‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 45 sur 177 · Ernest Seillières, Ferd. Lai>salle, ch. vu · texte numérisé non relu

Ernest Seillières, Ferd. Lai>salle, ch. vu

raux prussiens n'étaient pas à ce diapason de fureur. Bien que redoutant nos ambitions, peu tendres à rAutriclie, blâmant sa mauvaise administration, son ingérence dans l'Italie centrale, ils ne croyaient pas que l'intérêt allemand exigeât son maintien en Lombardie; l'intérêt allemand ne commençait qu'au Mincio. Le régent de Prusse pensait comme les libéraux sur la défense du xMincio ; comme eux il admettait la nécessité d'abandonner les traités particuliers avec les princes italiens, d'opérer des réformes en Italie ; mais moins accommodant sur la perte de la Lombardie, il considérait comme un intérêt de l'Allemagne et par conséquent de la Prusse, de la conserver à l'xVutriche. De môme que pendant la guerre de Crimée on a accusé son frère de ne pas savoir ce qu'il voulait, on lui a reproché ses indécisions pendant la guerre d'Italie. Il n'en a eu aucune. Dès le premier moment il fut décidé à exiger de l'Autriche des réformes et l'abandon des traités particuliers, à imposer à la France, même par les armes, le respect des circonscriptions territoriales de 1815. Et il entendait remplir cette mission allemande de par son autorité propre de roi de Prusse, non comme délégué de la Confédération*. Le chef de son

i. Schleinil/. ù Weilliei' (14 juin 18n()) : « Nous voiiloiis ([w la guerre qui a éclalé en Italie ne conduise pas à un renversement, (le l'ordre des choses existant; nous voulons, au contraire, obtenir le maintien des posneasions territoriales de r Autriche en Italie telles qu'elles ont été fixées parles traités de 18 la et rétablir la paix sur cette base, rien ne nous fera dévier de ces réclamations. » — Circulaire de Scfdeinitz aux agents

ministère, le prince Antoine de Hohenzollern, animé des passions des petits États, l'excitait contre nous, bien que cela ne fût pas nécessaire. Au contraire le ministre des affaires étrangères Schleinitz le suivait à regret, s'efforçant de retenir, de différer. Bismarck se déclarait opposé à cette politique contre la France : de Pétersbourg, où on l'avait relégué, il représentait que l'Autriche était l'ennemi inévitable, prochain, avec lequel il faudrait se mesurer bientôt f'erro et igné : qu'il fallait assister avec satisfaction à son effondrement et ne pas l'empêcher. Mais son opinion alors ne comptait pas.

Le Régent, par plusieurs raisons, ne découvrit pas tout dabord le dessein auquel il s'était fermement arrêté. Il voulait attendre pour attaquer que l'Empereur, engagé à fond en Italie, ne pût lui opposer sur le Rhin qu'une résistance disproportionnée. Il l'a raconté lui-même : en juin 1860, le roi Max de Bavière lui ayant dit que ses lenteurs pendant cette guerre lui avaient beaucoup nui et qu'on avait cru qu'il temporisait à dessein pour laisser l'Autriche subir des défaites, il avait

prussiens 24 juin 1859) : << Dans le cours des ouvertures réciproques que se sont faites les deux gouvernements, le nôtre ;i répL'té d'une manière catégorique que l'intention de la Piusse était d"a?ir pour le maintien des possessions de l'Autriche eu Italie et qu'on se conduirait en conséquence dès que ces possessions seraient sérieusement menacées. — Même circulaire : « Nous ne pouvons nous dissimuler qu'en suivant la politique que nons indiquons, la Prusse ne ptdsse cependant se mettre dans le cas d'avoir la guerre avec la France. »

MILAN. is:i

répondu: « Quand alors ton armée était-elle prête à marcher? — En juillet. — Le prince P'rédéric de Wurtemberg, poursuivitle Régent, m'a dit la même chose. Hue serait-il donc arrivé si nous avions marché en avril? Nous avons temporisé pour ne pas attirer dès le commencement la principale armée française sur le sol allemand'. »

Une autre considération l'arrêta. En avril, révélant ses dispositions belliqueuses, il avait ordonné la mobilisation de trois corps d'armée et de toute la cavalerie de ligne et proposé à la Diète de mettre sur pied de guerre trois corps fédéraux, puis toute l'armée. La mobilisation prussienne s'était mal faite, avait indiqué de graves lacunes, les mêmes que celles qui paralysaient nos mouvements, par exemple l'inexistence d'un train formé, et une imperfection que nous ne connaissions pas, l'inaptitude d'une portion de cette armée, la landweiir, à tout service sérieux. « L'attitude politique de la Prusse fut influencée de la manière la plus fâcheuse par l'insuffisance de son armée-. »

Enfin le langage de la Russie était une autre raison de ne pas précipiter les décisions. Aucune guerre contre la France n'est possible à la Prusse quand elle se sent à dos la Russie hostile ou seulement incertaine. Or le cabinet de Pétersbourg ne dissimulait pas ses sentiments aussi favorables pour nous que contraires à l'Autriche. François-Joseph avait cherché à ré-

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