‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 42 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les préoccupations politiques ressaisirent aussitôt Napoléon 111.

Les nouvelles de l'Italie centrale n'étaient pas satisfaisantes : on criait, on manifestait, on ne s'enrôlait pas; malgré les excitations de Cavour, on ne comprenait pas que, pour justifier leurs plaintes aux yeux de l'Europe, les Italiens devaient apporter à la guerre une coopération énergique. En Toscane surtout, la mollesse était invincible. Le prince Napoléon, arrivé à Florence le 31 mai, y tenait une conduite d'une irréprochable correction' ; il n'avait pas tenté de s'immiscer dans les affaires intérieures, ni prononcé un mot, ni fait un acte que les malveillants pussent interpréter comme une manœuvre de prétendant; bien plus, il soutenait publiquement, au

1. >'k:omede Bianchi, t. VIII, p. 95-96. Voir aussi C.\rlo TivARONi, l'Itulia degli Italiani, t. II, p. 97. Chiala, Lettere di Cavouv, t. 111, p. cLxviii. — IHspaccio confidenziale di Villamaiina a Cavour, 13 iuelio 1859.

grand déplaisir de Walewski, rannexion au Piémont. Il tenta de constituer une armée, et peu et mal secondé par le commissaire piémontais Buoncompagni, il n'y réussissait guère. Les Toscans, sauf une petite minorité, acceptaient plus qu'ils ne souhaitaient de devenir indépendants, à condition de ne pas interrompre leur dolce vivere, et de n'entendre parler ni d'impositions exceptionnelles, ni de levées. Ils regardèrent avec stupéfaction le Prince quand il réclama un contingent de 30 000 hommes. Juste ciel! plutôt rappeler Léopold'. On ne put rassembler sous Ulloa que 4000 à 3000 hommes, divisés en deux brigades commandées par un colonel et un lieutenant-colonel, deux batteries d'artillerie et un escadron des guides de 100 chevaux. — « Est-ce pour un pareil résultat, écrivait le Prince à l'Empereur, que la Toscane s'est soulevée au cri de Vive la guerre! et a changé la forme de son gouvernement? »

Ces déboires étaient cependant de bien peu de gravité à côté des menaces européennes grondant de Londres et d'Allemagne.

1. Lambruschiui à Ricasoli (28 avril iSoO) : e Cher Bettiiio, on dit que nos troupes devant être envoyées à la guerre on fera une levée extraordinaire des hommes de dix-huit à vingt-cinq ans. Cette résolution inconsidérée ne pouirait être prise ou suggérée que par quelqu'un ne connaissant pas la Toscane et voulant la traiter <onime le Piémont : elle aurait pour résultat de faire désiier !<■ ri'luur du (Jrand-Duc, rendr(i très odieux le Piénionl , abhorrée la cause de l'Italie... J'espère que tu comprends comme nmi le ilommage et les périls de cette mesure inconsidérée et que lu feras tout le possible aliii qu'elle ne soit pas adoftlée. » Elle ne le fut pas.

nS LEMPIRE LIBÉRAL.

Persigny exposait sans réticences Fétat d'esprit anglais : « Le public anglais croit que l'Empereur veut recommencer les conquêtes de l'Empire, qu'après l'Italie il attaquera l'Allemagne et enfin l'Angleterre elle-même... Au fond il déteste l'Autriche et fait des vœux ardents pour l'indépendance de l'Italie et pour le développement de la liberté dans le monde. Il ne comprend guère qu'un prince absolu comme l'Empereur puisse s'intéresser de bonne foi au bonheur d'un peuple étranger. Il est enfin disposé à soupçonner l'Empereur de n'avoir qu'un but personnel*. »

La reine Victoria était plus animée que son peuple. Que nous aidions le Piémont à se débarrasser de l'invasion autrichienne, elle s'y résignait, pourvu que la guerre fût localisée, et elle expliquait à l'Impératrice ce qu'elle entendait par une guerre localisée : c'était une guerre qui ne dépasserait pas le Tessin : au delà, commençait la guerre de conquête. Les possessions autrichiennes envahies, elle trouvait tout naturel que l'Allemagne, effrayée de voir un des membres les plus importants de sa confédération en péril, vînt à son secours, et que toute l'Europe s'alarmât de voir mettre en question les traités d'où dépen-

i. De Londres, 0 juin 18^9.

dent sa sécurité et son existence'. Souveraine absolue, elle se serait déclarée en faveur de l'Autriche dès la proclamation de l'Empereur annonçant qu'il ne localiserait pas la guerre et irait des Alpes à l'Adriatique; elle l'eut fait encore plus au lendemain de Magenta. Mais ses ministres, quoique de son avis, étaient obligés de tenir compte de l'opinion anglaise, et cette opinion n'était pas encore arrivée à un tel degré de défiance et d'animosité qu'elle autoristit son gouvernement à partir en guerre pour maintenir la détestable domination de l'Autriche en Italie. Le cabinet fut obligé de cacher son hostilité sous la neutralité; il la rendit du moins aussi hargneuse qu'il le put. La tlotte fut mise sur pied de guerre; des corps de tirailleurs, des milices de volontaires, des compagnies d'artillerie dans les villes maritimes furent organisées.

Malmesbury espérant nous embarrasser, posa à Paris et à Pétersbourg la même interrogation. Kxiste-t-il une alliance offensive et défensive de la France et de la Russie contre l'Angleterre? Existe-t-il un traité par lequel le Piémont s'engage à céder la Savoie à la France en échange de la Lombardie? — Non, répondirent WaleNvski et GortschacoNv avec une parfaite bonne foi, car il n'existait aucune alliance contre l'Angleterre et ils ignoraient l'un et l'autre le traité secret du 10 décembre 1858 sur Nice et la Savoie; ils auraient pu ajouter, ainsi que le fil en pareille

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