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Tocqiieville à Stuart Mill, 28 mars

rière nous ne sont point lasses, elles; elles veulent agir et se fatiguer à leur tour. Quelle action leur avez-vous donnée? La France s'ennuie. »

Cette éclipse de la gloire dans l'ennui fut d'autant plus ressentie qu'à ce moment même l'homme de la gloire venait, par une froide journée de décembre, réchauffée par l'ardente acclamation d'une multitudeémue, continuer son dernier sommeil « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français qu'il avait tant aimé».

En Angleterre, le mouvement national qu'avait suscité chez nous la tempête du 15 juillet n'échappa à personne. L'interprétation qui lui fut donnée ne fut pas la même. Ceux qui nous avaient pratiqués, ne se méprirent pas sur sa véritable signification : « Je connais les Français, disait Brougham à la Chambre des lords (février 1843); eh bien, je vous le dirai en bon anglais, la signification des six ou sept phrases qui agitent aujourd'hui la France se résume en ces mots: « Le {^juillet 1840; négociation de lord P aimer ston. » Grey le ministre libéral remontait plus haut et appelant à tort haine ce qui n'était qu'amertume défiante et amitié déçue, il écrivait : ^( Je crains que la haine de la France pour notre pays n'ait une raison d'être plus durable que des circonstances temporaires. Je n'en suis pas surpris quand je pense à tout ce qui a été fait depuis 1815! J'aurais sans doute les mêmes sentiments si j'étais Français ^ ».

1. Lord Grey à M™« de Lieven, Correspondance publiée par Lestrange.

Naturellement Palmerston, quoiqu'il sût, malgré ses atténuations publiques, que son grand coup était destiné à nous blesser \ n'imputait nos colères qu'au désir trompé d'étendre nos possessions territoriales et à notre dépit vaniteux dejrencontrer les Anglais comme nos égaux dans la primauté sur le monde". 11 accusait le gouvernement français de l'avoir trompé dans presque toutes les affaires qu'il avait traitées avec lui, en Espagne, en Portugal, en Grèce, à Tunis, en Turquie, en Egypte, en Perse. A ses yeux, vérité pénible à reconnaître, il était impossible de placer une solide confiance en Louis- Philippe; « dans l'affaire d'Egypte, ses paroles avaient été non seulement en contradiction avec sa conduite, mais s'étaient contredites les unes avec les autres^ ».

Aberdeen, le ministre des affaires étrangères tory, avait dans les procédés plus de douceur et dans l'esprit plus d'équité : toutefois, au moindre dissentiment il n'agissait pas, au fond, autrement que Palmerston. Quant à son chef, Robert Peel, ses méfiances anti-françaises profondes le rendaient en toute occasion, vis-à-vis de nous, susceptible, prompt à partager les im-

\. A Bulwer, 21 juillet 1840 : « Je suis curieux de savoir comment Thiers a pris notre convention. Il n'y a pas de doute que cela a dû le fâcher beaucoup : c'est un grand coup porté à la France, mais elle se l'est attiré elle-même par son obstination à ne vouloir accéder à aucune condition raisonnable. »

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