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Victor de Brûglie, Souvenirs

politique de Louis-Philippe. Il était urgent qu'un ministre des affaires étrangères la dégageât des obscurités inévitables des premiers moments. Casimir Perier fut chargé de cette tâche M3 mars 1831). Dès le début de son règne Louis-Philippe l'avait appelé dans ses conseils : il s'y était refusé par une délicatesse de conscience, ne trouvant pas correct que le dernier ministre de Charles X devînt le premier de son successeur. Une année écoulée, il se crut libéré,, il accepta et remplit sa mission avec courage^ talent, autorité. Le dissentiment et le doute existaient surtout sur l'extension à donner ou à ne pas donner au principe de non-intervention. Dès le premier jour le nouveau ministre les dissipa : il rejeta l'interprétation agressive de Lafayette et de ses amis, autorisée par l'attitude de Lafîtte à l'égard de la Belgique. « Nous pratiquerons pour notre compte en toute occasion, dit-il, le principe de non-intervention ; nous le soutiendrons en tous lieux par la voie des négociations; mais la dignité ou l'intérêt de la France pourraient seuls nous faire prendre les armes. Nous ne cédons à aucun peuple le droit de nous forcer à combattre pour sa cause ; le sang français n'appartient qu'à la France ^ »

Les actes ne démentirent pas, au début du moins, les déclarations. Il persista à couvrir l'indépendance belge, mais il en déféra l'organisation à la conférence de Londres, selon le

]. Discours du 18 mars 1831.

précédent grec, imposant ainsi au droit des nationalités la lisière du concert européen. Il sollicita de Palmerston une médiation auprès de Nicolas « afin d'assurer à la Pologne une existence politique et nationale ». Palmerston riposta que de telles démarches étaient dérisoires à moins d'être appuyées par les armes, que si les Prussiens entraient en Pologne au secours des Russes il ne s'opposerait pas à l'entrée des Français dans les provinces rhénanes \ mais qu'aider directement les Polonais « serait un acte de trahison envers la Russie » Ces démarches ayant échoué, Casimir Perier refusa de s'avancer davantage.

Ses paroles avaient soulevé une violente protestation du parti populai^^e. « Elles sont un blasphème de l'incapacité et de l'ignorance ! Le génie de la France ayant toujours été dans le cosmopolitisme, et le dévouement lui ayant été imposé par Dieu comme un élément de sa puissance, comme une condition de sa vie". » Son abstention excita plus de colère encore. Lorsqu'on apprit déhnitivement qu'il s'en tiendrait aux vœux impuissants et aux remontrances dédaignées, un violent tumulte éclata dans Paris; le ministère des affaires étrangères fut assailli par une bande furieuse ; lui et le général Sébastiani, arrêtés dans leur voiture à la place Vendôme, échappèrent à grand'peine à la violence des voies de fait. On éclatait en larmes, en sym-

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