‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 50 sur 260 · JOMINI · texte numérisé non relu

JOMINI

parfaite amie, un second moi-même. » Unis ensemble ils auraient refréné les avidités insatiables de la maison d'Autriche, mis en liberté ceux qui subissaient sa tyrannie, l'Empire, les Pays-Bas, la Bohême, la Hongrie, la Suisse, établi sur les débris de sa domination une république très chrétienne toujours en paix avec elle-même, composée de royaumes d'une même grandeur tant en étendue de pays qu'en richesse et puissance, commerçant librement entre eux et dans lesquels les trois religions, la catholique, la luthérienne et la calviniste vivraient sans entrer en contentions ni user de violence pour se détruire réciproquement ». Sully se montrait quelque peu sceptique : « Je crains, disait-il, de ne pouvoir vous conseiller de faire un solide fondement sur de telles amitiés et y bâtir votre grandeur et la sûreté de votre État. » Henri IV persista néanmoins, etlorsquelamortd'Élisabeth eut mis son projet à néant, il lui sembla, « que par cette mort désastreuse et prématurée fussent mortes toutes ses affections aux choses grandes». La Bévolution française offrit son amitié à l'Angleterre avec autant d'ardeur que l'avait fait Henri IV. Ses principes de liberté étaient ceux que l'Angleterre pratiquait depuis longtemps; tous ses meneurs connaissaient la langue anglaise, que le xvn*" siècle avait à peu près ignorée ; un des premiers mots de Mirabeau sur la politique étrangère fut un appel à l'amitié anglaise'.

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ût 1790 : « n n'est pas notre ennemi, le peuple

L'ANGLETERRE. lOo

Le ministre important en Angleterre, Pitt, n'éprouvait aucune animosité contre la France. Lors de la négociation du traité de commerce sous Louis XVI (1788), un orateur ayant dit: <( La France est naturellement l'ennemi politique de la Grande-Bretagne », Pitt n admit pas l'axiome : « Mon esprit se refuse à cette assertion comme à quelque chose de monstrueux et d'impossible. C'est une faiblesse et un enfantillage de supposer qu'une nation puisse être à jamais l'ennemie d'une autre. » La mauvaise humeur occasionnée par notre intervention en faveur des colonies américaines était dissipée, car loin de nuire au commerce anglais cette émancipation avait procuré à l'ancienne métropole un surprenant essor de prospérité. D'ailleurs la plupart des hommes d'État anglais avaient reconnu la légitimité des griefs des €olons. A aucun moment une alliance, à ne considérer que les choses en elle-mêmes, ne parut plus facile à nouer. Par [malheur le roi George llï, prince borné, ignare, despote, superstitieux, nous détestait avec d'autant plus de ténacité qu'il ne nous connaissait pas du tout. Un secours puissant vint le confirmer dans ses malveillances.

' L'homme d'État, alors une des autorités les plus reconnues par la transcendance du sa-

qu'une insidieuse politique nous avait repre'senté jusqu'ici comme notre rival, celui dont nous avons suivi les traces, dont les grands exemples nous ont aidé à conquérir la liberté, dont tant de nouveaux motifs nous rapprochent, n

voir, l'éloquence et la puissance de l'esprit, Edmond Burke, affaissé par la perte d'un lils unique, l'esprit fatigué par une vie de travail, accueillit notre mouvememt de 89, qui aurait dû l'enthousiasmer, par un véritable accès de frénésie maladive. Dès la Constituante, alors que la période des crimes n'avait pas commencé, il publia contre la Révolution française des réflexions indignes de son génie, d'un véritable fou. 11 rompit son amitié avec Fox qui refusa de s'associer à ses diatribes.

Encouragé dans ses sentiments ])ersonnels par ces attaques véhémentes, le roi se prononça ouvertement contre la Révolution. Après le 10 août, dès que la République eut été proclamée, il rappela son ambassadeur de Paris. Or, dans le traité de 1786, qui réglait les relations des deux pays, il avait été stipulé « que le rappel ou le renvoi des ambassadeurs ou des plénipotentiaires respectifs serait considéré comme l'équivalent d'une déclaration de guerre. » Néanmoins le gouvernement de la République était tellement attaché à Talliance, que loin de répondre à cette rupture par des hostilités, il se mit presque à genoux pour les empêcher ^ Son ambassadeur, maintenu malgré tout à Londres, se soumit bénévolement à toutes les humiliations, jusqu'à ne pas se blesser du renvoi sans réponse de deux de ses lettres et l'un par un simple commis du Foreign Office. 11 ne partit

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