‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 80 sur 260 · Mémoires, t. IV, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. IV, p

f tiative inattendue de l'amiral Codrington, refuse / à ses équipages la gratification accordée après / une victoire et dans le discours du trône qualifie l'événement de sinistre [untoward event).

Ni le gouvernement français, ni le gouvernement russe ne partagent la mauvaise humeur de l'Angleterre et de l'Autriche; ils s'animent au contraire à poursuivre l'entreprise heureusement commencée. La France envoie en Morée un corps expéditionnaire contre les troupes égyptiennes (août 1828). Nicolas, maladroitement irrité par de nouvelles vexations turques sur le Danube, accepte enfin l'idée de l'affranchissement complet de la Grèce et passe le Pruth (7 mai 1828), autant pour assurer l'efficacité du traité de médiation européenne que pour venger ses outrages, et il donne un gage de ses intentions généreuses en promettant de ne poursuivre aucune conquête, pas même un avantage commercial exclusif.

L'émotion des peuples ne fut pas moindre que celle des chefs de gouvernement : partout ils tressaillirent, se ranimèrent, et derrière les murs des forteresses autrichiennes les captifs commencèrent à ne pas désespérer.

Metternich fut le premier à sentir le contrecoup matériel de cette émotion générale. Il s'était décidé à convoquer à Presbourg la diète hongroise si longtemps différée (3 juillet 1825). Il prévoyait une simple formalité, un ennuyeux divertissement constitutionnel l'obligeant pendant quelques jours à parler latin et à s'habiller

en hussard : il se trouva aux prises avec une opposition vigoureuse, ardente à relever les anciennes violations constitutionnelles et à en exiger le redressement. A sa tête se distinguait le jeune comte Stefan Szeczenyi nommé depuis le grand Comte, d'autant plus redoutable qu'il répudiait toute pensée d'une dislocation révolutionnaire.

En Allemagne et en Italie la fermentation, sans être apparente puisqu'elle n'avait aucun moyen officiel de se manifester, n'était pas moins réelle. La science allemande, grave, forte, restait confinée avec les frères Grimm, avec Savigny et Niebuhr dans ses abstractions ou dans ses recherches ; mais de jeunes poètes, armés des flèches d'or du rythme, Bœrne et Henri Heine, réveillaient les esprits, soulevaient les brumes et au-dessous montraient de joyeuses clartés. Irrespectueux de toutes les divinités, ils reprochaient à Goethe, leur Jupiter olympien, son esprit exclusivement artiste, qui engourdissait la jeunesse et s'opposait à la régénération politique. Dans ses Reisebilder, lus avidement, Heine mêlait aux ironies et aux rêves des appels directs aux sentiments proscrits : « Et nous aussi nous voulons vivre et mourir dans cette religion de liberté, qui mérite peut-être plus le nom de religion que ce spectre creux et mort que nous nommons encore ainsi par habitude. » Les patriotes, jugeant la charte de Louis XVIIÏ bien supérieure à l'acte fédéral allemand, jetaient un regard d'envie sur les vaincus de 1815; les

débats retentissants du parlement français les occupaient plus que les protocoles vides du Buncl ; ils s'entretenaient de Foy, de Manuel, de Bérangerplus que des obscurs plénipotentiaires de Francfort; quelques-uns méditaient de constituer une Allemagne indépendante (le Trias), qui, appuyée sur la France, tiendrait en respect l'Autriche au Midi, la Prusse au Nord, la Russie à l'Est, formerait l'avant-garde des idées modernes contre le système de la monarchie absolue.

En Italie les poètes n'étaient pas militants; à l'exemple de Manzoni ils restaient patients, résignés, contemplatifs; le seul violemment tourmenté du mal national, Leopardi, ne sait exhaler que des accents désespérés : « Les hommes ne sont que des esclaves de la mort : la nature humaine n'est qu'une ombre et de la poussière, l'univers une immense vanité, le monde de la boue. » Les aspirations nationales se concentrent dans les sectes mystérieuses et farouches ; les carbonari se multiplient, surtout dans les Romagnes, et manifestent leur activité par des exécutions individuelles ou des complots suivis d'impitoyables châtiments.

Les esprits forts de la politique affectaient de n'attacher qu'une mince importance à ces agitations, œuvre de conspirateurs sans sérieux et sans autorité, disaient-ils. Vous vous trompez leur répondit, de Rome, Chateaubriand: « On prend pour des conspirations ce qui n'est que le malaise de tous, le produit du siècle, la lutte de l'ancienne société avec la nouvelle, le combat

de la décrépitude des vieilles institutions contre l'énergie des jeunes générations; enlin la comparaison que chacun fait de ce qui est à ce qui pourrait être. — Ce ne sont point quelques pauvres diables de carbonari excités par des manœuvres de police et pendus sans miséricorde, qui soulèveront ce pays. On donne aux gouvernements les idées les plus fausses du véritable état des choses; on les empêche de faire ce qu'ils devraient faire pour leur sûreté, en leur montrant toujours comme les conspirations particulières d'une poignée de jacobins ce qui est l'effet d'une cause permanente et générale. — Les antipathies nées des divisions territoriales ajoutent aux difficultés d'un mouvement intérieur; mais si quelque impulsion venait du dehors, ou si quelque prince en deçà des Alpes accordait une charte à ses sujets, une révolution aurait lieu, parce que tout est mûr pour cette révolution ^ »

• Naturellement, les révolutionnaires polonais, excités par l'agitation générale des esprits, eussent voulu provoquer une nouvelle insurrection. Cette fois, ils n'y parvinrent pas : la Pologne se trouvait alors dans une situation qui ne leur était pas favorable.

A la suite de l'opposition de la Diète en 1820, Alexandre avait songé â lui retirer son existence indépendante à cause de la désorganisation complète des finances du royaume. Le ministre des

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