Empire libéral, t. III, p
triomphant du plébiscite impérial, la gloire de Crimée, avaient écrasé leurs machines de guerre. Les victoires dltalie venaient décourager encore les mauvaises espérances. Le mécontentement de la haute industrie fournissait un grief sérieux et durable, insuffisant néanmoins à soulever vraiment une passion populaire. Il y avait bien plus de ressources dans l'agitation religieuse qui, par les sacristies, descendait jusque dans les moindres hameaux. Deux prélats, doués de toutes les vertus épiscopales, doctes, éloquents, courageux, M-'" Pie de Poitiers, et Dupanloup d'Orléans, venaient d'en donner le signal : Dupanloup, orléaniste, croyant que la monarchie devait offrir des garanties aux principes modernes; Pie, légitimiste intransigeant, convaincu que sa mission serait d'extirper jusqu'à la racine l'œuvre satanique de 89, unis malgré ce désaccord public dans leur dévouement au Saint- Siège et surtout, dans une haine à peine déguisée par les prudences officielles, contre l'Empire et l'Empereur. Us entrèrent bruyamment en scène, chacun à sa manière : Dupanloup par des brochures. Pie par des mandements. Un certain nombre de prélats modérés, reconnaissants de ce que la religion devait à l'Empereur et ne doutant pas qu'avec de la prudence, en tenant compte de ses difficultés, on en obtiendrait encore beaucoup, l'archevêque de Paris Morlot, quelques sufTragants de M^'' Pie lui-même, M*-" Delamarre de Luçon, Landriot de la Rochelle, dans une certaine mesure l'archevêque
de Rouen, Bonnechose, et d'autres encore, ne se laissèrent pas embrigader, au risque d'être suspectés et presque dénoncés. La phipart se joignirent à M^'* Pie et Dupanloup, ajoutèrent un post-scriptum à leurs actes ou les reprirent pour leur compte : notamment l'archevêque d'Arras Parisis, l'évêque de Perpignan Gerbet, l'évêque de Nîmes Plantier, qui par sa violence mérita bientôt de passer du rang de soldat à celui de chef".
Les journaux monarchiques et religieux firent chorus : V Univers avec d'autant plus d'autorité qu'on ne pouvait le suspecter d'opposition systématique; le Correspondanl, avec d'autant plus de fougue que, par ce témoignage de dévouement au Saint-Siège, il atténuait le discrédit pesant sur ses idées libérales et reprenait quelques chances dans sa lutte permanente contre Louis Veuillot. Les hommes d'État des anciens partis appuyèrent les évêques, et ceux qui avaient passé leur vie à dénigrer les souverains pontifes et à leur adresser des mémorandums dénonciateurs de leur mauvais gouvernement, les Gui/.ot I. les Tliiers, les Cousin, les Viilemain, devinrent ' tout à coup les apologistes et les défenseurs du f système qu'ils avaient eux-mêmes discrédilé. i De Guizol, Montalcnibert, Thiers, il n'y avait '' pas de quoi surprendre. De Cousin c'était j)lus ï- inattendu, car il ne professait pas l'hostilité V contre la personne et le gouvernement de Napoléon 111.
Sa conduite |avait une raison analogue à celle
qui animait les catholiques libéraux : il était dans une situation particulière vis-à-vis de Pie IX. M^' Pie et quelques autres fanatiques avaient demandé à Rome la mise à l'Index de son livre le Vrai, le Beau, le Bien. « admirable et religieuse construction, sensée etsj3iritualiste, qui continue et perfectionne la philosophie de Platon, de saint Augustin, de Bossuet, et ne contient pas une ligne dont le christianisme puisse s'offenser' ». Un jour M'-' Sibour était venu lui apporter une lettre du Pape qui lui annonçait sa condamnation par la Congrégation de l'index en l'accompagnant de témoignages d'intérêt. Cousin écrivit au Saint-Père « que, loin de nourrir un mauvais dessein contre la religion chrétienne, c'est dans le triomphe et la propagation du christianisme qu'il plaçait toutes ses espérances pour l'avenir de l'humanité, que si quelques passages lui avaient échappé qui puissent troubler le cœur de Sa Sainteté, qu'on les lui signale, il les ôtera de bien bon cœur- ». « Moi-même, disait encore Lacordaire, auteur à sa place de ses ouvrages, je n'en rétracterais pas une ligne'. » Pie IX, néanmoins, demanda plus : (( En retirant ce qui pourrait causer du scandale, M. Cousin doit déclarer qu'il croit aux dogmes traditionnels de l'Eglise et spécialement à l'Incarnation du Fils co-éternel au Père*. »