‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 141 sur 260 · Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. III, p

à se manifester dans les affaires d'Espagne. La guerre civile un instant terminée par la défaite en Portugal de Miguel et de Carlos avait recommencé plus acharnée, et l'issue en paraissait incertaine. Le gouvernement de la reine Isabelle demanda à Paris et à Londres de rendre efficace par une intervention armée le traité de la quadruple alliance. Aussitôt le conflit commence entre les deux cabinets : Thiers opine pour que le désir de TEspagne accueilli, on recommence à rebours l'expédition de 1823; Palmerston s'y oppose (mai-juin 1835). Un an plus tard Palmerston réclame l'intervention; Thiers la refuse. Quelque temps après Thiers change d'avis et de nouveau veut intervenir; alors la résistance vient du roi. En thèse générale, Louis-Philippe était opposé à toute intervention : il pensait que même quand sur le moment elle sauve, les peuplesn'aiment pas longtemps leur sauveur, pas plus que Martine n'aime le voisin qui la protège contre le bâton de Sganarelle. Dans les circonstances actuelles il craignait en s'engageant au midi de s'affaiblir sur le Rhin et sur les Alpes. Inflexible, selon son habitude, à demeurer le maître de sa politique étrangère, il notifie à son ministre : « qu'il ne lui céderait pas même s'il ameutait une majorité contre lui. » Thiers ne se rendant pas, il le renvoie (septembre 1836).

Une autre cause de rivalité, celle-là permanente, s'ajouta aux divergences de vues sur l'intervention. L'Espagne légendaire de Saragosse,

inaccessible à l'étranger, n'était plus qu'un souyenir : dans l'Espagne de la guerre civile, la préoccupation principale des partis en lutte, tout en proclamant avec magnificence dans leur superbe langue sonore, l'indépendance nationale, était de se fortifier de l'appui soit de la France, soit de l'Angleterre. Le parti constitutionnel modéré étant soutenu par l'ambassadeur français, les progressistes, ses adversaires, recherchèrent et obtinrent l'appui de l'ambassadeur anglais. Il en résulta des dissentiments, des récriminations, des chocs qui amenèrent décidément Palmerston « à ne plus attacher une valeur aussi grande aux relations intimes avec la France^ ».

Ces dispositions générales du ministre s'accrurent par le mariage de la jeune reine Victoria^ récemment montée sur le trône d'Angleterre (20 juin 1837) avec le prince Albert de Saxe-Cobourg (10 février 1840). Ce prince fort distingué, séduisant et sérieux, très attaché aux intérêts de sa patrie, persuada à la jeune reine, qui l'aimait passionnément, que l'intérêt de l'Angleterre et celui de l'Allemagne étaient identiques; il l'enlaça dans un réseau d'informations défiantes, de conseils hostiles dont les bouts étaient tenus à Bruxelles et à Berlin. De ce moment il fut exactement vrai, comme Robert Peel s'en vantait avec Bunsen, « que la politique anglaise fut allemande et non française ».

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