MAZZINI
la main des anges, couronnée d'une branche d'olivier sous un voile blanc, vêtue d'une robe couleur de flamme, couverte d'un manteau vert, il reconnaissait l'Italie et les trois couleurs de sa bannière future. De tous les vers du divin poème il entendait sortir une voix impérieuse, lui criant : Agis ! Il songea d'abord à acclimater dans le nord de l'Italie le carbonarisme napolitain; l'instrument créé en vue de la restauration d'une monarchie rétrograde ne lui parut pas apte à préparer rétablissement d'une unité républicaine ; il pensa à organiser lui-même une société de conspiration qui, pendant de Va Jeune Allemagne, se nommerait la Jeune Italie. La police piémontaise tînit par le suspecter; elle l'arrêta et, après quelques mois d'emprisonnement à Savone, lexila.
Il se réfugia à Marseille. Poursuivi encore dans son lieu d'asile par la police sarde, il se cacha pendant un an dans la maison de mon père*. C'est dans cette retraite qu'il reçut la visite d'Armand Carrel et combina avec lui une campagne de presse; c'est là qu'il fonda définitivement la société secrète destinée à donner à l'Italie l'indépendance et l'unité par la république. Ni l'initiative des princes, ni les armes de l'étranger ne procureraient l'afTranchissement, il ne viendrait que du peuple et de Dieu : les moyens de soulever le peuple et d'obtenir la bénédiction de Dieu étaient l'éducation et l'in-
\. Mazzim, par Aurelio Saffi : Demostene OUivier, padre del noto Emilio, nascondeva Mazzini nella propria casa.
surrection ; il fallait donc répandre l'une et organiser l'autre. La police finit par le découvrir et l'obligea à quitter Marseille. Il se réfugia en Suisse, confiant à la garde de mon père l'enfant, mort peu après, que lui avait donné une belle Italienne de Reggio, sa compagne d'exil. De Suisse, comme coup d'essai de son organisation, il tenta contre la Savoie une expédition plus ridicule encore que lamentable.
La répression de Charles-Albert fut féroce, sans pitié. Lorsqu'on eut assez fusillé, torturé, emprisonné, on exila. Parmi les plus notables victimes de ces cruautés policières, fut un jeune abbé de trente-deux ans, nommé Vincenzo Gioberti^ Fils de pauvres employés il recevait vingt-quatre livres sur l'économat royal comme attaché au service de la Cour; il ne s'occupait guère de conspirer, si ce n'est dans les livres. Son délit consistait à réunir deux fois par semaine autour de lui quelques amis et à s'épancher avec eux le soir dans de longues promenades sur les vieux remparts de Turin. Arrêté, emprisonné (mai 1833), après quatre mois de détention, sans jugement et sans qu'on lui eût permis de serrer la main d'aucun de ses amis, il fut conduit à la frontière de France.
Charles-Albert, poursuivant ses victimes jusque dans l'exil, eût voulu contraindre la Suisse à violer le droit d'asile qu'elle pratiquait largement à l'égard des réfugiés italiens. Le mi-