‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 44 sur 260 · Talleyrand, Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

Talleyrand, Mémoires, t. III, p

Talleyrand demeura abasourdi de ce coup de tête royal auquel Alexandre n'avait eu aucune part\ quoiqu'il eût été accompli en vue de se le concilier. « Nous sommes joués », s'écriait-il en sortant. Dans son trouble il oublia de prévenir quelques-uns de ses collègues qui Tattendaient dans la chambre voisine.

Selon son habitude d'arranger les faits afin de se hausser, de même qu'il avait expliqué faussement son exclusion du ministère sous Napoléon par sa résistance à l'affaire d'Espagne, il a voulu donner un grand air à son renvoi sous Louis XVIII en l'attribuant à sa résolution immuable de ne mettre sa signature au bas d'aucun acte contenant une cession de territoires. Or, dans sa note du 21 septembre expédiée à la veille de sa retraite, après avoir établi longuement que les alliés n'avaient aucun titre à exiger des démembrements, il conclut : « Cependant, et malgré les inconvénients attachés à une cession territoriale dans les circonstances actuelles, Sa Majesté (et par conséquent lui, le premier ministre) consentira au rétablissement des anciennes limites sur les points où il a été ajouté à l'ancienne France par le traité du 30 mai. Le roi admet en principe des cessions de territoire sur ce qui n'était pas r ancienne France'-. » Par cette note, la Savoie, non comprise dans l'ancien territoire, était implicitement abandonnée. Il ne restait plus

\. Talleyrand, Mémoires, t. III, p. 233. — Vitrolles, t. III, p. 224.

2, Talleyrand, Mémoires, p. 291 et 292.

qu'à discuter sur le plus ou le moins. Il en était de même de l'indemnité et de l'occupation militaire, également concédées en principe. Laretraite de Talleyrand n'a donc pas été motivée sur un refus de consentir à l'amoindrissement de nos frontières, puisque, de son propre aveu, il en avait consenti un avant d'offrir, pour la forme, sa démission.

Le duc de Richelieu, ami d'Alexandre, fut chargé de constituer le ministère (24 septembre 1815). Nouveau sujet d'amertume pour Talleyrand, qui, quelques mois auparavant, avait pressé en vain le duc d'entrer dans son cabinet.

Cet acte de fermeté royale de Louis XYIII prouva qu'il était capable de régner autrement que par la grâce de l'étranger.

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