‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 102 sur 240 · Chateaubriand · texte numérisé non relu

Chateaubriand

Le sous-secrétaire d'État, quel qu'il fût, n'était pas, du reste, l'influence prédominante. Grégoire XVI, religieux exemplaire, théologien éminent, ferme protecteur delà liberté catholique*, d'un cœur pur et bon, manquait de capacité dans les affaires. Très défiant même de ses ministres, il accordait sa créance à des gens de basse condition parmi lesquels le principal était Gaetano Morini, son barbier quand il était moine. 11 l'attacha à sa cour à titre de Maestro di casa, en fit le dispensateur des grâces et des dignités même ecclésiastiques : on l'appelait // vice Papa. Ainsi conduit, le gouvernement au lieu de s'améliorer devint chaque jour pire; chacun commandait, personne n'obéissait; les réformes furent abandonnées; les laïques continuèrent à être exclus des emplois. On en arriva même à considérer Metternich comme un révolutionnaire; il avait recommandé un projet de réforme des plus anodins ; le Saint-Père crut devoir le soumettre à ses cardinaux ; ceux-ci lui répondirent : « Laissez cela et renvoyez-le au jacobin qui vous l'a envoyé. »

Le grand-duc de Toscane, Léopold, médiocre d'esprit mais bien intentionné, éclairé et doux, résista quelque temps aussi aux injonctions de Metternich et continua sous Neri Corsini le gouvernement modéré et progressif de Fossombrone . Le ministre autrichien, Rewitzky, exaspéré l'appelait traître, infâme, scélérat, hérétique, apos-

i. Il refusa de mettre à V Index le traité de la Coscienza de Rosmini et i Prolegomeni de Gioberti.

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tat, indigne d'appartenir à la maison impériale et de porter le titre d'archiduc. Finalement, sous l'action de sa seconde femme, sœur de Ferdinand

de Naples, Léopold II confia la direction de son gouvernement à Baldasseroni et les affaires étrangères à Hombourg,.tous les deux inféodés à la politique de Vienne. Toutefois l'activité d'esprit toscane était en trop vive expansion pour être éteinte par des ministres réactionnaires sans doute, mais nullement impitoyables, comme au Piémont et à Naples ; malgré tout Ù dolce vivere continua à Florence.

En Pologne aucun effort de résistance ne fut tenté contre cette réaction morale et légale. Que pouvaient les Polonais anéantis sous la main inexorable du Tzar ? L'Allemagne se remua un peu. En Franconie des réunions ardentes se formèrent dans lesquelles on criait : Vive la République! A Hambach (27 mai 1832), deux démagogues, des drapeaux allemands et polonais flottant dans l'air, proclamèrent l'unité allemande, la fraternité des peuples libres, la République. A Francfort (3 avril 1833) les membres de la nouvelle association politique, la Burschenschaft, assaillirent la Diète. Ces petites séditions furent aisément réprimées. Un mouvement plus sérieux en Hanovre n'obtint pas un meilleur succès. A l'avènement de la reine Victoria (1837), le Hanovre, fief masculin, avait été détaché de la couronne d'Angleterre et dévolu au cinquième fils de George 111, Ernest-Auguste, duc de Cumberland. Le premier acte du nouveau roi fut de rem-

placer la constitution libérale accordée en 1830 par une constitution absolutiste. En vain les professeurs les plus éminents de Gœttingue, les frères Grimm, Gervinus protestèrent ; ils furent destitués ou chassés du pays. En vain les États réclamèrent-ils auprès de la Diète, Metternich se prononça énergiquement en faveur du roi et il fallut se soumettre. Après quoi le silence se fit. Les Allemands se réfugièrent, comme lors de la réaction de 1819, dans une négation philosophique : il se forma une jeune Allemagne, qui tira du système officiel l'athéisme et la théorie de la souveraineté illimitée de la raison humaine ; Strauss publia la Vie de Jésus; Bôhr substitua l'inspiration subjective de l'individu à l'autorité objective de l'Église.

Les Italiens furent moins résignés. Dans le royaume de Naples ils firent du carbonarisme, société secrète formée jadis contre les Français au profit des Bourbons, l'arme de combat nouvelle contre les Bourbons au profit de la nationalité. A Gênes prit naissance une protestation plus militante. La vieille République ne se consolait pas de l'annexion au Piémont. Elle, la ville de la liberté et de l'art, qui avait autrefois dominé sur les mers, n'être plus qu'une province d'un royaume à moitié barbare 1 Un esprit d'opposition, de mécontentement, de révolte y couvait dans tous les rangs de la population. Le fils d'un médecin fort achalandé, Joseph Mazzini*,

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