RooN, Mémoires, t. I
tablir les anciennes relations en envoyant un diplomate, le comte Karolyi, avec une lettre autographe. Le Tsar l'avait reçu sans empressement et Gortschacow catégoriquement rebuté. François-Joseph tenta plus encore : Buol, aussi odieux à Pétersbourg que Gortschacow à Vienne, avait été sacrifié et remplacé par Rechberg, président de la Diète, contre lequel la Russie ne nourrissait aucun ressentiment (13 mai). Cette concession à laquelle on avait cru le Tsar très sensible ne l'adoucit pas et on s'en aperçut au langage de Gortschacow. « Le temps de la politique de sentiment était passé, la Russie entendait conserver sa liberté d'action; elle garderait la neutralité, à moins que l'Allemagne ne s'engageât dans la cause de l'Autriche, sur des données conjecturales contre lesquelles elle avait obtenu déjà plus d'une garantie; dans ce cas la Russie croirait de son devoir de s'opposer à toute immixion qui eût eu nécessairement pour effet un embrasement général et d'incommensurables calamités'. »
Toutefois ces motifs de temporisation perdaient chaque jour de leur force ; la mobilisation s'opérait mal, mais elle s'opérait, et quand elle serait terminée, elle fournirait, en dehors de la landwehr, une excellente armée, commandée par des officiers d'éhte ; chaque jour il devenait certain que la Russie ne serait pas en état, le voulût-elle , d'appuyer ses avis par des actes;
1. Noie de Budberg, ambassadeur de Russie à Berlin à Schleinilz, 3 mai 1859.
elle n'avait pas réussi à réaliser un emprunt de 300 millions, il s'en fallait de beaucoup qu'elle eût réparé ses plaies récentes ; enfin l'opposition du ministère anglais à une initiative prussienne paraissait conjurée.
Les meneurs de la Diète avaient mal reçu les conseils de modération de Malmesbury ; l'un des plus remuants, Beust, ministre de Saxe, s'était rendu à Londres pour obtenir mieux. Vite convaincu que si le ministère sortait en quoi que ce fut de la plus stricte neutralité il perdrait aussitôt son pouvoir précaire, il avait vu non moins clairement que tant que l'agitation allemande paraîtrait dirigée contre la liberté italienne, elle ne trouverait aucune sympatbie dans l'opinion anglaise, qu'il fallait la transformer en une manifestation contre la tyrannie napoléonienne, détourner les regards du Mincio et les reporter sur le Rliin . Il se borna à demander que, sans sortir de la neutralité, le cabinet ne décourageât pas le déploiement de la Prusse. On le lui accorda. L'ambassadeur prussien à Londres Bernstorff fit savoir à Berlin que l'Angleterre verrait sans déplaisir et sans opposition une initiative plus décidée '. La suggestion germa dans l'esprit du Régent : le lendemain de Magenta il décrète la mobilisation de trois autres corps d'armée. Antoine de Hobenzollern l'annonce, le 8 juin à Roon, commandant de la 1()" division à Dusseldorff, en termes