Daniel Stern, t. l", p
Nemours, noble et déyoïié, renonce à sa régence. Dupin entraîne à la Chambre la régente improvisée an mépris de la légalité dans ce jour d'illégalité. La foule y était déjà, et celui sur lequel on comptait surtout n y était plus. Thiers s'était montré un instant, puis il avait disparu, levant son chapeau en l'air, criant: « Le flot monte, monte, monte î » Il avait gagné sa demeure par de longs détours, gesticulant, sanglotant, prononçant des paroles incohérentes'.
Si une émotion « prête à se tourner en héroïsme », si la dignité imposante et douce avaient la puissance de désarmer une foule d'autant plus inaccessible que les flots s'en renouvelaient à tout instant, la duchesse d'Orléans eût été acclamée. Mais quand on a jeté un peuple à demi hors de la légalité comme on venait de le faire en improvisant une régence contraire à la loi, il en sort tout à fait. La malheureuse femme vit se dresser devant elle le Futum par lequel son mari avait été culbuté sur le chemin de la Révolte, personnifié cette fois par Lamartine.
Après des discours interrompus et inefhcaces d'Odilon Barrot, de Ledru-RoUin, il prend la parole. Les tumultes tombent, un silence solennel se fait. Il dit : (( Je partage aussi profondément que qui que ce soit parmi vous le double sentiment qui a agité tout à l'heure cette enceinte, en voyant un des spectacles les plus touchants que puissent présenter les annales
\. TocQUEYiLLE, Souveiiirs, p. 84.
humaines, celui d'une princesse auguste se défendant avec son fils innocent et venant se jeter du milieu d'un palais désert au milieu de la représentation du peuple. » — Ces mots soulèvent une tempête : « On n'a pas entendu ; répétez, répétez! » crie-t-on dans la foule. De violents murmures éclatent dans les groupes populaires ; un vieillard à longue barbe blanche, un sabre nu à la main, debout au pied de la tribune, attache sur lui un regard fixe et menaçant; on entend au dehors une sourde rumeur.
L'orateur reprend : « Mais, Messieurs, si je partage cette émotion qu'inspire ce spectacle attendrissant des plus grandes catastrophes humaines, si je partage le respect qui vous anime tous, je n'ai pas partagé moins vivement le respect pour ce peuple glorieux qui combat depuis trois jours pour renverser un gouvernement perfide, et pour rétablir sur une base, désormais inébranlable, l'empire de l'ordre et l'empire de la liberté. Je demande donc que l'on constitue à l'instant, du droit de la paix publique, du droit du sang qui coule, du droit du peuple qui peut être afîamé par le glorieux travail qu'il accomplit depuis trois jours, je demande que l'on constitue un gouvernement provisoire. — A la bonne heure! » dit le vieillard dont la physionomie farouche s'adoucit soudain et qui remet son sabre au fourreau*.
Depuis, Lamartine a écrit ^ que s'il avait étendu
\ . Daniel Stern, p. 288 et suiv.