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Chateaubriand à Portails, 16 avril

finances, Loubeçki, le plus grand Polonais depuis Kosciusko, conjura cette menace en détruisant le motif qui la dictait.

Par sa ténacité à imposer ses desseins, dût-il parler huit heures de suite, par sa volonté inflexible à les exécuter, il avait transformé la Pologne, créé une université à Varsovie, élevé de vingt-six millions à quatre-vingts les revenus publics, établi un crédit rural, mis à l'étude l'affranchissement des serfs, organisé les postes, établi des routes, des canaux, vivifié le commerce, l'industrie, entretenu Tarmée nationale, accru la population d'un demi-million, suscité sous toutes les formes des forces vitales extraordinaires, introduit, malgré les caprices soldatesques du Grand-Duc, un régime civil appuyé à une classe moyenne instruite et industrieuse. Que le peuple polonais eût secondé son ministre, son autonomie de plus en plus affermie l'eût conduit à l'indépendance réelle dont jouissent les Magyars dans la monarchie autrichienne. Mais quand les politiciens polonais n'ont-ils pas été dépourvus de bon sens politique? Ils n'en manquèrent jamais davantage. Ils flétrirent l'homme de l'épithète de traître et entravèrent l'œuvre par une opposition systématiquement déloyale. Ils se plaignaient de ce que les fonctions publiques fussent exclusivement attribuées aux Russes, et ils poursuivaient de leurs sarcasmes les Polonais qui les acceptaient; de parti pris ils niaient le bien en voie de réalisation et s'acharnaient au mal encore subsistant. Cette

conduite produisit des fruits amers. Alexandre, puis Nicolas, devenus méfiants, retirent une partie de leurs concessions : la publicité des séances de la Diète, la liberté de la presse, toutes les dispositions gênantes de cette constitution dont on ne leur savait aucun gré. Nicolas ne condescendit encore à se faire couronner à Varsovie, qu'à la condition de mettre sur sa tète le diadème de Moscou et non celui de la Pologne. Ainsi conspirations et réactions se produisaient et s'excitaient réciproquement. Cependant, la situation générale du pays restait encore tellement prospère, que lorsque, à la suite de Xavarin, les conspirateurs songèrent un instant à tenter un coup de main, ils durent y renoncer, sentant qu'ils ne seraient suivis ni par les paysans, ni par les industriels, satisfaits, malgré tout, du développement régulier de la nation.

4. — UNE NOUVELLE ENTREPRISE DU PRINCIPE DES NATIONALITÉS : LE ZOLLWEREIN PRUSSIEN.

Une entreprise de l'ordre exclusivement économique en Prusse ajouta un progrès de plus à ceux déjà réalisés par le principe des nationalités.

Dès 1819, la Prusse commençait à poursuivre la concentration économique de T Allemagne. Elle débuta par un traité avec une principauté de 30000 habitants, celle de Sch^varzbourg-Sondershausen (1819). De 1822 à 1828, elle annexa quelques autres principautés enclavées en tota-

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lité ou en partie dans le territoire prussien \ En 1828, le grand-duché de Hesse entra dans cette association, dont les provinces orientales de la Prusse demeurèrent exclues, qui s'intitula dès lors TAssociation Pnisso-Hessoise. Elle réunissait à peu près 12 millions d'habitants. Le midi de rAllemagne ne se laissa pas gagner et réagit au contraire en instituant un second groupe douanier par un traité conclu entre le \A urtembergetla Bavière (1827). Il s'étendit à 5 millions d'habitants à peu près. Dans le nord même se constitua, sous la direction de la Saxe, une association du centre englobant à peu près 4 millions et demi^

Ces unions du nord, du sud et du centre déplurent à Metternich, parce que, formées en dehors de la Diète, elles en affaiblissaient l'autorité ; il n'entra dans aucune d'elles et s'efforça d'en tenir éloignés les États soumis à son influence ^ Nonobstant ces unions, au lieu de se dissoudre, se concentrèrent. Frappées de l'inconvénient d'une division en trois groupes, les cours du Sud et celles de la Prusse s'entendirent pour n'en former qu'un. Le traité du 27 mai • 1829 réunit 18 millions d'Allemands dans

1 . Scharsbourg-Rudolstadt, Saxe-Weymar-Eisenach, Lippe- Detmold, Mecklembourg- Schwerin, Anhalt - Bernbourg, Anhalt-Dessau, Anhalt-Cœtheii.

2. Hanovre, Brunswick, Hesse-Gassel, Hesse-Hombourg, Oldenbourg, >'assa»i, Reuss, Brème, Francfort.

3. Bade, les deux Mecklembourg, la principauté de Lippe- Detmold, le ducbé deHolstein, les États de Waldeck et deux des villes hanse'atiques, Hambourg et Lubeck.

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une ligue qui leur garantissait une complète liberté commerciale, ouvrait aux habitants du sud l'accès des ports de la Prusse, et assurait aux Prussiens les communications avec tous les pays allemands jusqu'aux Alpes. « Partout, dit Gervinus, on salua ce traité comme Taccomplissement de la première œuvre dont l'Allemagne eût à se réjouir, et comme Faction la plus méritoire et la plus salutaire pour la patrie commune. » Chateaubriand, dès 1821, pendant son ambassade de Berlin, s'était rendu compte de la pensée intérieure que révélaient ces premières tentatives de concentration dans Tordre économique. Il écrivait : <( L'Allemagne comme ritalie désire aujourd'hui Tunité politique et avec cette idée, qui restera dormante plus ou moins de temps, on pourra toujours être sûr de remuer les peuples germaniques. Les princes ou les ministres qui pourront paraître dans les rangs de la confédération des États allemands hâteront ou retarderont la révolution dans ce pays ; mais ils n'empêcheront point la race humaine de se développer. »

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