout, il s'avance du côté du territoire de l'ennemi, sinon contre son armée, on peut dire qu'il agit offensivement, mais celte offensive, dépourvue de décision et de promptitude, a la timidité, l'incertitude qui sont la condition et l'infériorité de toute défensive, c'est une défensive qui se déplace en avant. Cette fois il ne semble plus entendre l'autre conseil de son oncle à Masséna : « Activité, activité, vitesse. »

Giulay a la liberté de reprendre ses sens. François-Joseph, en route sur Vérone, lui télé-

graphie : « Faites un énergique effort offensif et conservez au moins la ligne du Tessin. » 11 répond : « C'est impossible », et le 2 à midi, donne l'ordre de la retraite derrière le fleuve. Du coup Garibaldi est dégagé. Urban, qui le serrait de près, rappelé brusquement de Varese, le laisse sans personne devant lui. L'histoire démagogique raconte que c'est son génie militaire qui l'a tiré de peine!

Les deux armées marchaient donc parallèlement vers le même but, sans s'aborder, sans même soupçonner leurs mouvements réciproques bien qu'ayant de la cavalerie pour s'éclairer. Le choc qui va se produire entre elles sera l'effet du hasard.

Dans la journée du 3, l'Empereur continue à s'embarrasser dans sa malheureuse stratégie défensive. Au lieu de se préoccuper uniquement de déterminer par où et comment il attaquera, de choisir son champ de bataille et de fondre sur l'adversaire incertain, il perd son temps à demander par où il sera attaqué lui-même et à dresser des plans en vue d'hypothèses dépourvues de toutes probabilités. 11 persiste à supposer Giulay encore sur la rive droite du Tessin; il songe à se prémunir contre une attaque venant du carré de Mortara, et cependant il ne veut pas rester immobile. Alors il adopte à son tourte détestable expé-

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dient du moyen terme. 11 renonce à sa concentration de marche au moment où elle va devenir le plus nécessaire ; il ne laissera pas son armée entière sur la rive gauche ; il ne la transportera pas sur la rive droite ; il la coupe en deux, la met à cheval sur le fleuve, se croyant ainsi en mesure de repousser l'attaque de quelque coté qu'elle vienne, se condamnant en réalité à ne lui opposer sur chaque côté qu'une partie de ses forces : ce qui est préparé à deux fins ne vaut en général pour aucune.

En conséquence il décide que dans la journée du 4, le corps de Baraguay d'Hilliers demeurera sur la rive droite, dans la forte position de la Bicoque, à plus de quinze kilomètres du fleuve ; le corps de Mac-Mahon, grossi des voltigeurs de la Garde, se portera sur Magenta par Turhigo et Buffalora. Il sera suivi et appuyé en réserve par toute l'armée du Roi venant de Lumelognoet de Galliate. Ce devait être le mouvement important de la journée. Fendant qu'il s'opérerait, les grenadiers de la Garde s'empareraient du pont établi à San Martino, et s'y tiendraient en attendant ^'iel et Canrobert, et tous ensemble iraient rejoindre Mac-Mahon à Magenta, si décidément on ne voyait rien venir du côté du Pô'. Ainsi, le 4

1. " Le corps d'armée du général de Mac-Mahon, renforcé do la division des voltigeurs de la (îarde impt'riale (Camou) et suivi de toute l'armée du roi de Sardaigne, se portera de Tiubigo sur liuffalora et Marjcnta, tandis i\UG la division des grenadiers di- la (jarde s'emparera de la tête de peut de San Martino sur la rive gauche et qw le corps d'armée du ma-

TEmpereur ne songeait qu'à un passage partiel duTessin, non à une bataille.

Les dispositions que Giulay prenait le même jour montraient plus de résolution. Tout entier sur la rive gauche, il s'apprêtait à nous disputer par une bataille la possession de la Lombardie. En avant de lui il avait le Tessin, large, profond, rapide; trois kilomètres plus loin le Naviglio grande, canal de deux mètres environ de profondeur, aux berges hautes par endroits de dix mètres, qui suit le cours dufleuve jusqu'à Abbiategrasso où, faisant un coude, il se dirige vers Milan. De petits canaux, des fossés coupaient le sol environnant; des arbres, des cultures à haute tige ne permettaient pas d'apercevoir le mouvement des troupes; on ne s'en rendait compte, et encore imparfaitement, que du haut des clochers.

Giulay, à la nouvelle que les Français ont franchi le Tessin à Turbigo, décide de marcher sur eux par Magenta. Il ordonne de faire sauter le pont de San Martino, sur le fleuve et ceux de Buffalora et de Ponte Vecchio sur le JNaviglio, de miner celui de Ponte Nuovo et d'établir une redoute sur celui du chemin de fer. 11 préparerait ses troupes et leurs renforts en leur accordant un jour de repos complet le 4. Celles qui arrivaient de Milan mouraient de faim; on leur avait refusé des vivres, parce que, réglementairement, ils étaient destinés à d'autres corps.

réchal Caiiiobcrt s'avancera sur la rive droite pour passer le Tessin au même point. » (Ordre général du jour.)

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Si le plan de rAutrichien eût été exécuté, Mac-Mahon et la Garde se fussent trouvés aux •prises avec 142 320 hommes, 15 470 chevaux et 552 pièces, avant que nos corps de seconde ligne eussent le temps d'accourir. La Providence veillait alors sur nous. Les ordres de Giulay furent mal obéis ; le pont de San Martino ne sauta qu'à moitié : deux piles seulement s'affaissèrent sans s'écrouler, et il resta praticable aux fantassins et même à l'artillerie moyennant quelques réparations. Un envoyé de François-Joseph, le feld-maréchal de Hess, retint à l'étourdie le long du Tessin, de Corbetta à Stradella, les corps qu'il eut fallu pousser au plus vite vers Magenta. Ainsi, et non par sa faute, (jiulay n'eut pas sous la main l'ensemble de ses forces, mais seulement 57470 hommes, 4170 chevaux et 152 pièces. Sans ce bienheureux contretemps, nous étions probablement jetés dans le Naviglio et le Tessin.

Le 2 au soir, la brigade Manèque, de la Garde, traversa le Tessin sur un pont de bateaux, elle Naviglio sur le pont qu'on n'avait pas détruit; elle s'établit à ïurbigo. Le 3 dans l'après-midi, le 2'' corps vint la rejoindre. Le Tessin passé, Mac-lMahon traverse Turbigo et exécute une reconnaissance vers Robechetlo. Il monte sur le clocher; à peine au sommet il aperçoit une forte colonne autrichienne à 500 ou 000 mètres du village; il descend quatre à quatre, galope vers ses troupes qui débouchaient de Turbigo, ordonne à LaMotterouge de repousser les Autrichiens. Ceuxci, embusqués derrière les clôtures des haies, ac-

cueillent la tête de nos colonnes par une fusillade nourrie. Les tirailleurs algériens, les turcos, sans répondre à ce feu , s'élancent dans les rues au pas de course, et en quinze minutes le village est évacué : leur teint basané, leurs sauts de panthère, leurs cris produisirent sur les Autrichiens un véritable effet de panique. Pour les mieux animer, quelquesuns de leurs officiers leur avaient persuadé que tous les Autrichiens étaient juifs. Le 2'' corps bivouaqua sur la rive gauche du Navigiio, sauf la brigade Decaen attardée de l'autre côté du fleuve.

Le lendemain 4, Mac-Mahon appelle vers lui la brigade retardataire, ce qui encombre le pont pendant vingt à quarante minutes ; il fait passer ses bagages sur la rive droite du Naviglio, ce qui produit encore sur le même pont un encombrement de près d'une heure et demie. Après quoi il s'ébranle à neuf heures et demie. Il dirige sa division La Motterouge sur Buffalora, le long de la rive gauche du canal, et la fait appuyer par les voltigeurs delà Garde. Pour éviter les lenteurs de la marche en une seule colonne, il fait défiler la division Espinasse par la route directe qui va à Magenta par Inveruno, Mesero, Marcallo, ce qui met entre les deux divisions une distance variant de trois à quatre mille mètres. La cavalerie de Gandin de Villaine avait mission de protéger Espinasse en le reliant à La Motterouge.

A la même heure, les grenadiers de la Garde partent de Trecate, ne trouvent personne à San Martino, s'y établissent, débusquent quelques

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tirailleurs ennemis et poussent des reconnaissances vers Ponte Nuovo et Buffalora. Leur unique mission jusqu'à nouvel ordre étant de s'assurerde SanMartino, Hegnault deSaint-Jeand'Angély les rappelle en avant du pont.

L'Empereur, ne croyant guère à une bataille imminente, avait déjeuné à l'heure habituelle, à Novare, entouré de son état-major général et d'un bataillon du l*"'' grenadiers de la Garde. Après son déjeuner, il vient en voiture avec le général Martimprey savoir ce qui se passe (une heure). Tandis que le commandant de la Garde lui rend compte, il entend le canon. C'était La Motte- Rouge qui, s'avançant de Turbigo avec sa vigueur habituelle, avait enlevé Bernate et commencé l'attaque de Buffalora. Mac-Mahon est donc en action, pense l'Empereur, il faut l'aider par une diversion. Il prend le commandement (une heure et demie), envoie le 2" grenadiers à Buffalora et le 3' vers le Ponte Nuovo et la redoute du chemin de fer; le 1^'' de grenadiers et les zouaves de la Garde en réserve. Arrivés devant Buffalora, les grenadiers trouvent le pont coupé et s'arrêtent. L'attaque sur le pont du chemin de fer et le Ponte Nuovo paraît d'abord plus heureuse. La redoute semblait imprenable : en vingt minutes, la Garde la prend. Le Ponte Nuovo était balayé par les obus et les balles : le général Cler et ses zouaves en forcent le passage, s'emparent des maisons qui le bordent à gauche et à droite et tuent le général autrichien Burdina. Dans leur élan, sans songer à leur petit nombre, ils s'avan-

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cent sur la route de Magenta. Giulay envoie une nouvelle division (Keicsebach). Qu'importe? si Mac-Mahon arrive, on s'en tirera. Mais tout à €0up (2 heures), ce canon vers lequel on marchait, ce canon d'appel qui serait devenu le canon de secours, ce canon, qui avait donné le signal de l'engagement, au lieu de se rapprocher, se tait. Et l'ennemi grossit toujours, il en vient de tous les côtés, jusqu'à 23 000, Entre grenadiers et zouaves les nôtres sont à peine oOOO. Néanmoins ils ne rompent pas d'une semelle ; obligés d'abandonner le pont, ils se retranchent dans les maisons environnantes et s'y cramponnent avec une indomptable ténacité; leur nombre décroît; un de leurs chefs aimés, le général Cler, €st tué; Wimpffen blessé; à la masse qui les assaille en face s'en ajoute une autre, venant par la route d'Abbiategrasso, qui va les tourner; tout semble perdu et ils tiennent bon; ils tombent les uns sur les autres, pas un ne recule. Notre vieille terre de vaillance et d'honneur n'a pas produit d'enfants qui aient porté sa gloire plus haut.

Pendant ces heures effroyables, l'Empereur, immobile entre le pontde Butfaloraetlo Naviglio,au centre du combat, craignant que Mac-Mahon qui ne donnait plus signe de vie n'ait été écrasé, l'àme dévorée d'angoisse, bridé d'une fièvre intérieure, assistant, sans moyens de l'arrêter, à l'hécatombe de tant de braves, se demandant si sa fortune et celle de la France n'allaient pas s'écrouler dans un épouvantable effondrement,

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ne Itîisse percer aucune émotion sur son visage impassible, et par le calme stoïque de son attitude maintient, exalte les courages. Aux messa- .gers réclamant des secours qu'il ne peut accorder, il répond d'un ton ferme : « Tenez toujours ! » Il expédie des officiers d'ordonnance à Niel, à Canrobert, à Mac-Mahon, à Victor-Emmanuel; il envoie l'artillerie de la Garde au soutien des grenadiers.

Enfin (3 h. 1/-), un premier sauveur se montre, le général Picard, du 3' corps. 11 avait eu les plus grandes difficultés à arriver. Les impe- (iimenta des troupes de première ligne n'ayant pas été rejetés en arrière de celles de deuxième ligne, la route de Novare auTessin était obstruée de voitures pressées sur cinq rangs qu'on ne pouvait écarter ni à gauche ni à droite, la route étant construite en chaussée. Les soldats, obligés de se glisser homme ])ar homme à travers les voitures, accouraient au pas de course. Une immense acclamation les accueille, le combat est rétabli, la redoute du Ponte Nuovo dégagée, le pont repris; Picard se porte vers le Ponte Vecchio contre le mouvement tournant qui menace du côté d'Abbiategrasso. Les Autrichiens jettent encore de nouvelles forces dans le combat, 1(3(100 hommes à peu près, et celte fois encore, tout semble perdu. Mais voici, accourant aussi au galop, le général Niel et la division Vinoy. La situation n'en restait pas moins terrible, lorsque enfin le canon, muet depuis plus de deux heures, se réveille et envoie dans tous

les cœurs un souffle d'espérance (4 h. 1/2). Pourquoi ce canon, après avoir parlé, s'était-il tu? Pourquoi l'entendait-on de nouveau?

HT

Pendant que La Motterouge attaquait Buffalora et entraînait l'Empereur à s'engager, le chef d'état-major de Mac-Mahon, le général Lebrun, distingue, du clocher de Cugiono, des troupes d'ennemis en marche ; il leur suppose le dessein de se glisser dans l'espace libre entre nos deux divisions et de les séparer; il conseille à Mac- Mahon de rappeler La Motterouge de Buffalora jusqu'à ce qu'on ait rapproché Espinasse. Le général Auger, commandant de l'artillerie, officier du plus grand mérite, appuie l'avis de Lebrun. Aucun doute qu'Espinasse ne doive être rapproché, et un officier lui en porte l'ordre; mais interrompre le combat, revenir en arrière, Mac- Mahon ne peut s'y résoudre ; l'armée du Roi le suit et avec son aide il se sent en état de déjouer la tentativedesAutrichiens.Danscette incertitude survient Délia Rocca, le chef de l'état-major du Roi; il raconte que deux divisions seulement, celles de Durando et de Fanti, viennent de traverser le pont de Turbigo, qu'il est obligé de retenir celle de Durando dans la prévision d'une attaque de l'Autrichien Urban, que Fanti retardé par l'entassement des bagages n'avance que difficilement : Mac-Mahon n'a plus à compter sur ce

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concours. Il ne cache pas à Délia Rocca son désappointement, mais la nécessité le contraint alors à suivre les conseils de Lebrun et d'Auger : il rappelle La Motterouge (2 heures), et à la canonnade, à la fusillade succède le silence lugubre qui porte à San Martino 1 étonnement et l'angoisse.

Alors commence le double drame poignant. Le canon de l'Empereur ne se taisait point, il redoublait de fureur, il arrivait à Mac-Malion comme un reproche et une imploration; les minutes pèsent autant que des heures, et point de nouvelles d'Espinasse! Il n'y tient plus. Suivi d'un officier, il s'élance à travers les champs, les vignes, les fossés, renversant les cavaliers, bravant les tirailleurs, terrible, irrésistible. Il trouve Espinasse maître de Marcallo et, en prévision du concours des Piémontais, s'apprêtant à continuer sur Magenta. Mac-Mahon lui dit que les Piémontais viendront très tard, s'ils viennent, lui prescrit de s'établir fortement à Marcallo, qui doit être conservé à tout prix comme appui de sa gauche et dépôt de notre ambulance, et de se rallier à lui par la ferme de Guzzafame. Il revient ensuite en ouragan. — Imprudence, a-t-on dit. — Certainement, mais l'histoire aime ces imprudences, elles font les héros et les victoires.

Les Autrichiens se rendent compte du resserrement ordonné par Mac-Mahon et veulent l'empêcher par une attaque surxMarcallo. Espinasse les repousse, laisse sa brigade (iault dans le village, jusqu'à ce que Fanti, auquel Mac-Mahon a envoyé

son premier aide de camp, soit arrivé, et avec son autre brigade refoule les vaincus sur Magenta.

Rassuré sur Espinasse, Mac-Mahon ordonne à LaMotterouge de reprendre son mouvement contre Buffalora (4 heures). Le général, qui s'élance aussitôt, a la surprise de trouver là les grenadiers de la Garde maîtres de la position : craignant d'être pris entre deux feux, les Â.utricliiens s'étaient retirés'. 11 continue sur Magenta. A la ferme de Casa Nuova, il se heurte à une sérieuse résistance; il s'y arrête le temps d'en venir à bout. C'est le bruit de la fusillade et de la canonnade engagées là qui, arrivant à San Martino, a relevé les espérances; les courages n'avaient pas à l'être. Les Autrichiens commen- •cent à sentir que la journée tourne contre eux; néanmoins ils se défendent avec vigueur, mais ils succombent.

La prise de la Casa Nuova détermine un mouvement en avant qui rassure définitivement Espinasse sur la possession de Marcallo. Quoique Fanti ne s'y soit pas encore montré, il en rappelle vers lui la brigade Gault, sauf quelques détachements (6 h. 1/2) et rejoint Mac-Mahon.

Mac-Mahon a tout son monde sous la main, il prend ses dernières dispositions. Lui, à la tête de la division La Motterouge, attaquera par la route de Buffalora, Espinasse par celle de xMarcallo, Camou suivra au centre de la ligne; tous se dirigeront sur le clocher de Magenta par un

I. Mac-Mahon se Irompe dans son rapport lorsqu'il parle d'une attaque vigoweuse contre la position.

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mouvement convergent de plus en plus serré (7 heures).

Les généraux deviennent soldats pour mieux entraîner les troupes. La Motterouge, debout sur son cheval, les excite; Castagny abandonne le commandement de sa brigade et fait le coup de feu ; Auger établit son artillerie disponible sur le chemin de fer et fauche l'ennemi. De part et d'autre, on déploie des prodiges de valeur. Espinasse, qui tout le jour avait été superbe de sangfroid et de vaillance, est tué raide du coup de carabine d'un Tyrolien, à la porte d'une maison qu'il essaie d'enfoncer. L'extérieur du village pris, le combat continue de maison en maison et devient atroce (8 lieures). Il se termine par la pleine déroute des Autriciiiens.

Ace moment se montre l'avant-garde de Fanti, un bataillon de bersagliers et quatre canons. Sans s'attarder à entrer dans le village de Marcallo, abandonné par la brigade Gault et dont il savait la possession assurée, il s'était judicieusement hâté vers Magenta par Casone. Ses quatre canons purent encore tirer quelques coups sur les fuyards ; quand le reste de sa division, à trois trois kilomètres environ, se rapprocha, il n'y avait môme plus de fuyards à achever. Là comme partout où il avait été attendu dans cette terrible journi'e, il arrivait quand tout (Hait fini.

Du coté du Naviglio, la vicloii'c avait été au moins aussi pénibleà obtenir. L'entrée en scènede Mac-Mahon redoubla l'ardeur au Ponte Nuovo et au Ponte Yecchio, et nous reprîmes l'avantage.

Mais les Autrichiens, une troisième fois, reviennent en forces contre les ponts du INaviglio et de San Martino par les deux bords du canal. Après des péripéties diverses, malgré une résistance acharnée, la brigade Picard épuisée, décimée, est rejelée loin de Ponte Yecchio. Elle aurait été à maie partie si, de notre côté aussi, ne continuaient à arriver des fractions des 3'" et i" corps qui ranimaient le combat. Ce n'était pas comme à Magenta une vague de fond irrésistible qui s'avance sans reculer un instant, c'étaient deux vagues furieuses, à l'écume ensanglantée, qui, tour à tour, s'avancent et reculent. L'acharnement des Autrichiens ne se lassait pas. Canrobert le brise enfin par une charge à la baïonnette; Trochu l'achève en survenant avec une partie de sa division ; nous restons maîtres du terrain sur les deux rives, à Ponte Yecchio comme à Ponte rs'uovo de Magenta.

Ce n'est sûrement pas une défaite, mais est-ce une victoire? l'ennemi est contenu, repoussé, il n'est pas en déroute; il l'est si peu qu'il prépare déjà un retour agressif pour le lendemain. A Magenta au contraire, la débandade est telle que les I" et ir corps autrichiens, écrasés, fuient vers les trois heures du matin, précipitammentvers Milan.

Les Autrichiens avaient eu 1365 morts, 4348 blessés, 45(10 disparus ou prisonniers; les Français 657 morts, 3 223 blessés et 655 disparus; les Piémontais n'eurent ni morts ni blessés. De notre côté il n'y avait eu d'engagés que 46888 hommes, 1207 chevaux, 87 pièces.

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L'Empereur établit son quartier général dans une misérable|auberge à San Martino. Il était assis au milieu de ses généraux lorsque Victor- Emmanuel entre brusquement, sans s'être fait annoncer. Une seule de ses divisions, celle de Fanti, avait essayé de suivre Mac-Mahon, et elle était arrivée partout trop tard. Ses autres troupes, malgré les ordres réitérés de l'Empereur, malgré l'appel pressant du canon, étaient restées immobiles sur place à Turbigo et à Galliate, avec une persistance d'apparence systématique, à laquelle on donnait les interprétations les plus diverses, dont la plus indulgente était que, Roi, il n'avait pas voulu se mettre sous les ordres d'un simple divisionnaire.

Victor-Emmanuel venait apporter ses explications. Il exprima en termes expansifs son désesj)oir de n'avoir pas pris part à la lutte. Il en avait été empèclié, disait-il, par un encombrement au débouclié du pont de Turbigo et par l'inquiétude que lui causait l'apjjarition de quelques cavaliers et la jtrésence de la division Urban signab'e à Gallarate d'où elle menaçait les derrières desjtroupes en marche sur Magenta. Ces raisons n'étaient pas sérieuses. L'encombrement expliquait deux ou trois heures de retard, non une abstention complète de toute la journée. La crainte vague d'une atlaque d'Lrban, à plus

forte raison l'apparition de quelques cavaliers, justifiait à peine l'immobilité d'une division, car il eût suffi de se couvrir par une arrière-garde laissée à Castano : elle n'expliquait nullement que le Koi et ses trois divisions eussent entendu pendant tant d'heures le tonnerre de la bataille sans bouger, se retrouvant le soir à la ])lace où ils élaient le malin.

L'Empereur, qui était resté assis, ne s'arrêta pas à une discussion inutile et sans dignité; il répondit froidement : « Sire, lorsque l'on doit opérer une jonction devant l'ennemi, on exécute strictement ses instructions et l'on tient ses engagements; je regrette que Votre Majesté ne l'ait pas fait. » — Le Roi demanda à être placé à l'avantgarde à la prochaine affaire'.

Le succès de cette bataille décousue, incohérente, conduite au hasard, est du à la vaillance sans doute, plu^ encore à l'esprit d'initiative offensive. 11 n'appartenait qu'an commandant en chef d'imprimer ce caractère à l'ensemble des opérations : les officiers de tout grade comme les soldats firent, d'instinct, de cette offensive la règle de la tactique du champ de bataille; chacun à son rang, sans attendre les ordres, alla toujours de l'avant, sans regarder ni en ar-

I. Je liens ce récil du maiéclial Lebœuf, présent à l'enlielien.

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rière ni de côté; c'est pourquoi ils vainquirent.

Ils furent aidés, il est vrai, puissamment par l'artillerie rayée de l'Empereur, dont la supériorité sur les canons à àme lisse des Autrichiens se démontra d'une manière foudroyante. Elle porta le désordre même dans les réserves qui ne prenaient point part au combat, préparant la défaite par la démoralisation. Cette nouvelle artillerie fut employée avec un à-propos de coup d'oeil et de décision supérieur par le général Auger au 2^ corps et par le général Lebœuf à Ponte Yecchio. Regnault de Saint-Jean-d'Angély dit de celui-ci : '< Bien que le général Lebœuf ne soit pas sous mon commandement, je manquerais à un devoir si je ne signalais pas l'énergique assistance que cet officier général m'a prêtée en dirigeant le feu de mon artillerie pendant le plus chaud de l'action. Son zèle seul l'amenait au milieu de nous : c'est un officier qu'on est siir de rencontrer partout où se présente le danger'. »

Si les Autrichiens avaient su comme nous se déployer en chaîne épaisse de tirailleurs, agir d'une manière indépendante et libre, profiter des accidents du terrain pour s'abriter et bien ajuster, s'avancer ou se replier avec rapidité, ils seraient parvenus, par un emploi judicieux de leur fusil, supérieur au notre, à compenser l'infériorité de leur artillerie. Mais lourdement accolés les uns aux: autres dans une défensive systématique et passive, ils essayaient, quand ils nous

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