DE L'ALLIANCE RUSSE
mémorandum russe prétend que les ministres anglais n'auraient ni contredit ni repoussé cette idée fondamentale.
Ce qui du moins n'est pas douteux, ce sont les mauvais propos de Nicolas sur les chefs passés et actuels de notre pays : il n'était pas carliste, disait-il; Charles X avait fait les ordonnances malgré ses conseils; il ne soutiendrait pas Henri V comme prétendant ; il ne méconnaissait pas les très grands services rendus à l'Europe par Louis-Philippe, mais il ne lui pardonnerait pas d'avoir cherché, en vue de se consolider, à miner souterrainement son empire en Pologne. Il déclarait n'aimer pas Guizot, moins encore que Thiers : a Celui-ci est un fanfaron, mais il est franc; il est bien moins dangereux, bien moins nuisible que Guizot, lequel sest odieusesement conduit envers Mole, le plus honnête homme de France. » Il ne s'exprimait pas en termes plus courtois sur les Français : « Je fais grand cas de l'opinion des Anglais ; mais de ce que les Français disent de moi je n'en prends nul souci, je crache dessus ^ »
En 1847 il semble revenir à des sentiments plus favorables . 11 fait spontanément offrir 50 millions en numéraire à la ^Banque de France en quête de ressources pour relever sa réserve métallique trop entamée. Était-ce simplement le désir d'une bonne affaire? Était-ce une arrièrepensée de rapprochement? Notre diplomatie in-
1. Ces conversations ont été transmises par Stockmar, le confident de la reine Victoria et du prince Albert.
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clinaitvers cette dernière interprétation. Elle ne paraît pas avoir été celle du roi, au récit de Tocqueville qui le vit peu de temps avant la révolution de Février. D'ordinaire Louis-Philippe ne tenait nul compte des mauvais procédés russes ignommus, disait-il; avec cet interlocuteur il parut les ressentir : il lui dit grand mal de l'Empereur qu'il appela i^/. Nicolas, traita en passant Palmerston comme un polisson et finit par s'étendre longuement sur les mariages espagnols et les embarras qu'ils lui suscitaient du côté de l'Angleterre. « La reine m'en veut beaucoup, et se montre fort irritée, mais, après tout, les criailleries ne m'empêcheront pas de mener mon ftacre^ »
Se fût-il en effet produit un revirement favorable dans l'esprit de Nicolas, et Louis-Philippe y eût-il répondu, une alliance avec la Russie n'eût pas pu se nouer alors ; l'opinion publique ne l'eût pas permise. Les manifestations en faveur de la nationalité polonaise s'étaient particulièrement accentuées à propos de l'annexion de Cracovie; un nombreux auditoire applaudissait le poète polonais Adam Mickiewicz, professeur à notre Collège de France, et dans son enthousiasme l'associait à la popularité de Quinet et de Michelet. Moins que jamais on n'admettait un pacte quelconque avec le Cosaque, protecteur de l'absolutisme européen, ennemi des peuples en éveil, bourreau de la Pologne.