‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 168 sur 260 · FRÉDÉRIC GUILLAUME IV · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC GUILLAUME IV

ta bonne intelligence entre la Prusse, la Russie et l'Autriche. Leur union est comme la pierre fondamentale de lagrande alliance européenne. »

Frédéric-Guillaume IV, tout différent de son père, était expansif, spirituel, brillant, éloquent, d'une conquérante amabilité. Corpulent, myope, sans barbe, vacillant dans sa marche, il ne se plaisait guère aux revues militaires et il était toujours disposé au contraire à disserter de philosophie, de religion, de littérature, d'art et surtout d'architecture, son art favori. Familier et bonhomme, il inspirait de l'amitié. J'ai entendu Humboldt chez François Arago, malgré une légère pointe d'ironie, en parler d'un ton profondément admiratif; Liszt m'en a entretenu de même; Cornélius ne prononçait son nom qu'avec attendrissement et Berlioz lui était très attaché. Il correspondait avec Bunsen et d'autres sans aucune morgue souveraine. Néanmoins, il restait le chef effectif de son gouvernement, n'accordant d'inffuence à ses confidents et d'autorité à ses ministres tenus sous son étroite dépendance que dans la mesure où leur pensée était conforme à la sienne. Il était convaincu, la royauté étant de droit divin, que par cela seul qu'il règne, un roi reçoit des assistances spéciales refusées aux autres mortels. Modifiait-il ses résolutions et donnait-il créance successivement à des conseillers opposés, c'était pour obéir à des inspirations d'en haut à son usage : aussi ne craignait-il pas de paraître mobile.

Il demeura très fidèle à la recommandation pa-

ternelle et rechercha une union étroite avec la Russie et l'Autriche. Il proclamait Metternich le grand, le sage homme d'État, se déclarant prêt à le suivre. En féal du moyen âge il souhaitait de rendre de l'éclat au Saint Empire romain, pourvu cependant que l'ambition prussienne y trouvât son compte. Il ne s'opposait pas à ce que l'aigle impérial des Habsbourg étendît ses ailes, mais très haut, de telle sorte qu'au-dessous une situation puissante restât aux Hohenzollern. Il se considérait comme tenu en conscience de détester la France : il la jugeait sans religion ni morale, dans un état social entièrement pourri, comparable seulement à celui des Romains avant la chute de l'Empire. On ne pouvait trop se barricader contre ses velléités ambitieuses. Puisqu'on avait laissé tomber le royaume des Pays- Ras, il eût voulu qu'on augmentât la force de résistance de la Relgique en la rattachant à la Confédération germanique.

Les aspirations ajournées pendant les dernières années du souverain, dans lequel on était d'accord à respecter l'instrument de la délivrance nationale, se réveillèrent ardentes et confiantes à l'avènement de son fils. Lorsque du balcon de son palais le nouveau roi s'adressant à la foule lui dit d'un ton inspiré : u Chevaliers, bourgeois, paysans, et vous tous, parmi cette foule innombrable, vous tous qui pouvez m'entendre, voici la question que je vous adresse : Voulez-vous, en cœur et en esprit, en paroles et en actes ; voulez-vous avec la fidélité

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