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PIE IX ET CHARLES-ALBERT

haut, qu'à la première nouvelle d'une intervention de l'Autriche ou de Naples, j'envoie cent vingt mille Piémontais au secours du Pape et je proclame la guerre de l'indépendance et de la religion. » A son grand déplaisir ni Naples, ni l'Autriche ne remuèrent, et le voilà de nouveau, quoique irrévocablement résolu au fond, retombé en apparence dans ses irrésolutions habituelles, masquées par le retour aux pratiques absolutistes et aux tracasseries policières.

Les libéraux s'irritaient de ces tergiversations et se fatiguaient d'être sans cesse ballottés d'une espérance à une désillusion. Leur impatience s'augmentait par la secousse que venait de donner aux esprits le troisième volume du Gesuita modeimo. Gioberti continuait plus encore que dans les volumes précédents à attribuer tous les maux intellectuels du temps à la perversion jésuitique ; en retour, il exaltait le rôle de la Papauté, il s'extasiait sur le miracle de l'élection de Pie IX; l'alliance du progrès et de la religion n'est plus le simple désir d'un grand nombre, c'est un fait en voie d'accomplissement; il avait souvent rêvé de cette belle harmonie dans sa lointaine et obscure solitude; maintenant, bien qu'exilé, il fermerait les yeux heureux et tranquille, puisqu'il avait pu de loin saluer les commencements du glorieux pontificat.

Quelques Italiens se réunissaient-ils dans les congrès scientifiques, dans les fêtes, ils criaient : Yïva Pio notiol Cette acclamation retentissait

sans cesse des Alpes à l'Apennin et le long des rivages habitués depuis longtemps aux silences du despotisme. Mazzini protestait, niant a que maintenant ou plus tard le salut pût venir d'un pape ou d'un roi; » le poète toscan Niccolini écrivait Arnaldo da Brescia contre le mouvement guelfe, et il se brouillait avec son vieil ami Gino Capponi plutôt que de paraître complice de ce qu'il considérait comme une aberration funeste et sans avenir. Quelques obstinés aux vieilles traditions gibelines, tels que Manzoni [Adelchï], Giordani, persistaient à soutenir, de l'autorité de Machiavel, que la destruction de tout pouvoir temporel était le préalable de la résurrection italienne. « Aucun pays, a écrit en effet le secrétaire florentin, ne fut jamais uni ou heureux, s'il n'est tout entier sous la domination d'une république ou d'un prince comme il est advenu à la France et à l'Espagne. Et c'est à l'Église qu'il faut imputer que l'Italie ne soit pas elle aussi sous une seule république ou sous un seul prince, parce que, ayant un empire temporel, elle n'a jamais été ni assez forte pour y réunir le reste de l'Italie, ni assez faible pour ne pas empêcher un autre plus puissant d'opérer cette réunion \)) On n'écoutait pas ces prophètes de désenchantements et l'on criait de plus belle : Viva Pio iioïio !

Les Piémontais eussent bien voulu ajouter : Viva Carlo Alberto ! mais les tergiversations

i, Dei discorsi. Lib. I, cap. xii.

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