‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 192 sur 260 · HESITATIONS DE CHARLES-ALBERT · texte numérisé non relu

HESITATIONS DE CHARLES-ALBERT

le voyant dans ces dispositions, lui dit : « Mais que fera le Piémont si l'Autriche, au lieu de rester avec nous comme elle l'a été jusqu'à présent, se prononce contre? » le roi répondit : « Si le Piémont perd l'Autriche, il gagnera l'Italie, et l'Italie fera d'elle-même, farà da se. » Metternich ne poussa pas le différend à l'extrême. Il fallut attendre, et souffrir de la défiance des libéraux inquiets de tant de retards, et de l'inimitié des Autrichiens alarmés de velléités trop significatives.

La révolte de Schamyl contre la Russie l'enthousiasma. c( Ah ! écrivait-il à un de ses amis, que les nouvelles de Circassie sont bien faites pour exalter Tàme. Si la Providence nous envoie la guerre de l'indépendance d'Italie, je monterai à cheval avec mes fils et je ferai comme fait maintenant Schamvl en Russie.

L'avènement au siège pontifical de Pie IX' le secoua encore plus profondément que les livres de Gioberti et de Ralbo, que les oppressions de l'Autriche, que l'héroïsme de Schamyl. Il fut émerveillé avec toute la chrétienté de l'avènement d'un pontife, en la force de l'âge, de belle prestance, à l'aspect ouvert, cordial, aux manières nobles, dont la dignité était tempérée par la douceur et une spirituelle familiarité de propos, s'exprimant avec bon goût sur les choses ordinaires, avec simplicité sur les choses élevées, avec séduction sur toutes; inspirant la confiance

1. Né à Sinigaglia le 13 mai 1792. — Élevé au pontificat le 16 juin 1846.

et l'amour par son seul aspect, animé d'un ardent désir du bien public, impatient d'introduire une réforme partout où il y avait un abus. Pénétré par le sentiment plus encore que par la réflexion des idées du Primato qu'il avait lu à Imola, il rêvait d'associer la grandeur du Saint- Siège à l'indépendance de l'Italie. Comment? il ne se l'était guère demandé. Sublime ignorant des déceptions d'État et des mobilités publiques, à peine installé, il se lança dans les amnisties, les ovations, les octrois de liberté avec l'impétuosité de ces chevaux libres, les barberi, dont la course rapide, à travers le Corso, est accélérée par les hurrahs excitants de la foule; trébuchait-il, ou s'arrêtait-il inquiet de l'obstacle entrevu au loin, les cris redoublaient et il continuait.

Dès qu'un Pape devenait constitutionnel et libéral pourquoi un roi de Savoie catholique ne le deviendrait-il pas aussi? Cela mit iin aux derniers combats intérieurs de Charles-Albert. «Le Pape est décidé, écrivait-il (2 août 1846), à marcher dans la voie du progrès et des réformes , qu'il en soit béni. C'est une campagne qu'il entreprend contre l'Autriche. Evviva ! » Il crut même qu'il allait bientôt découvrir à tous la résolution à laquelle il s'était fixé. La rumeur se répandait que les Autrichiens et les Napolitains, mécontents des réformes de Pie IX, allaient faire irruption dans les États pontificaux, afin de rétablir l'ancien ordre. Il ne cacha pas son indignation : « Qu'on sache, dit-il tout

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