Sans relation avec le nôtre si ce n'est de nom
attirer l'ennemi, et, après l'avoir battu dans une bataille défensive, reprendre l'offensive. Le général Schlick, soutenu vivement par le général Ramming, jugeait préférable de se maintenir derrière la Chiese sur la ligne de Lonato- Castiglione, et d'y tenter encore la fortune des armes sur les hauteurs de Castiglione.
Après d'interminables va-et-vient d'opinion, le plan de Hess fut adopié, et l'armée se reporta sur la rive gauche du Mincio (20 juin) par huit ponts sur un front de 40 kilomètres. Aussitôt cette retraite exécutée, on la déplore ; on regrette l'abandon des belles positions de la Chiese, et l'on décide de les reprendre, de repasser sur la rive droite du Mincio (23 juin). Ainsi toujours ordres, contre-ordres.
Le 24, les corps autrichiens établis de nouveau sur la rive droite du Mincio devaient s'ébranler à 9 heures, après le repas du matin pour réoccuper la ligne Lonato-Castiglione-Carpendolo.
Les perplexités de Napoléon III égalaient celles des Autrichiens. Le contact avec l'ennemi perdu après Melegnano, il ne restait évidemment qu'à marcher vers le Mincio à tout hasard. Le choix était entre les routes du Nord et celles du Sud. Comme c'était en manœuvrant par sa gauche et en débordant la droite autrichienne
qu'il avait réussi à surprendre le passage du Tessin et à forcer Magenta, il résolut de continuer à opérer par le Nord; il s'assurait ainsi la facilité de surveiller les débouchés des Alpes, de profiter d'un chemin de fer, de demeurer en communication avec les grands centres du nord de la Lombardie.
L'rban, rappelé après Magenta, avait laissé le champ libre à Garibaldi, qui prit avec des hâbleries triomphantes ce que l'Autrichien lui abandonnait: mais son apparent succès ne servait de rien à l'armée, car il ne se conformait pas aux ordres de l'état-major et n'envoyait aucune information. On lui expédia le vigoureux Cialdini : tous les deux essayeraient de déboucher vers la haute Adige. Le 5'' corps, dont la présence en Toscane devenait inutile depuis que les Autrichiens avaient évacué les Légations, fut rappelé : il inquiéterait l'ennemi à sa gauche, vers Mantoue.
On alla ainsi devant soi, serrés les uns contre les autres, en ordre de bataille, prêts à se soutenir, mais aussi se gênant, s'affamant, quoique le pays fût riche, s'arrêtant à tout instant pour attendre les vivres et laisser s'('Couler les longs et interminables convois, parcourant un peu moins de neuf kilomètres par jour, alors que dans la même saison et sous la même chaleur Bonaparte en faisait vingt-cinq. On séjourna trois jours à Brescia (18, 19, 20 1, On y reçut d'importantes nouvelles de l'Italie centrale et de l'Allemagne.
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L'évacuation des Autrichiens avait été suivie de la révolution à Modène, Parme, Bologne, Ravenne, Forli, Ancône, Pérouse (du 12 au 16 juin). Le même scénario se déroulait partout, car il avait été arrangé d'avance à Turin : les princes s'en vont; un gouvernement provisoire préparé dans l'ombre les remplace, proclame l'annexion au Piémont; Victor-Emmanuel ne l'accepte pas, mais envoie un commissaire exercer en son nom la dictature pendant la guerre, à Modène Farini, à Bologne Massimo d'Azeglio. En Allemagne, la mobilisation de trois nouveaux corps d'armée, décidée le H juin, était officielle depuis le 15.
De Brescia, l'Empereur vint s'établir à Montechiaro après avoir franchi la Chiese. Les soucis politiques cheminaient avec lui.
Les troupes du Pape n'avaient pas osé afl'ronter Bologne, mais elles avaient réduit Pérouse (20 juin). Les dures exigences du combat auxquelles elles n'avaient pu se soustraire, grossies, dénaturées , étaient présentées comme des cruautés atroces et sans exemple. Des volontaires réunis en Toscane sous Mezzacapo se dirigeaient vers la Cattolica et faisaient mine de reprendre Pérouse. Une députation bolonaise arrivait au camp offrir la dictature à Victor- Emmanuel. L'Empereur la reçut sévèrement : « Si les Bolonais, dit-il, avaient pris les armes contre les Autrichiens, le cas eût été autre; mais vous avez pris les armes contre qui? contre le Pape. Je ne suis pas venu en Italie pour priver le Pape de ses possessions. » — 11 ne con-
sentit pas à rétablissement de la dictature du Roi, ni à quoi que ce fût qui ressemblât à une solution de la question territoriale réservée à la paix ; il ne permit que l'envoi d'un commissaire pour garantir la tranquillité et organiser lesforces militaires. Il exigea en outre la promesse de ne tenter ou favoriser aucune entreprise contre les Marches ou lOmbrie. Cavour, l'organisateur de tous ces mouvements spontanés, s'y engagea '.
Simultanément, l'Impératrice annonçait que l'armée prussienne se concentrait à Coblentz et à Cologne, que les forces restées en France ne suffiraient pas à repousser l'invasion ; dans les termes les plus pressants, elle suppliait l'Empereur de conclure la paix ou de renvoyer en France une portion de l'armée.
Le jour de l'arrivée de cette lettre [23 juin), Victor-Emmanuel avait invité l'Empereur à déjeuner. Us allèrent d'abord visiter les positions et galopèrent de droite et de gauche; au moment de rentrer l'Empereur congédia sa suite et pria le Roi de monter seul avec lui sur une petite colline d'où l'on pourrait mieux embrasser le pays. Quelques pas faits, il arrêta son cheval, Victor-Emmanuel en fit autant; l'Empereur tira de sa poche la lettre de l'impératrice, la lut tout
1. Cavour à La Marmora, C) juillet 1839 : « Je crois que nous avons fini de nous mettre d'accord avec l'Kinpereup sur la question roniatne. Il veut laisser les iMarches au Pape et lui soustraire la Romagne. C'est ce qui rt'sulte évidemment des déiM'-clies qu'il a adress»''es à Walewski et à moi. L'arrangement me j)araît acceptable. »
haut: le roi atterré Fécouta en silence, puis tous deux redescendirent pensifs, sans se dire une parole.
Cette scène n'avait eu pour témoin que le chef d'état-major Délia Rocca, amené comme guide et qui, peu éloigné, entendit la lecture, tant l'Empereur la fit à voix accentuée. A déjeuner, un de ses voisins lui dit : « Eh bien, général, que va-t-il arriver? — J'ai été assez bon prophète jusqu'ici, je le serai encore en affirmant qu'il n'y n'y aura plus de bataille sur la rive droite du Mincio. » L'Empereur, qui avait l'ouïe très fine, quoique séparé du général par la largeur de la table, l'entendit et, jouant sur le mot droite du Mincio, s'écria : « Belle prophétie, en vérité! Comment y aurait-il encore une bataille sur la rive droite, puisqu'il n'y a plus d'ennemis? »
Entre Victor-Emmanuel et Napoléon III, il ne fut plus question de la lettre, ils ne s'entretinrent que des dispositions à prendre le lendemain.
L'armée reçut l'ordre d'occuper la ligne Lonato-Castigiione-Carpendolo, sur les positions Pozzolengo, Solferino, Giudizolo, d'où les Autrichiens devaient le même jour s'ébranler vers la ligne que les Français allaient quitter. Il était inévitable que l'on se heurtât en route.
Le terrain sur lequel on devait forcément se
ÉRONE
Passage de Is Chiese Pif montais à Ponte SanALirc^^ If et Z'Coi pa à MonUchùir-u In Oarde à Mon/aJiiaJ-o
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SOLFERINO. un
rencontrer, situé entre le sud du lac de Garde, le Mincio et laChiese, se divise en trois zones différentes. A gauche, en regardant le Mincio, entre le lac de Garde et les hauteurs de Solferino, des collines et monticules confus, sur un desquels San Martino'. Au centre Solferino, sa vieille tour la Spia dltalia, et plus en avant, après une dépression du terrain, Cavriana s'avançant comme un promontoire. A droite, une vaste plaine en partie coupée de cultures, de canaux, rizières, prairies, ormeaux, mûriers, sauf une lande d'une lieue carrée, le Campo di Medole: dans cette plaine, les villages de Medole, Giudizolo, Rebecco, Castel Goffredo.
38000 Piémontais devaient s'avancer à gauche contre les 23 000 hommes et les 84 pièces de Benedek. Au centre, Baraguay d'Hilliers, Mac- Mahon, la Garde, 52000 hommes, devaient rencontrer les 50 000 de Stadion. Clam-Gallas et Zobel. A droite, les 32 000 hommes de Canrobert et Niel auraient affaire aux 49 000 de Schwarzemberg, Schaffgotsche et Veigl.
De deux heures à quatre heures du matin, nos quatre colonnes se mettent en mouvement ; elles ne tardent pas à rencontrer des détachements ennemis ; sur toute la ligne, de petits engagements deviennent vite de sérieuses mêlées : Canrobert prend Castel Goffredo, Niel Medole, Mac-Mahon Casa Nuova, Baraguay d'Hilliers le mont Fende. De tous les corps, des messagers sont expédiés au quartier général, à Montechiaro. L'État-major assistait, dans la petite église du
village, aux obsèques d'un aide de camp de l'Empereur, le général de Cotte, frappé l'avant-veille d'un coup d'apoplexie; chacun sort précipitamment.
L'Empereur avait déjà fait communiquer à Canrobert l'avertissement vague envoyé par un notable d'Assola qu'un voiturier avait vu un corps autrichien, jugé fort de 20000 à 30 000 hommes, sortir de Mantoue; il l'avait invité à bien faire observer le côté indiqué. Aussitôt averti des rencontres avec les Autrichiens, il ordonne à l'infanterie de la Garde d'accélérer son mouvement sur Castiglione et à la cavalerie, qui ne devait se mettre en route qu'à neuf heures, de partir le plus tôt possible ; lui-même gagne en voiture Castiglione et monte sur le clocher (7 h. 30).
La logique ne permettait pas d'admettre qu'après avoir laissé notre armée passer tranquillement la Chiese et s'emparer sans coup férir de sa rive gauche et des magnifiques positions qui la dominent, les Autrichiens vinssent livrer la bataille, le Mincio à dos, dans une situation bien moins avantageuse que celle qu'ils occupaient peu dejours auparavant. Aussi la plupart des officiers inclinaient-ils à penser qu'on n'avait devant soi que des reconnaissances. <( Vous vous trompez, dit l'Empereur, c'est une bataille générale. >) Il descend, et, suivi de deux officiers, galope vers Mac-Mahon, lui donne ses instructions, puis va vers Baraguay d'Hilliers, sur le mont Fenile. De là il embrasse toute l'étendue du champ de ba-
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taille. A gauche les Piémontais sont en train de reculer devant Benedek, maître de San Martine ; à droite, Niel se maintient difficilement contre de furieuses attaques, et Canrobert regarde vers Manloue si les Autrichiens arrivent. Au centre, Baraguay d'Hilliers, qui, comme à Melegnano, avait débuté en jetant ses troupes sur des positions crénelées, réparait sa bévue en faisant abattre par le canon les murs du cimetière de Solferino. Alors l'Empereur, réveillé de l'espèce de léthargie d'initiative dans laquelle il était engourdi depuis Palestro, se retrouve l'homme de guerre supérieur des premiers jours de la campagne. D'un coup d'œil prompt et sûr, il juge que c'est à Solferino et à Cavriana que se décidera le sort de la journée, que c'est en perçant le centre des Autrichiens qu'on les obligera à replier leurs ailes, et que cette tactique ne réussira que si, entre nos deux corps de la plaine et ceux destinés à escalader Solferino et Cavriana, ne subsiste aucune fissure par laquelle l'ennemi puisse nous couper pendant que nous nous efforçons de le couper lui-même. S'emparer de Solferino et de Cavriana, veiller à ce qu'aucune attaque ne réussisse à séparer les deux corps de la droite, tels sont les deux l)uts que l'Empereur poursuivra avec une imperturbable sûreté de vue pendant toute la journée.
liien n'est plus délicat pour un général en chef que de clioisir l'heure de lancer sa réserve. C'est un moment très court et très difficile à saisir : trop lot on se désarme, trop tard cela ne
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sert plus. D'excellentsjuges ont pensé que Napoléon I" lui-même s'y était parfois trompé, et qu'ainsi à la Moskowa il avait eu tort de ne pas faire donner sa Garde. Napoléon III, quoique la bataille ne fût qu'en son commencement, n'hésite pas à y jeter sa réserve tout entière. Il envoie les voltigeurs de sa Garde (Camou) à Baraguay d'Hilliers pour enlever Solferino; la cavalerie (Morris) à Mac-Malion pour boucher l'intervalle qu'il a aperçu entre lui etNiel; et enfin, estimant que Canrobert regarde trop vers Mantoue, il lui ordonne par son aide de camp Clermont-Tonnerre d'appuyer Niel. Chacun ainsi bien engagé, il suit avec une lorgnette les péripéties de la lutte, son état-major rangé en demi-cercle à quelques pas derrière lui. Tout à coup une balle siffle et frappe au poitrail le cheval du docteur Larrey, qui ne s'en aperçoit pas. L'Empereur se retourne : « Larrey, dit-il, descendez, votre cheval tombe. » Puis, sans se mouvoir d'un pas, il reprend sa lorgnette et continue à observer le champ de bataille'.
i . Le peintre Yvon avait représenté cet épisode caractéristique dans son esquisse du tableau de la bataille. Cela mettait trop en relief le brave Larrej'. De bons camarades obtinrent que l'épisode fût supprimé, sous prétexte que cela offusquait l'Empereur placé en avant. En me racontant ce fait, dans ce cabinet de la rue de Lille où rayonnait comme une flamme le portrait du Premier Consul dans son costume rouge, Larrey me montra l'esquisse du tableau de Gros : Bonaparte et les Pestiférés de Jaffa. Honaparte y est représenté prenant dans ses bras un pestiféré. C'est en effet ce qui s'était passé. On estima que cette attitude n'était pas assez imposante, et à la vérité de l'esquisse, on substitua la pose fausse
Les ordres de l'Empereur s'exécutent avec précision, impétuosité, succès. Baraguay d'Hilliers se raidit encore plus que de coutume, Mac- Mahon se surpasse, Niel se révèle, Lebœuf se multiplie. Solferino est emporté par Forey, Bazaine et Camou, trois héros. Mellinet se dirige sur Cavriana; Camou, son inférieur en grade, qui le précède, vient se placer derrière lui. « Non, lui répond Mellinet, je vous suivrai; vous étiez là avant moi. » La Motterouge, î'indomptable, prend le mont Fontana ; Lebœuf, dont l'artillerie est partout l'âme invincible du combat, fait hisser des canons sur les pentes abruples, et porte le dernier coup; Cavriana succombe.
Les Autrichiens, superbes de valeur, ne se découragent pas et essayent de reprendre, à gauche sur Victor-Emmanuel et à droite surîNiel, la victoire qui leur a échappé au centre. Selon leur coutume les Piémontais se battent en vaillants, mais ils s'engagent mal; quoique plus nombreux que les Autrichiens, ils sont toujours en moindre nombre sur les points d'attaque. Benedek repousse vigoureusement leurs avantgardes des hauteurs de la Madonna délia Scoperta et de San Martino, et s'il ne s'était pas cru obligé de subordonner son mouvement à celui du centre, il les eût poursuivis jusqu'à Lonato. L'Autrichien Wimpfîen est moins heureux
el tliéàtrale du Honap.irte touchant soleriiiollcmfiit delà main un des pestift-rés. Ni l'histoii e ni Uoiiapaite ne me semblent avoir gaf^né à cet arrangement, pas plus fjue Napoléon III à la suppression de l'épisode du cheval de Larrey.
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contre Niel. Il ne réussit pas à le débusquer de la Casa Xuova mais l'oblige à des efforts violents. Si à ce moment Canrobert avait cessé de regarder du côtédeMantoue, siau lieu d'envoyer parcimonieusement au secours, à neuf heures et demie, la brigage Jeannin, à midi et demi la brigade Trochu, il fût accouru tout entier au premier appel, notre victoire eût été plus rapide, moins chèrement achetée, plus complète \ Cependant son intervention, quoique tardive, fut efficace.
A cinq heures la déroute autrichienne était aussi complète à droite qu'au centre, et l'Empereur François-Joseph donnait l'ordre de la retraite. Le ciel se mit alors de la partie : un effroyable cyclone de vent, d'eau, d'éclairs, de tonnerre, de poussière, de pierres s'éleva du lac de Garde et fondit sur le champ de bataille, déracinant les arbres, saccageant les cultures, soulevant les hommes sur les chevaux; on ne distingue rien à dix pas. Sauf les Autrichiens qui en profitèrent pour accélérer leur retraite, chacun demeura immobile où il était, l'Empereur au mont Fontana, trempé jusqu'aux os.
1. Dira-t-on qu'il était lié par un ordre? A six heures tlu matin l'Empereur avait attiré sa viifilance du côté de Mantoue, mais c'était un avis et non un ordre. En admettant que ce fût un ordre il aurait été' modillé par un second ; le maréchal restait lihre de juger, d'après les circonstances, celui aminel il devait accorder le plus. Or les appels de Niel se succédaient sans répit, el personne ne se montrait du côté dcMantoue; une menace en rùt-elle entni venue, il aurait eu le temps, après iine victoire qui ne l'eût pas épuisé, de recevoir les survenants.
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La tourmente calmée (5 heures et demie), les Piémontais qui noblement voulaient aussi être victorieux, resserrent, sous La Marmora, leurs colonnes disséminées et reviennent à la charge'. Benedek, ayant reçu Tordre de suivre la retraite générale, rompt cette fois devant eux; ils le poussent, le pressent, le suivent, bordent San Martino de leurs quatre divisions, menacent son flanc de gauche et même ses derrières. Benedek voit sa retraite compromise s'il ne retient pas cette poussée impétueuse; il s'arrête, se retourne, se met en personne à la tête de ses colonnes et les conduit en avant, la baïonnette basse, sous une grêle de projectiles. Les Piémontais, à ce choc inattendu, abandonnent les positions conquises. Benedek eut grand'peine à retenir ses troupes victorieuses et à les ramener en arrière. Il se retira tranquillement malgré un semblant de poursuite de Fanti, emmenant quatre cents prisonniers et n'en laissant aucun, mais à cause des difficultés du terrain, il abandonna les cinq pièces qui avaient tiré jusqu'au dernier moment pour couvrir sa marche en échelons. Les Piémontais s'établirent sans obstacle à San Martino-.
1. Il ne peut y avoir aucun doute sur llinire de la dernière oflensive des Piémontais. Ils reconnaissent qu'elle n'eut lieu qu'après l'orage. Or, de l'aveu général, l'orage éclata entre cinq heures et cinq heures ef demie.
2. Compte rendu de l'état-major aulrichien, confirmé par le récit de T'^îtat-inajor prussien. Le compte remlu de l'étatmajor français indique aussi que le succès définitif des Piémontais est dû à la nécessité où se trouva Benedek victorieux de suivre la retraite générale ordonnée à quatre heures et en pleine exécution à partir de cinq heures.
Quoique constamment battus par Benedek, dont cette journée créa la renommée, les Piémontais n'en ont pas moins le droit de se placer parmi les victorieux. S'ils n'eussent point, par leur acharnement intrépide qu'aucun échec ne découragea, retenu Benedek devant eux, il se serait joint aux défenseurs de Solferino etdeCavriana, et notre victoire eût été bien plus difticile. Il est puéril d'imaginer deux batailles distinctes, celle de Solferino et celle de SanMartino: San Martino n'a été que l'épisode final de la bataille générale.
Napoléon fut le premier qui sut tirer parti d'une victoire autant que l'obtenir. Une poursuite le soir de Solferino eût produit d'immenses résultats. La route de Volta était encombrée de blessés, de bagages, d'équipages, le tout se précipitant dans un inexprimable désordre; avec quelque célérité on les eût devancés au pont de Valeggio. On ne pouvait, il est vrai, demander quoi que ce fût aux troupes de Baraguay d'Hilliers, de Mac- Mahon. de la Garde, exténuées, et Mac-Mahon était dans le vrai, alors qu'aux interrogations de l'Empereur, il répondait que l'infanterie n'avait pas mangé depuis le matin, que la plupart des sacs avaient été déposés à terre au moment des différentes attaques, et que ses soldats seraient incapables de soutenir les Irois divisions de cavalerie si on les lançait après l'ennemi. Mais le
corps de Canrobert, dont la plus grande partie n'avait pas été engagée, aurait été un soutien plus que suffisant de la poursuite.
Il serait injuste de prononcer que l'Empereur ne sut pas tirer parti de sa victoire, il ne le voulut pas. L'acharnement de la poursuite suppose une haine vigoureuse et le désir d'anéantir l'adversaire vaincu. Or l'aversion toute politique du défenseur des nationalités contre la nation de la conquête n'était pas une haine vigoureuse, et loin de songer à anéantir les Autrichiens, l'Empereur avait déjà dans son esprit de traiter la paix avec eux. Entré dans la maison de Cavriana que lui abandonnait François-Joseph, il s'assit devant une table, triste, fîitigué, la tête appuyée sur ses mains. Il resta quelque temps ainsi, pensif, au milieu de son état-major immobile et muet, puis il se leva et dit : « La journée est terminée. »
Les alliés avaient 2313 tués, 12 102 blessés et 2 776 disparus. Les Autrichiens, 2 88() tués, 10634 blessés et 9 990 disparus. Le contingent des Piémontais cette fois était considérable et attestait leur bravoure : 691 tués, 3 372 blessés, 1 23<S disparus. Au total, dans les deux armées, tant tués, blessés que disparus : 39 501, sur 246 000 combattants'.
Niel fut fait maréchal de France. Si le nouveau maréchal eut demandé à être créé duc de Solferino, Napoléon III aurait pu lui répondre ce que dit son oncle à SouU sollicitant le titre de duc
1. Les chillios dos elVectifs varieiil de quelques mille dans ses diverses lelalions. J'ai pris la moyenne.
d'Austerlitz : « Ah ! monsieur le maréchal, laissez-moi au moins celle-là. »
La poursuite dont les effets eussent été foudroyants le soir de la bataille, aurait été très efficace encore le lendemain. L'eussions-nous voulu , nous aurions dCi y renoncer faute de vivres suffisants^; toutes les voitures du pays ayant été réquisitionnées par l'ennemi, celles de l'administration française suffisaient à peine au transport des blessés.
Ce stationnement n'était pas compris par l'armée. Il en résulta une sorte d'énervement d'imagination qui se traduisit le 23 par une de ces paniques que les meilleures troupes éprouvent parfois et dont les plus célèbres sont celle qui précéda Austerlitz et celle qui suivit Wagram. Des cavaliers envoyés en reconnaissance apercevant quelques fuyards autrichiens encore
\ . Le républicain Edmond Texier, dans un article du Siècle, dit : « On a ôIl' lout surpris îi Paris qu'immédialement après la victoire de Solferino on n'eût pas traversé le Mincio. Je me serais promené sur le boulevard, le 26 juin, au moment où est 'parvenue la nouvelle de la bataille, que j'aurais probablement été fort étonné, moi aussi, de l'apparente inaction de l'armée victorieuse; mais comme je vois comment les choses se passent ici, il m'est impossible de partager l'e'tonnement des stratèges de Tortoni. La diftîculté de nourrir ime arméejle 1;)0 000 hommes n'est pas mince. Les convois ne pouvant précéder l'armée dans un pays occupé par l'ennemi, il résulte que si cette armée se fût lancée le 24 au soir à la poursuite des Autrichiens derrière le Mincio, elle serait restée sans vivres pendant (|uatre ou cinq jours. L'armée française aurait traversé le Mincio trois jours plutôt, mais il est certain qu'elle serait littéralement morte de faim trois jours après. »
en deçà du fleuve, se figurèrent que ces fuyards opéraient un retour offensif. Ils partent au galop, entraînant la brigade tout entière, et deux mille chevaux se précipitent à travers le camp; les soldats se réunissent en désordre, courent aux armes; des artilleurs coupent les traits de leurs canons et les abandonnent; les conducteurs de voitures d'ambulance se sauvent en jetant les malheureux blessés sur les routes, et parmi eux le général Auger, commandant l'artillerie, blessé la veille, qui en mourut. Dans les camps Tordre fut promptement rétabli, mais les cavaliers s'enfuirent jusqu'à Brescia : sur toute leur route, les populations, croyant à à notre désastre, remplaçaient les drapeaux français parles drapeaux autrichiens !
Le 25 juin au matin, Benedeiv proposa à François-Joseph la reprise immédiate du combat : c< Les Français, disait-il, ont subi d'aussi grandes pertes que nous et disposent de moins de troupes en réserve. » François-Joseph répondit les larmes aux yeux : « Plutôt perdre une province que d'assister encore une fois à un aussi cruel spectacle. » — il s'était retiré derrière l'Adige, sur la ligne de Vérone à Legnano, son quartier général à Vérone. De son coté l'Empereur avait ordonné le 27 l'investissement de Peschiera avec l'équipage sarde et un autre de 12 rayé de notre armée. Le 1" juillet il mettait fin au long stationnement que l'armée comprenait si peu et la faisait passer sur la rive gauche du Mincio, le quartier général à Valeggio.