RETRAITE, MORT DE TALLEYRAXD
la légitimité, il restait d'accord avec le chancelier autrichien sur les principaux faits politiques du temps. La révolution belge avait été odieuse à Metternich ; elle n'avait pas été plus agréable à Talleyrand ; c'est à contre-cœur qu'il l'aida à se constituer, et il lui avait accordé le moins possible. Metternich avait appelé l'expédition d'Ancône « un attentat, un crime » ; Talleyrand la qualifiait de «prise flibustière », de « fantaisie d'expédition dénuée de sens commun^ ». Instruit de ces jugements, Metternich avait fait féliciter son ancien ami d'être revenu aux bonnes traditions.
Talleyrand ne put travailler lui-même aux nouvelles alliances. S'étant retiré dans les loisirs de la vie privée, il ne s'occupa plus que de soigner sa renommée. Ceux qui avaient tant entendu célébrer sa grâce et son charme avaient peine à en découvrir quelque trace sur son visage fané, aux joues boursouflées et pendantes; par compensation, ils n'y entendaient plus le pétillement de ses vices. Magnifique, grâce à l'opulence acquise en vendant ceux qui lavaient acheté, doué d'un goût littéraire délicat, il attira les jeunes gens en train de devenir célèbres, tels que Thiers, Lamartine, Mignet. 11 n'eut pas de peine à leur cacher les laideurs déjà lointaines de sa carrière publique, à les éblouir par son esprit, par les enseignements de son expérience, par les manières polies et nobles dont ils ne