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A NAPLES, EN PIÉMONT, EN GRÈCE

Les soulèvements des peuples annoncés par Joseph de Maistre s étaient produits. L'étincelle qui embrasa les éléments de combustion préparés partout vint du Nouveau Monde. Le congrès de Vienne avait étendu le silence de la compression sur l'Europe, il n'avait pu la préserver de la contagion par Texemple de la révolte des colonies espagnoles de TAmérique du Sud. Cette révolte couvait depuis 1809, elle fît explosion vers 1818. Une cause ne vaut que par le chef qu'elle se donne. Celui que les colonies insurgées acceptèrent, le Colombien Bolivar, réunissait tous les dons qui exaltent les imaginations : il était également brillant comme homme, comme orateur, comme écrivain, comme soldat. Salué

du nom de Washington de l'Amérique du Sud, il paraissait à beaucoup d'enthousiastes supérieur au Washington du Nord. Son nom, symbole d'indépendance et d'héroïsme, exalté en Europe non moins qu'en Amérique, circulait parmi les peuples mécontents et les ranimait.

En Allemagne les patriotes s'agitaient, s'organisaient, jetaient les bases d'une union générale, la Burschensafft (29 mai 1818). Ils obtenaient des souverains du Midi à Nassau, en Bavière, à Bade (mai-août 1818) des constitutions, des promesses de constitution en Wurtemberg. En Prusse ils pressaient « leur roi, vaillant, chevaleresque et pieux, de ne pas faire de ses promesses de simples jongleries » et d'accorder une constitution. Metternich l'en détourna. « Ce serait, lui dit-il, la dissolution de l'Etat prussien, auquel il fallait avant tout, vu sa situation géographique et les éléments qui la composent, une force militaire bien organisée et une telle force ne peut exister et n'existera jamais sous un vrai système représentatif. » Le roi continua à délibérer.

En Espagne l'influence de Bolivar fut plus violente. La misère, la colère inspirée par le gouvernement inquisitorial, persécuteur, cruel, inepte de Ferdinand amenèrent une révolte militaire (l^r janvier 1820). Le roi n'évita la déchéance qu'en concédant le renvoi des jésuites, le désaveu de l'inquisition, la constitution de 1812, copiée de notre constitution anarchique de 1792.

134 LEMPIRE LIBÉRAL.

A la nouvelle de la victoire du soulèvement espagnol, les carbonari, fortement organisés dans le Napolitain, s'insurgèrent, plaçant sur leurs enseignes la Sainte Vierge invoquée comme Madonna délia rï forma. L'armée entraînée par le général Pepe suivit, et le vieux roi à son tour jura la constitution de 1812 (2 juillet 1820). « Crois-moi, avait-il dit à Pepe, pour cette fois j'ai juré du fond du cœur. »

Le Piémont imita l'Espagne et Naples. Une révolte militaire réclama aussi la constitution de 1821 10 mars 1821 ). Plus ferme que ses frères de Madrid et de Xaples, Victor-Emmanuel, plutôt que de la concéder, abdiqua au profit de son frère, Charles-Eélix, absent. Le jeune prince de Carignan, Charles-Albert, de connivence au moins de désirs avec les révoltés, fut investi de la régence.

En Grèce, l'archevêque de Patras,Germanos, souleva sa ville contre la licence de la soldatesque turque, planta en face de l'église une croix devant laquelle le peuple vint jurer de combattre pour la religion et pour la patrie. Le chef de la société émancipatrice de THétaïrie, Ypsilanti, fils de l'ancien hospodar de Valachie, aide de camp du Tsar, appela les Hellènes à la liberté (5 avril 1821) : une poignée de pauvres gens dépourvus d'armes, d'argent, se leva devant ce colosse dominateur par lequel l'Europe fut si longtemps épouvantée.

Ces mouvements laissés à eux-mêmes se fussent consolidés. Un homme d'État, le chan-

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