ET EN ITALIE. RECRUDESCENCE EN FRANCE DU
SENTIMENT BONAPARTISTE ET DE l'eSPRIT DE PROSÉLYTISME.
Les remuements des peuples et les concessions des souverains ranimèrent le courage et Tespérance des Milanais et des Vénitiens. AMilan presque personne ne se montra plus sur le Corso, promenade qui portait le nom de l'Empereur, les femmes se vêtirent d'habits de deuil, les hommes renoncèrent à fumer. Un député de la Congrégation centrale milanaise fit la motion de présenter au gouvernement les griefs du pays.
A Venise, Manin, dont la modération accroissait le courage, convaincu que les « peuples qui se résignent sont lâches », secondé par le poète Tommaseo, imita l'initiative du député milanais. La majorité des citoyens vint s'inscrire chez lui. Le lendemain au théâtre de la Fenice la salle, debout, répéta comme un cri de révolte les paroles d'un chœur du Macbetto de Verdi : FrateUïy corriamo la patrïa a salvar.
Tous les petits peuples soumis à la domination de l'Autriche s'agitaient, reprenaient leurs traditions, rajeunissaient leurs langues, tiraient leurs espérances de leurs souvenirs. La lutte était ouverte entre eux autant que contre le
dominateur commun : Magyars et Polonais contre Allemands: Slaves, Croates, Illyriens, Roumains contre Magyars. Une nouvelle insurrection ayant troublé la Galicie, cette fois justice en fut faite par les paysans mêmes, excédés de l'oppression des nobles polonais. Ce fut une espèce de jacquerie, dans laquelle, a-t-on dit,. le gouvernement autrichien aurait eu la main.
Le trouble international se fît sentir en dehors de TAutriche. En Suisse sévit une guerre religieuse à la façon du xvf- siècle. Le parti catholique, excessif comme il lui arrive parfois où il se croit le plus fort, décréta dans le canton du Valais « que la religion catholique romaine aurait seule un culte et que le culte protestant ne serait plus toléré, même en chambre privée ». Le canton d'Argovie riposta en abolissant tous les couvents et en confisquant leurs biens; Lucerne répliqua en appelant les jésuites; des corps francs se formèrent; on en vint aux mains. Afin de mieux résister les sept cantons catholiques s'organisèrent en confédération séparée 'Sunderbund . La diète les mit hors la loi et lança sur eux Tarmée fédérale.
En général les agitations internationales étaient suscitées par nos révolutions intérieures; cette fois à lïnverse ce fut l'agitation internationale qui nous réveilla. Le premier effet de ce contre-coup se marqua par une recrudescence sensible du sentiment bonapartiste.
La révolution de 1830 aurait dû logiquement entraîner l'intronisation du fils de ?sapoléon,car