I. Uappovt de M. de Champeaux, 28 oct
la péninsule. C'était le Piémont mis en selle sui' ritalie. Pour détourner le roi, on invoquait le mot du cardinal d'Ossat sur u le danger d'accroître le domaine des petits louveteaux de Savoie. — Ce sont là, répondait son minisire, des préventions de haine et des inspirations d'Espagne, il y a bien loin de sa puissance à la notre. C'est la seule Maison d'Autriche qui nous est dangereuse. ))En conséquence un sieur deChampeaux fut expédié à Turin en très grande diligence, sous le nom d'abbé Kousset, avec mandat de négocier, « en quatre jours au plus », la confédération italique. Il eut de la peine à faire accepter par Charles-Emmanuel le cadeau qu'il apportait, et les chevaux étaient attelés pour partir, lorsque le roi se décida à signer. Les difficultés furent bien pluslongues de la part desEspagnols, à cause du Milanais; ils lanternèrent tant que quand leur reine signa, une armée autrichienne était descendue en Italie, et Charles-Emmanuel, déchirant le traité par une félonie, aidait à nous enlever Asti.
Victor-Amédée III, en 1791, chargea son ministre d'IIauteville d'élaborer un autre projet de Confédération entre les Princes italiens, mais dans des vues toutes différentes, pour se défendre contre les projets de la France : l'Autriche y fut comprise pour le duclié de Milan et Mantoue, et le Pape pour ses Etats. C-'est ce qui fit échouer la négociation. L'empereur d'Autriche ne consentait à devenir confédéré qu'à condition d'être le supérieur et non l'égal des autre*;
princes. Quant au Pape, quoique le roi de Piémont YÎnt de lui donner un témoignage non suspect de son zèle catholique en établissant dans ses États le tribunal de l'Inquisition, il refusa, « parce qu'il était à craiadre que toute cette confédération, au lieu d'être inspirée par la défense de l'Italie, de la religion et du Saint-Siège, n'eut en réalité d'autre but que de faciliter des ambitions territoriales d'agrandissement. »
Ces enseignements du passé, lorsqu'en 1846 les idées de confédération italienne revinrent en faveur, dictèrent à Cesare Balbo, dans ses Speranze^ le célèbre passage : « Présidée par le Pape ou par tout autre, dès qu'une puissance étrangère en fait partie, la confédération ne peut être désirable à aucun Italien. Alors même que l'on établirait et que l'on jugerait que le Pape serait président, il ne le serait pas; il serait même moins indépendant, moins prince, en moins bonne situation de Pape qu'il ne l'est maintenant. Il en serait de même de tout prince auquel serait conférée la présidence; d'une manière ou d'une autre, la puissance étrangère serait la première, serait toute-puissante, serait tout. L'on ne peut supposer que les princes italiens et leurs ministres perdent le sens commun au point de se rendre plus dépendants, plus esclaves qu'ils ne le sont aujourd'hui. »
Le projet de l'Empereur introduisait dans la Confédération l'Autriche; il faisait plus, il l'introduisait comme elle avait voulu l'être en 1791, en maîtresse; car elle avait formellement subor-
donné son entrée au rétablissement des princes dépossédés, ce qui assurerait sa suprématie. « Qu'est-ceque l'Autriche dans une confédération italienne? écrivait d'Azeglio : le loup dans la bergerie. L'Empereur a oublié à Villafranca le chapitre des Speranze, qui est pour nous la loi et les prophètes. Les esprits enflammés n'accepteront pas la paix de Villafranca. Je m'abstiens de tout jugement. En fin de compte il a été pour nous au feu contre l'Autriche, et pour ce qui est de vos admirables soldats, j'embrasserais leurs genoux, mais cela n'empêche pas que notre pauvre pays ne soit dans une terrible situation. » Tous les agitateurs politiques do l'Italie centrale sentirent, pensèrent, parlèrent comme d'Azeglio. Une très forte minorité était déjà acquise à la maison de Savoie; de ce jour ce fut l'immense majorité. Ni restauration, ni confédération, fut la réponse que reçut le projet impérial.
Victor-Emmanuel, lié par la signature des préliminaires, non encore définitivement nanti de la Lombardie, tenu en respect par la présence de l'armée française, était dans l'impossibilité matérielle et morale de s'associera cette protestation. Il avait eu quelque peine à remplacer Cavour. Il s'était d'abord adressé à Arese. Ce galant homme, dépourvu d'ambition, finit par consentir, et parvint môme à constituer un ministère; mais au moment de rappeler les commissaires piémontais de l'Italie centrale, lui. Lombard, affranchi de la veille, n'eut pas le courage d'un acte qui ressemblait à l'abandon de
ceux qui avaient aussi compté sur la délivrance; il se retira. UaÙazzi.LaMarmora, Dabormida répondirent à l'appel du roi (19juilletj.Leurpremier acte fut d'ordonner ce k quoi Arese n'avait pu se résoudre, le retrait des commissaires piémon- .tais. Buoncompagni, Massimo d'Azeglio, Farini. (-ela semblait dire aux gouvernements insurrectionnels : Soumettez-vous, rétablissez vos princes. Ils l'interprétèrent comme signifiant : « Nous ne pouvons plus rien pour vous, défendez-vous vousmêmes. » Et les mêmes hommes qui, pendant la guerre^ avaient paru indifférents, engourdis, se secouèrent, se réveillèrent et montrèrent une intrépidité de résolution qui déconcerta la diplomatie. A l'ordre de quitter Modène, Farini répond : (( Le commissaire royal obéit, mais le citoyen devient soldat avec le peuple! » il se montre au balcon du palais ducal et crie : a En avant, avec l'étoile de l'Italie! l'Italie n'a pas signé la paix de Villafranca! » Et il est proclamé dictateur de Modène, bient<5t après de Parme. Massimo d'Azeglio part, mais en laissant les troupes piémontaises qu'il avait l'ordre de ramener; il fut remplacé par le colonel Cipriani, patriote éprouvé, qu'on savait en bonnes relations avec Napoléon III. A Florence, Ricasoli s'empare de la dictature. Une ligue est établie entre les Etats émancipés, à la tête de laquelle est appelé le général Fanti et, sous ses ordres, Garibaldi chargé du commandement de la division toscane. Des assemblées constituantes sont convoquées. Celle de Toscane vote à l'unanimité
(16 août) la déchéance de la Maison de Lorraine puis, à l'unanimité moins trois, parmi lesquelles Montanelli, l'union au règne constitutionnel de Victor-Emmanuel, se recommandant « à la généreuse protection de Napoléon 111, le magnanime défenseur de l'indépendance italienne » (20 août). A Modène, l'assemblée unanime décrète la déchéance de la Maison d'Esté et l'union à la monarchie de Savoie (19 et 21 août). A Bologne, l'assemblée décide que les peuples de Romagne, revendiquant leurs droits, ne veulent plus de gouvernement temporel pontifical et s'unissent à la monarciiie constitutionnelle de Sardaigne. A Parme on procède par voie de plébiscite et l'annexion obtient 163167 voix contre 540.
Victor-Emmanuel ayant refusé en ce qui le concernait de s'engager à la Conféd('*ration^ Dabormida rejeta sans examen le projet que La Tour d'Auvergne lui apporta. Celui-ci, qui partageait les antipathies de Walewski, d'un ton piqué : « iVlais je veux une réponse par écrit et prompte. — Vous l'aurez. » Et la réponse fut catégorique : « Si le projet de Confédération présenté par le ministre de France à Turin se réalisait, l'Autriche n'aurait perdu la Lombardie que pour acquérir la suprématie légale sur toute l'Ualie. Le Piémont interdit aux plénipotentiaires de Zurich d'accepter l'introduction dans le traité avec TAutriche d'un mot quelconque sur la Confédération : ils devraient [)lulôt se retirer. »
Tous ces actes étaient des coups mortels aux propositions de l'Empereur. Il lui en vint un non moins rude de Rome. Le 14 juillet Napoléon HT avait écrit à Pie IX : « Très Saint-Père, je viens de conclure la paix avec l'empereur d'Autriche aux conditions suivantes (et il les énumérait). Dans ce nouvel ordre de choses, Votre Saintelé peut exercer la plus grande influence et faire cesser pour l'avenir toutes causes de troubles. Qu'EUe consente ou plutôt que de proprio motn Elle veuille bien accorder aux Légations et aux Marches une administration séparée avec un gouvernement laïque nommé par Elle, mais entouré d'un conseil formé par l'élection ; que cette province paie au Saint-Siège une redevance fixe, et Votre Sainteté aura assuré le repos de ses États et pourra se passer de troupes étrangères. Si cela convient à Votre Sainteté, je voudrais aussi proposer à tous les souverains catholiques de concourir par une contribution à la splendeur du trône pontifical. Enfin, je désire bien ardemment que ces malheureux conflits cessent, car Votre Sainteté ne doit pas ignorer que dès que les atîaires italiennes seront réglées, je serai obligé de retirer mes troupes du territoire italien. Je supplie \ otre Sainteté d'écouter la voix d'un fils dévoué à l'Eglise, mais qui comprend les nécessités de son époque et qui sait
que la force brutale ne suffit pas pour résoudre les questions et aplanir les difficultés. Toutes les provinces d'un même Etat ne sont pas toujours administrées de même lorsque leur caractère et leurs antécédents sont différents. Ainsi TÉcosse et l'Irlande ont des lois séparées, quoique formant les membres d'un même empire. Je vois dans la décision de Votre Sainteté ou le germe d'un avenir de paix et de tranquillité ou bien la continuation d'un état violent et calamiteux. L'avantage de Sa position actuelle est que, sauf le conseil respectueux des deux plus grands États catholiques, Elle ne subit la pression de personne; ce n'est plus un congrès composé en majorité de protestants et de schismatiques qui vient se mêler du gouvernement du Chef de notre Église. Quant à la présidence honoraire de la Confédération, j'espère que Votre Sainteté ne la refusera pas. Il faut pour la gl(îire même de la religion qu'EUe préside aux destinées de l'Italie comme le doge de Venise qui semblait pouvoir d'un geste soulever ou apaiser les flots de l'Adriatique. J'espère que A'otre Sainteté me pardonnera ma franchise, et qu'EUe ne verra dans mes humbles conseils qu'une preuve de mon amour pour le bonheur de l'Italie et pour la gloire du Saint-Siège. Je suis, de \ otre Sainteté, le très dévot fils. » — « C'est beau, fit le Pape à la lecture de cette lettre, le doge soulevant ou apaisant d'un geste les flots de l'Adriatique ; mais je ne veux ni de cette confédération ni de ce gouvernement laïque. » Quant aux réformes,
à celles purement politiques, il opposa un non possumus invincible : il avait, au grand remords de sa conscience, compromis la Papauté en les accordant témérairement au début de son règne; il n'y reviendrait plus, quoi qu'on fît, et il ne se déciderait qu'aux réformes purement administratives. Il avait à cet égard déjà réalisé ce qui était raisonnable , il était disposé à plus encore : à concéder des gouverneurs laïques aux Légations, à pousser à ses dernières limites la décentralisation, à ne plus exiger qu'on fût prêtre pour remplir un emploi quelconque, à aller enfin jusqu'au point 011 commencerait la sécularisation, ou un régime de liberté politique auquel il était résolu à ne pas se laisser traîner par des voies indirectes. Et ces réformes financières, municipales, il ne les promulguerait, bien que les ayant déjà arrêtées, que lorsque ses Etats révoltés seraient rentrés dans l'obéissance ; jusque-là il protesterait, ferait appel à l'opinion universelle des catboliques et frapperait de ses armes spirituelles les usurpateurs des droits sacrés : faire des concessions en présence de sujets rebelles serait un acte de failjlesse qui l'humilierait sans lui valoir ni reconnaissance ni autorité. Lui parlait-on du droit de conseil que notre occupation nous donnait, il répondait : « Celte occupalion est un honneur pour vous plus qu'une dette pour moi : à votre défaut, d'autres me protégeraient; du reste, je m'occupe à former une armée afin de pouvoir me passer de tout le monde, » — Et en effet, on faisait des recrutements de Suisses,
chose urgente, car rarmée pontificale était dans un état déplorable : partout des effectifs inférieurs aux chiffres officiels; là une compagnie d'artilleurs sans canon; ailleurs deux canons isolés sans un artilleur; plus loin une batterie sans munitions ni attelages; désordre, indolence, indiscipline.
Affligé comme il ne l'avait jamais été, le Pape à ses refus ajoutait des plaintes et des adjurations : il se plaignait que les soulèvements de Pérouse, Ravenne, Bologne fussent dirigés par des personnes alliées à la famille de Napoléon III et que la révolution de ses États se plaçât ouvertement sous l'égide de la France. — « D'un mot, disait-il à Gramont, l'Empereur calmerait cette agitation. Youdra-t-il le prononcer? Le peut-il? Je sais les difficultés de sa position; c'est pourquoi je dis : le peut-il? Monsieur l'Ambassadeur, je fais appel à vos sentiments de chrétien et à vos sentiments d'honnête homme, et je vous charge de demander à l'Empereur s'il consent à dire une parole publique qui arrête la révolution chez moi. »
Ainsi \ ictor-Emmanuel, Pie IX étaient d'accord à maudire ou à bafouer cette confédération ; François-Joseph ne l'acceptait qu'avec des exigences impossibles et les gouvernements des Duchés et des Légations n'admettaient d'autre dénouement que leur incorporation à la monarchie de Victor-Emmanuel.
La réunion des Duchés et de la Toscane ne posait pas encore la grave question de l'unité de
l'Italie : elle n'entraînait que la constitution d'un royaume de l'Italie du Nord, et contre cette éventualité l'Empereur se croyait en règle par la cession éventuelle de Nice et de la Savoie. L'union des Légations, au contraire, soulevait le problème bien plus général et bien plus redoutable du pouvoir temporel.
Afin de mieux juger des faits et des résolutions, arrêtons-nous un instant et rappelons les principes.