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Lettre de Tocqueville du 7 novembre

Du moins fallait-il ménager les justes susceptibilités de Topinion publique en se maintenant surtout vis-à-vis de l'Angleterre dans une situation de froideur fière et attristée. Guizot n'y manqua pas tant que l'affaire égyptienne n'eut pas été réglée; il ne s'écarta pas de lultimatum de Thiers. Ce ne fut qu'après une satisfaction complète, obtenue sur l'hérédité du vice-roi d'Egypte, qu'il remit la France dans le concert européen par la signature de la Convention des détroits (13 juillet 1841). Il s'agissait des Dardanelles et du Bosphore. Ces eaux, dominées par leurs rivages, n'ont pas le caractère de haute mer et appartiennent au Sultan, suzerain des deux rives. Son droit d'en exclure les navires étrangers fut reconnu par la Convention et transformé même en devoir international pour les navires de guerre de toutes les puissances, à l'exception de ceux destinés à porter des ambassadeurs.

C'était un échec pour la Russie dont les navires soumis au droit commun ne jouissaient plus d'un traitement privilégié. Guizot, désireux de rendre à Nicolas un peu du mal qu'il venait de nous faire, tenta de soustraire complètement la Turquie au vasselage moscovite et de la placer expressément sous le protectorat collectif de l'Europe. Le plénipotentiaire russe Brunnow n'y consentit pas; Palmerston l'appuya : ce n'était pas par une clause hostile qu'on devait reconnaître l'appui loyal que l'empereur Nicolas avait accordé à la récente coalition. On se borna à exprimer, dans le préambule de la Convention, le

prix que les puissances attachaient au maintien de l'Empire ottoman.

Rentré dans le concert européen, Guizot fut moins réservé. Encouragé par le retour aux affaires de Robert Peel et d'Aberdeen, plus conciliants que Palmerston, il s'appliqua, sinon à renouer l'ancienne amitié rompue, du moins à passer de l'isolement au bon accord dans l'indépendance, puis à l'accord dans l'intimité.

Le public français, qui n'oubliait pas autant que lui la blessure récente, ne voulait pas plus de la bonne intelligence que de l'accord même sans intimité. Dès 1836, les légitimistes et leur orateur Rerryer, partisans du rapprochement avec les cours du Nord, déniaient les bienfaits de l'alliance anglaise et soutenaient, « que l'Angleterre nous a toujours été contraire, toujours nuisible, toujours hostile, que la pensée que son alliance nous était nécessaire avait été la fatalité de nos affaires, car elle n'avait jamais été dans notre alliance que pour en profiter et non pour nous en faire profiter* ». Le gouvernement anglais ayant reconnu avec empressement la royauté de Juillet, on attribuait cette opposition des légitimistes à une rancune de parti, et, quoi qu'ils aient dit, la faveur publique resta acquise à l'alliance anglaise. Les anciennes rancunes nées de la lutte contre la Révolution s'effaçaient; le rapprochement intime avec la nation du gouvernement libre paraissait la ga-

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