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DES NATIONALITÉS EN GRÈCE

Dès les premiers jours la lutte entre les Grecs et les Turcs avait eu un caractère féroce: de part et d'autre ce n'était que dévastations, massacres, atrocités. Cependant à Chio (avril 1822) les Turcs dépassèrent en horreur les plus effroyables souvenirs des temps barbares; pendant des semaines ils avaient massacré, brûlé, violé, martyrisé, rançonné, réduit en esclavage; les troupes égyptiennes descendues en Morée (1824) étaient venues accroître les calamités; la chute tragique de Missolonghi les avait portées au degré où l'espérance meurt.

Qui donc aurait pu être insensible aux souffrances de la patrie antique, de cette divine Grèce qui nous avait enseigné la science du visible et de l'invisible, les lois du monde et celles de la beauté, la poésie et la sagesse, l'éloquence

et la politique, qui avait connu ou deviné ou pressenti toute science et tout art? ?s"y avait-il pas une imploration irrésistible dans le seul nom prononcé d'Homère, de Socrate, de Platon, d'Aristote, de Démosthènes, d'Eschyle? 11 n'est personne qui ne l'entendît alors, qui ne mêlât ses larmes ou ses cris de colère à ceux dont retentissaient les échos de Sunium ou de Corinthe? On n'avait pas encore vu une telle unanimité, si ce n'est aux premiers jours de 1789. Il n'exista plus qu'un seul parti en France pour cette cause d'humanité : Benjamin Constant se rangea à côté de Bonald; Fauriel remuait les imaginations par ses chants populaires de la Grèce moderne (1824); Yillemain publiait son Lascaris ; ceux-là mêmes qui avaient tonné contre Chateaubriand parce qu'il était intervenu en Espagne l'acclamaient lorsque, dans sa Note sur la Grèce, il pressait les puissances d'intervenir en Turquie ; le colonel Fabvier allait enseigner l'organisation régulière aux troupes indisciplinées des Palikares; aux voix consacrées du père du romantisme moderne, Chateaubriand, et du poète qui partageait avec Déranger la faveur populaire, Casimir Delavigne, s'associèrent, leur donnant une plus fraîche sonorité, celles des deux poètes dont la jeune renommée montait à l'horizon, Victor Hugo et Lamartine. J'aime à citer particulièrement les poètes dans cette exposition des sentiments publics, parce qu'ils ne chantent sur les choses d'État que lorsque les grands souffles passent dans l'air.

Casimir Delavigne s'adressait au chef des nations :

Avons, puissants du monde, à vous, rois de la terre,

Qui tenez dans vos mains et la paix et la guerre,

A vous de décider si, lassés de souffrir.

Les Grecs ont pris le fer pour vaincre ou pour mourir ^

Victor Hugo poussait d'une voix de clairon rappel aux combats :

En Grèce î En Grèce ! Adieu, vous tous ! Il faut partir ! Qu'enfin, après le sang de ce peuple martyr,

Le sang des bourreaux ruisselle !

En Grèce, ô mes amis, vengeance ! Liberté !

Un navire ou plutôt des ailes î Menons quelques débris de nos vieux régiments ! Et nous verrons soudain ces tigres ottomans

Fuir avec des pieds de gazelle ^

Lamartine d'un coup d'aile plus sublime apostrophe le Seigneur :

N'es-tu plus le Dieu des armées.

N'es-tu plus le Dieu des combats ?

ïls périssent, Seigneur, et tu ne réponds pas!... Cependant tout un peuple a crié : Sauve-moi ! Nous tombons en ton nom, nous périssons pour toi ! Les monts l'ont entendu, les échos de TAttique De caverne en caverne ont répété ses cris, Athène a tressailli sous sa poussière antique, Sparte les a roulés de débris en débris ! Les mers l'ont entendu ! Les vagues sur leurs plages, Les vaisseaux qui passaient, les mâts l'ont entendu, Les bons sur l'OEta, l'aigle au sein des nuages. Et toi seul, ô mon Dieu^ tu n'as pas répondu ^

i. Messéniennci^ , Épilogue.

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