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Lettre de Joseph

78 L'ExMPIRE LIBERAL.

par une révolution intérieure devant l'ennemi, ils rendirent désespérée une situation qui n'était que critique*.

LTmpereur lui-même, affaibli de santé, de volonté, de génie, ne se défend pas, n'ose plus oser, seconde Faction hostile par ses indécisions, ayant renoncé à être général ne sait pas rester souverain, abdique malgré les conseils de Lucien et de Garnot, et, au lieu d'aller vers le généreux qui lui eût ouvert les bras, comptant sur une belle phrase pour apaiser une longue haine, il se livre à l'implacable, qui l'envoie au supplice. Les souvenirs classiques ont coûté cher à Napoléon : Astyanax, lui a fait perdre Paris en 1814^; Thémistocle, l'a conduit à Sainte-Hélène en 1815^. Quand réduit aux abois, il quitta l'Elysée pour la Malmaison, première station de son calvaire, Garnot l'arrête sur le perron par lequel on descendait au jardin, l'embrasse, appuie sa tète sur l'épaule du grand homme trahi, afin de cacher les larmes qui inondaient son visage. La douleur du peuple égala celle du grand républicain à la nouvelle de la démission suprême de celui en

i. Voy. iS'apoléon, l'Ile d'Elbe et les Cent jours. — Benjamin Constant, les Cent jours, notes 3 et 4. — Bérenger, Ma biographie, p. 149. — Mignet, Notices sur Comte et Bignon. — Mémoires de Garnot par son fils, t. II, p. 419.

2. A Joseph : « Je préférerais savoir mon fils dans la Seine plutôt que dans les mains des ennemis de la France. Le sort d'Astyanax prisonnier des Grecs m'a toujours paru le sort le plus malheureux de l'histoire. » (16 mars 1814.)

3. Au régent d'Angleterre : « Je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple britannique. »

qui il avait mis son orgueil, son espoir, et qu'il considérait comme l'image même de la patrie.

Napoléon a écrit dans son testament : « Les deux issues malheureuses des invasions de la France lorsqu'elle avait encore tant de ressources sont dues aux trahisons de Marmont, Augereau, Talleyrand et Lafayette : je leur pardonne. Puisse la postérité française leur pardonner comme moi ! » Cette postérité ne leur a pas pardonné, du moins à tous, et elle a eu raison. Il est en effet hors de doute que, si toutes les énergies militaires, politiques et sociales se fussent concentrées autour du soldat de l'indépendance, si tous avaient employé à le seconder la même ardeur que tant de mauvais patriotes déployèrent à creuser des abîmes sous ses pas, ses forces se fussent décuplées au lieu de s'épuiser; et si, nonobstant l'effort unanime, il avait été contraint, ce qui n'est pas probable, à une paix pénible, il ne l'eût pas été à une capitulation.

L'aigle mis aux fers, le vautour se montre. Wellington impose Talleyrand à Louis XYIII et le double de Fouché. « Si le roi désirait le concours du gouvernement anglais, avait-il dit, il devait se résoudre à mettre à la tête du sien des hommes à qui l'on pouvait se fier. » C'est ainsi qu'après Waterloo, Louis XVIII, « rétabli mais avili ^ », rentra, « comme le chef des Anglais et des Prussiens"^ », « entre le crime et

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