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PERSISTANCE DE NOS SYMPATHIES POUR L*AL

LEMAGNE ET l'iTALIE '. BILLAULT , LAMARTINE, VICTOR HUGO. — AUTANT DE RAISONS DE NE PAS

SE RAPPROCHER DE l'aUTRICHE. CELA n'aR-

RÊTE PAS GUIZOT.

La méconnaissance des peuples à l'affranchissement desquels nous nous consacrions, pas plus que les démarches inquiétantes ou les paroles méprisantes de leurs gouvernements ne déconcertèrent notre élan fraternel. Le jeune Italien Minghetti, qui, dès lors, nourrissait à notre égard les mauvais sentiments dont il a donné tant de preuves, ne peut se défendre de confesser, pendant un voyage à Paris, qu'au sommet de la pensée de la jeunesse française était un idéal d'humanité et de paix, de fraternité et

de désintéressement \ A la fin du gouvernement de Juillet aussi bien qu'à son début, nous ne cessâmes de le prouver par nos actes. L'octroi dune constitution par le roi de Prusse avait rallumé dans certains esprits la crainte que le Zolhverein avait inspirée à Mauguin, d'un acheminement à l'unité de l'Allemagne. Guizot, à l'oreille de Metternich, reprit le tlième usuel sur l'indépendance des États secondaires. Avec une aimable raillerie Metternich lui répondit en l'engageant à ne pas se donner trop de mouvement parce qu'il risquerait de provoquer le mal dont il s effrayait. Ensemble ils célébrèrent dans des dépèches destinées à rester ensevelies au fond des cartons des chancelleries, les beautés du principe fédératif, et tout fut dit. Quant à l'opposition elle en prit prétexte d'affirmer par la voix d'un de ses interprètes les plus autorisés, Billault, qu' « en face du gouvernement, en face de la majorité, proclamant, pratiquant depuis seize ans vis-à-vis de l'Allemagne la politique de la paix bienveillante, il était important que l'opposition tout entière vînt déclarer, afin que cela soit bien entendu au delà du Rhin, que tous ces bruits de guerre, d'ambition, de conquête ne sont ni dans l'esprit de la nation française, ni dans celui de ses représentants-. »

Notre débonnaireté confiante se marqua à l'endroit de l'Allemagne d'une façon plus extraor-

4. Miei ricordi, t. I, cap. iv, p. 134. 2. Discours du. 5 février 1847.

SYMPATHIES POUR LITALIE. 447

dinaire encore. Les adeptes de la jeune Allemagne, malgré les beautés patriotiques du ZoUwerein, ne se consolaient pas de rajournementdes libertés politiques. L'un deux, Arnold Ruge, désespéré, s'était réfugié en France, jetant la malédiction sur la patrie qu'il abandonnait. « La vieille Allemagne, avait-il dit, pèse comme un cauchemar sur toute poitrine libre. Fuyons! fuyons! » L'écrivain très distingué, alors en possession du monopole d'écrire sur les choses d'Allemagne qu'il connaissait à merveille, Saint- René Taillandier, s'indigna de ce blasphème d'un transfuge irrité et le morigéna sévèrement, lui prêchant l'amour de l'Allemagne. « Certes, c'est toujours un crime d'insulter sa patrie ; mais quand la patrie s'émeut pour une cause sainte (l'unité), quand d'une frontière à l'autre le même esprit de réforme, le même espoir de régénération enthousiasme toutes les intelligences, que penser de celui qui choisit une telle heure pour insulter ses frères et se séparer d'eux? »

Nous étions bien plus chaleureux encore en faveur de l'Italie. Lamartine, s'appropriant le raisonnement de Machiavel, démontrait « que la aouveraineté temporelle d'un Pape au centre de la péninsule, comme le corps étranger dans le tronc, était l'obstacle organique et presque insurmontable à l'unité active, solide et indépendante de l'Italie sous une seule domination; que le gouvernement de la papauté à Rome réunissait les vices de toutes les natures de gouverne-

ment sans leurs avantages. Ressusciter l'Italie suffirait à la gloire d'un peuple'. » Victor Hugo renchérissait encore : << Oui, je suis de ceux qui tressaillent en songeant que Rome, cette vieille et féconde Rome, cette métropole de l'unité, après avoir enfanté l'unité de la foi, l'unité du dogme, l'unité delà chrétienté, entre en travail encore une fois, et va enfanter peut-être, aux .acclamations du monde, Y unité de Vltalie. Aidons de toutes nos forces à ce désirable résultat". »

Enfin le défenseur de l'équilibre conventionnel de l'antique diplomatie, celui qui, depuis 1830, avait persiflé en toute occasion les thèses sentimentales de la démocratie, Thiers, se ralliait à la politique des nationalités et adoptait le langage de Sainte-Hélène :

Le rôle de la France dans ce siècle, c'est de patronner la liberté des peuples et de se mettre à la tète de tous ceux qui voudront défendre leur indépendance nationale contre la conquête. Elle devrait être représentée les yeux attachés sur un livre, livre qui contiendrait les droits de l'humanité, et la main appuyée sur une épée où on lirait Zurich, Austerlitz, Friedland. (11 ne dit pas léna.) Si quelque part un prince éclairé veut donner la liberté à son peuple, il faut l'encourager, et s'il est menacé pour cette bonne intention il faut l'appuyer. Si quelque part les terrritoires sont violés, il faut aviser. 11 exprime

i. Situation de la France à l'extérieur en 1847 (28 octobre). 2. Le Pape Pie IX, 13 janvier 1848.

OBSTACLES A L'ALLIANCE AUTRICHIENNE. i4!)

chaleureusement ses sympathies envers l'Italie. Achever F affranchissement territorial de l' Italie est conforme à la saine politique. Il crie au Pape réformateur : « Courage, Saint Père M » Par ces déclarations, le chef du parti des fanfarons se désavouait, et renonçait à placer la sagesse internationale dans Fégoïsme. Désormais, la politique que le peuple élaborait depuis 1815 n'eut plus de contradicteurs que dans les bureaux des affaires étrangères et dans les ambassades.

Était-ce le moment de se rapprocher de la puissance qui représentait la négation du droit des nationalités et l'absolutisme? Était-ce le moment de paraître s'annexera la Sainte-Alliance à la place laissée libre par l'Angleterre devenue libérale?

Des esprits judicieux tels que Victor de Broglie, Billault et un jeune député qui pointait déjà comme homme d'État, Morny, ne le pensèrent pas. Ils croyaient plus prudent et aussi plus digne d attendre dans l'isolement les chances de l'avenir. L'isolement, après tout, est la situation naturelle de toutes les puissances en temps de paix générale. Il nous était imposé au moment actuel par nos traditions et par notre rôle dans le monde. Petits-fils de 89, puissance libérale née d'une révolution, nous ne devions pas imiter ces parvenus qui, rougissant de leur origine, finissent par être odieux à leurs familles plébéiennes et méprisés par le

I. Discours du 4 février 1847, Histoire du Consulat et de lEmpire, t. VII, p. 674.

monde nouveau où ils tentent de se glisser. Nous devions nous rappeler que notre mission est de concourir à Tindépendance et à la liberté des peuples. Qu'avions-nous à craindre? Personne ne nous menaçait ; nous pouvions attendre, si nous tenions àFalliance de l'Angleterre, qu'elle fût revenue à des sentiments plus équitables, si nous préférions l'alliance russe, que le Tsar se fût affranchi des préjugés qui obscurcissaient son jugement. D'ailleurs, sans coller l'oreille à terre, il était facile d'entendre le grondement souterrain qui, au moins au dehors, annonçait une prochaine éruption; à tout instant des issues nouvelles pouvaient s'ouvrir à nous : pourquoi cette hâte à s'engager quelque part^?

Guizot, par désespérance d'un retour anglais ou d\m assagissement russe, par crainte de l'isolement, par désir de donner à son gouvernement une grande figure, ne tint pas compte de ces avis et s'efforça d'établir avec l'Autriche une entente politique et une action commune.

Metternich ne parut pas d'abord disposé à s'y prêter. Il trouvait la politique de la France hésitante, tombée dans une faiblesse absolue; il ne croyait au Juste-milieu aucune force pour le bien ; il l'accusait même d'avoir contribué à la situation dangereuse dans laquelle se débattait le gouvernement romain par l'envoi à l'ambassade de Rome de Rossi, un ancien chef de

1. Victor de Broglie, Discours du 19 janvier 1847.BrLLÂULT, Discours du 5 février 1847. Morny, Revue des Deux Mondes du l^"" janvier 1848.

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