GuizoT, Mémoires, t. VIII, p. o
considérable de la garde nationale avait crié : (( Vive la réforme ! à bas Gnizot ! » On a écrit depuis: toute la garde nationale. C'est inexact. Dans ma légion (de la rue Taitbouti, je fus malmené pour avoir crié et je dus quitter les rangs. Un chef militaire décidé eut dissipé en peu d'heures Témeute bourgeoise, même accrue des contingents républicains, sans effusion sérieuse de sang : une reculade définitive s'en fût suivie.
« Tu périras, avaient dit les fatales sorcières à Macbeth quand le bois de Birnam viendra à Dunsinane. » Macbeth, lorsqu'il aperçut les soldats de Malcolm s'avancer en portant des rameaux devant eux, crut que la prophétie s'accomplissait. Évidemment quelque mauvais génie avait soufflé à Louis-Philippe : « Tu périras lorsque ta garde nationale marchera contre toi. » Il crut qu'elle s'avançait, et, éperdu, il resta immobile et comme paralysé de jugement et de cœur.
La reine, le duc de Montpensier, ahuris par les donneurs de renseignements et de conseils, ce fléau des situations périlleuses, perdirent à leur tour confiance et rendirent irrémédiable l'affaissement du vieux monarque. La reine entra dans le cabinet du roi, dans lequel se trouvait Duchàtel-ministre de l'intérieur, et lui dit : « Monsieur Duchâtel, je connais le dévouement de M. Guizot pour le roi et pour la France, s'il le consulte il ne restera pas un instant de plus au pouvoir. »
Guizot, averti par son collègue, se rend aux
Tuileries. Le roi expose la situation, s'appesantit sur la gravité des circonstances, parle beaucoup de son désir de garder le ministère, du regret qu'il éprouvait d'être obligé de s'en séparer, ajoutant qu'il aimerait mieux abdiquer. <( Tu ne peux pas dire cela, mon ami, dit la reine, tu te dois à la France, tu ne t'appartiens pas. — C'est vrai, dit le roi, je suis plus malheureux que les ministres; je ne puis pas donner ma démission. )) Guizot l'avait écouté en silence; il prit la parole, déclara fortement que le cabinet était prêt à défendre jusqu'au bout le roi et la politique conservatrice ou à accepter sans plainte le parti que le roi prendrait d'appeler d'autres hommes au pouvoir. Mais il lui paraissait qu'une telle question était résolue par cela seul que, dans un tel moment, elle était posée. Dès qu'on saurait que le roi hésite, le cabinet perdrait toute force morale et serait hors d'état d'accomplir sa tâche. Le roi, sur ces paroles, laissa de côté toute précaution oratoire : « C'est avec un bien amer regret, dit-il, que je me sépare de vous ; mais la nécessité et le salut de la monarchie exigent ce sacrifice ; ma volonté cède. » Le duc de Montpensier parla de même. Le roi annonça qu'il appellerait M. Mole et fit ses adieux aux ministres en les embrassant avec larmes ^ Guizot, revenu à la Chambre, et sans avoir préalablement délibéré avec ses collègues, monta à la tribune (( la tète en arrière de peur de pa-